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L'ACTUALITÉ DE LA GRANDE ÎLE DEPUIS 1929

Madagascar et Corée du Sud : renforcement de coopération éducative

Dans le grand bureau ministériel d’Anosy, à Antananarivo, le protocole a été sobre mais l’enjeu, lui, est considérable. L’ambassadrice de la République de Corée à Madagascar, Madame Park Ji Hyun, a effectué cette semaine une visite de courtoisie auprès de la ministre de l’Éducation nationale, le Dr Hanitriniaaina Elys Karena. Au-delà des salutations d’usage, cette rencontre a pris la forme d’une séance de travail dense, centrée sur l’idée d’une coopération renouvelée et plus ambitieuse pour améliorer durablement la qualité de l’éducation des enfants malgaches, sans distinction d’origine sociale, de région ou de genre. Dans un pays où l’école reste l’un des principaux leviers de cohésion nationale et de réduction des inégalités, l’initiative sud-coréenne apparaît comme une opportunité stratégique. Les échanges ont porté sur plusieurs projets concrets, de la diffusion de livres bilingues à l’introduction progressive du coréen dans des lycées pilotes. Un agenda bilatéral qui s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’un rapprochement éducatif et culturel entre Antananarivo et Séoul, fondé sur une vision partagée du rôle central de l’école dans le développement.

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Une visite de courtoisie aux accents stratégiques

La diplomatie éducative se joue souvent loin des caméras, dans des rendez-vous où l’attention portée aux détails protocolaires masque une réalité plus politique. La visite de Madame Park Ji Hyun à Anosy appartient à cette catégorie. Si le terme « courtoisie » évoque une rencontre de présentation et d’échanges amicaux, le contenu discuté témoigne d’un partenariat déjà en mouvement. Il ne s’agissait pas seulement de prendre des nouvelles du secteur éducatif, mais de mettre sur la table un ensemble de projets en attente d’accélération.

Dans l’entourage de la ministre, on insiste sur une volonté claire : consolider des coopérations capables d’apporter des réponses visibles et mesurables aux défis actuels du système scolaire malgache. Ceux-ci sont nombreux, allant du manque de ressources pédagogiques à l’insuffisante formation continue des enseignants, sans oublier les disparités rurales-urbaines dans l’accès à l’apprentissage. Face à ces enjeux, la Corée du Sud se positionne depuis plusieurs années comme un partenaire attentif, mettant en avant un modèle de transformation éducative rapide, fruit d’investissements massifs et d’une planification rigoureuse. Le pays asiatique n’ignore pas que Madagascar, comme d’autres nations de l’océan Indien, cherche à renforcer l’employabilité de sa jeunesse et à moderniser ses programmes.

La ministre Dr Hanitriniaaina Elys Karena, en recevant l’ambassadrice, a ainsi rappelé l’importance de diversifier les partenariats afin de soutenir les priorités nationales. Selon des sources proches du ministère, le message transmis à la délégation coréenne est simple : Madagascar est ouverte à toute collaboration respectueuse des objectifs éducatifs du pays, à condition qu’elle contribue à l’amélioration des contenus, de l’accès et des résultats scolaires. De son côté, Madame Park a salué les efforts entrepris pour relever les défis de l’école malgache, tout en soulignant la continuité de l’engagement coréen.

L’échange symbolise une convergence de visions. Pour Séoul, soutenir l’éducation à Madagascar relève à la fois de la coopération au développement et d’une stratégie d’influence douce, reposant sur le partage d’expérience et l’ouverture culturelle. Pour Antananarivo, l’intérêt est d’attirer des partenaires capables d’apporter expertise, ressources et innovation à des programmes en transformation. Cette rencontre, à cet égard, ne marque pas un commencement mais un moment charnière : celui où des projets discutés se rapprochent de leur phase de réalisation.

Livres de contes bilingues : un projet culturel au service de la lecture

Parmi les dossiers abordés, la diffusion de livres de contes en langues coréenne et malgache a retenu une attention particulière. Ce projet, en apparence modeste, correspond à une ambition majeure : renforcer la lecture dès le plus jeune âge. À Madagascar, où de nombreux élèves entrent au primaire avec un accès limité aux livres, le développement de bibliothèques scolaires et la mise à disposition de supports adaptés figurent parmi les priorités éducatives.

La perspective de contes bilingues ouvre plusieurs pistes. D’abord, elle enrichit les ressources de lecture disponibles dans les écoles, souvent dominées par un nombre restreint de manuels standardisés. Ensuite, elle contribue à une pédagogie du plaisir de lire, en mettant l’accent sur l’imaginaire et la narration orale, fortement ancrés dans les cultures malgache et coréenne. Enfin, elle introduit une dimension interculturelle, permettant aux enfants de découvrir un univers littéraire différent tout en valorisant leur langue maternelle.

Les équipes éducatives malgaches rappellent régulièrement qu’un élève lit mieux et plus vite lorsqu’il peut s’appuyer sur des textes proches de son expérience. Or, les contes, avec leurs personnages, leurs morales et leurs structures répétitives, s’y prêtent pour développer vocabulaire, compréhension et expression. Le choix de livres en malgache, accompagnés de la version coréenne, n’est pas un simple geste de traduction. Il s’agit aussi d’une invitation à reconnaître la pluralité linguistique comme un atout pédagogique. Cela rejoint les débats actuels sur la place des langues nationales dans l’apprentissage, notamment au cycle primaire.

Côté coréen, la démarche s’appuie sur une tradition éducative où la lecture est considérée comme un socle de la réussite scolaire. Au fil des années, la Corée du Sud a intensifié ses politiques de développement de la lecture publique, notamment via des programmes associant écoles, bibliothèques et associations locales. En proposant des contes bilingues à Madagascar, Séoul exporte une partie de cette philosophie. Le ministère malgache de l’Éducation nationale voit dans ce geste un renforcement des dispositifs existants et une occasion de stimuler les clubs de lecture, les concours scolaires et les activités périscolaires.

Le projet n’en est encore qu’à sa phase préparatoire, mais les discussions ont avancé sur les modalités. Il est question d’adapter certains contes coréens au contexte malgache, sans en altérer l’identité culturelle, mais en rendant leur lecture accessible à des publics parfois peu familiarisés avec l’Asie de l’Est. Dans l’autre sens, des récits malgaches pourraient être traduits en coréen, créant ainsi un échange littéraire réciproque. Les deux parties ont évoqué la nécessité de travailler avec des pédagogues, des linguistes et des illustrateurs susceptibles de produire des ouvrages attractifs et adaptés à l’âge des lecteurs.

Dans les couloirs du ministère, on note que ce projet pourrait être articulé à d’autres initiatives de soutien à la lecture, comme la formation des instituteurs à l’animation de bibliothèques de classe ou la distribution ciblée de livres dans les zones rurales. L’enjeu est clair : faire du livre un compagnon du quotidien scolaire, et non un objet rare rangé dans une armoire. Pour les enfants, la découverte d’histoires venues de Corée peut devenir une porte d’entrée vers la curiosité culturelle tout en consolidant la maîtrise du malgache. Pour Madagascar, c’est une manière de replacer les savoirs de base, lecture et compréhension, au cœur de l’enseignement.

Enseignement du coréen dans des lycées pilotes : une ouverture sur le monde

L’autre sujet phare de la rencontre concerne l’avancement des discussions sur l’enseignement de la langue coréenne dans des lycées pilotes. L’idée n’est pas nouvelle : depuis plusieurs années, la langue coréenne gagne en visibilité à Madagascar, portée par l’intérêt croissant pour la culture sud-coréenne, la musique, le cinéma et les opportunités de formation. Cependant, la volonté affichée aujourd’hui est de passer d’une curiosité diffuse à un dispositif éducatif structuré.

Les lycées pilotes, souvent choisis pour leur stabilité administrative et leur capacité à expérimenter des programmes, serviraient de terrain d’essai. L’objectif est double. D’une part, offrir aux élèves une nouvelle langue vivante, susceptible d’élargir leur horizon académique et professionnel. D’autre part, renforcer les liens entre les deux pays, en créant une génération de jeunes Malgaches capables d’interagir avec des institutions coréennes, que ce soit pour des études supérieures, des échanges universitaires ou des collaborations économiques.

Pour le ministère de l’Éducation nationale, l’introduction du coréen s’inscrit dans un contexte de diversification des langues étrangères enseignées. Le français et l’anglais dominent nettement les programmes, tandis que d’autres langues sont parfois proposées en option selon les établissements. Ajouter le coréen revient à reconnaître les réalités géopolitiques et économiques actuelles, où l’Asie occupe une place croissante. Cela correspond aussi aux aspirations d’une jeunesse connectée, souvent attirée par la culture K-pop, les séries télévisées et les technologies coréennes.

Mais l’ambition doit s’accompagner d’une préparation rigoureuse. Former des enseignants capables d’assurer ces cours, produire des manuels adaptés et définir un cadre officiel sont autant d’étapes indispensables. La délégation coréenne a évoqué la disponibilité de ressources pédagogiques, y compris numériques, ainsi que la possibilité de faire intervenir des experts linguistiques pour soutenir le démarrage. De son côté, la ministre a insisté sur la nécessité d’une harmonisation avec les objectifs nationaux et les contraintes concrètes des établissements.

La mise en place d’un enseignement du coréen pourrait aussi avoir un effet indirect sur la motivation scolaire. Plusieurs études éducatives montrent que l’introduction de nouvelles matières attirant l’intérêt des élèves peut améliorer l’assiduité et renforcer la perception de l’école comme un lieu d’ouverture sur le monde. Pour Madagascar, pays à forte diaspora étudiante et migratoire, la maîtrise de langues supplémentaires est aussi une carte stratégique dans l’accès à des opportunités à l’international.

Les deux parties ont convenu de poursuivre les échanges très prochainement pour définir le calendrier et les modalités. L’option privilégiée serait un démarrage graduel, dans quelques établissements, avec un suivi régulier et une évaluation des résultats. Si l’expérience est concluante, le dispositif pourrait être étendu. Dans ce type de coopération, l’enjeu n’est pas seulement linguistique : il est aussi éducatif au sens large, car il implique des questions de méthode, de support et de formation. La Corée du Sud, forte de son expérience dans la diffusion internationale de sa langue, notamment via les instituts culturels et les universités partenaires, semble prête à accompagner Madagascar dans cette démarche.

Un appui coréen élargi aux priorités du système éducatif malgache

Au cours de la rencontre, Madame Park Ji Hyun a réaffirmé la volonté de son pays d’appuyer le ministère de l’Éducation nationale dans divers domaines visant à promouvoir l’éducation nationale. Cette déclaration, loin d’être une formule diplomatique, fait écho à un ensemble d’actions déjà menées ou envisagées par la Corée à Madagascar. L’appui peut prendre plusieurs formes : infrastructures scolaires, dotations en matériel, soutien à la formation, échanges d’expertise en gestion éducative.

Dans le paysage des partenaires internationaux de Madagascar, la Corée du Sud occupe une place particulière. Son histoire récente, marquée par une transformation spectaculaire du niveau éducatif en quelques décennies, nourrit un récit inspirant pour de nombreux pays en développement. La Corée insiste souvent sur l’importance d’un investissement continu dans l’école et sur le rôle des enseignants comme agents centraux du progrès. Ce discours entre en résonance avec les priorités malgaches, où le défi reste de renforcer la qualité de l’enseignement tout en élargissant l’accès.

Les autorités malgaches cherchent désormais à consolider un système à la fois inclusif et performant. Cela signifie améliorer la disponibilité des manuels, encourager la formation continue des enseignants, introduire des outils numériques lorsque cela est pertinent, et renforcer l’équité territoriale. La Corée peut offrir une expertise dans ces domaines, notamment en matière d’éducation scientifique et technologique, de pédagogies actives et de gestion des établissements. L’ambassadrice a indiqué que son pays restait attentif aux besoins exprimés par le ministère, afin de concevoir des projets alignés sur les priorités nationales plutôt que dictés par l’extérieur.

Les discussions à Anosy ont également porté sur la nécessité d’un suivi opérationnel. Le succès d’une coopération dépend largement de la capacité à transformer les engagements en actions. Les deux parties ont donc évoqué la mise en place de groupes de travail techniques, chargés de détailler les projets, d’identifier les ressources nécessaires et de proposer un calendrier réaliste. L’idée est de passer à une phase de concrétisation rapide, avec des résultats visibles sur le terrain.

Dans les échanges, l’accent a aussi été mis sur l’éducation sans distinction. Ce principe est essentiel à Madagascar, où les inégalités éducatives restent fortes entre les centres urbains et les zones rurales. L’appui coréen, s’il se traduit par des projets de lecture ou de nouvelles langues, devra prendre en compte cette exigence d’équité. Les autorités malgaches souhaitent éviter que l’innovation éducative ne reste concentrée dans quelques lycées privilégiés. D’où l’importance d’un équilibre entre expérimentation et généralisation progressive.

Au-delà des projets spécifiques évoqués, cette coopération témoigne d’une volonté commune de replacer l’enfant au centre de la politique éducative. Dans un pays où l’école est souvent perçue comme la clé d’un avenir meilleur mais aussi comme un parcours semé d’obstacles, tout appui extérieur capable de renforcer la qualité et la motivation scolaire est scruté avec attention. Pour le ministère, le défi consiste à intégrer ces soutiens dans une stratégie nationale cohérente, évitant la dispersion des initiatives.

Une dynamique bilatérale qui s’inscrit dans le long terme

La rencontre entre l’ambassadrice coréenne et la ministre de l’Éducation nationale n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une dynamique bilatérale plus large, faite de contacts réguliers, d’échanges techniques et d’une volonté de construire un partenariat durable. L’annonce que les discussions se poursuivront très prochainement pour concrétiser les initiatives illustre cette continuité.

Dans le contexte international actuel, où la compétition pour l’influence passe de plus en plus par la coopération culturelle et éducative, Madagascar et la Corée du Sud trouvent un terrain d’entente naturel. L’éducation est un enjeu universel, mais elle constitue aussi un vecteur d’amitié entre nations. À travers les contes bilingues et la diffusion du coréen, c’est une circulation à double sens qui se dessine : Madagascar reçoit des outils et une ouverture culturelle, tandis que la Corée renforce sa présence dans l’océan Indien en s’appuyant sur un partenariat apprécié.

Pour Madagascar, l’intérêt est également lié à la projection vers l’avenir. Une jeunesse formée à de nouvelles langues et bénéficiant de ressources de lecture variées sera mieux armée pour affronter un monde globalisé. Les bénéfices ne se mesureront pas uniquement en termes académiques, mais aussi en termes de confiance en soi, de curiosité et de capacité d’adaptation. Les responsables éducatifs interrogés soulignent que l’école malgache a besoin de projets porteurs de sens, susceptibles de mobiliser élèves, enseignants et parents autour d’une vision positive.

La concrétisation des engagements sera déterminante. Les observateurs savent que les coopérations éducatives peuvent s’essouffler si elles ne sont pas dotées de mécanismes de suivi stricts. D’où l’importance de la promesse faite par les deux parties de se revoir rapidement. Les prochaines étapes devraient clarifier les volumes de livres à produire et à distribuer, les établissements pilotes pour l’enseignement du coréen, la formation des enseignants concernés et les modalités de financement.

Cette dynamique pourrait également encourager d’autres champs de coopération, allant de l’enseignement supérieur aux échanges de chercheurs ou aux programmes numériques éducatifs. Dans plusieurs pays africains, la Corée a déjà soutenu des projets de classes connectées, de laboratoires scientifiques ou de formation technique. Madagascar pourrait, à terme, bénéficier de ce type d’extension, à condition que les besoins soient correctement identifiés et que les projets soient adaptés aux réalités locales.

L’éducation, au fond, est un chantier long, où les résultats se construisent sur des années. Le dialogue engagé à Anosy montre que les partenaires en ont conscience. Ce qui se joue dans ces échanges, c’est moins un projet ponctuel qu’une orientation durable : celle d’une coopération qui entend contribuer, à sa mesure, à la formation d’une génération capable de relever les défis économiques, sociaux et culturels de Madagascar.

En quittant Anosy, l’ambassadrice Park Ji Hyun a laissé l’image d’une diplomate attentive, prête à ancrer son action dans des initiatives concrètes. La ministre Dr Hanitriniaaina Elys Karena, elle, a réaffirmé une priorité nationale : faire de l’école un espace d’égalité et de progrès pour tous les enfants malgaches. Si les projets discutés se traduisent sur le terrain, ils pourraient devenir les symboles visibles d’une relation bilatérale où la culture et l’éducation sont les piliers d’un avenir partagé.

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