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L'ACTUALITÉ DEPUIS 1929

Vers l'égalité : le défi du financement pour les femmes à Madagascar


La récente approbation du programme d'autonomisation et de résilience des filles d’Afrique de l’Est (EAGER) a suscité une onde de discussions à travers Madagascar et au-delà. En mettant sur la table un financement colossal de 180 millions de dollars, le programme promet d'ouvrir des portes longtemps fermées à l'éducation et à l'autonomisation économique des jeunes femmes. Toutefois, ce geste ambitieux soulève également des questions critiques et invite à un débat national sur la mise en œuvre, la surveillance et la pérennité de telles initiatives.


Ce financement, une manne financière fournie par l'Association internationale de développement (IDA), n'est pas seulement un investissement dans l'éducation ou l'économie; c'est un pari audacieux sur l'égalité des sexes. Il vise à réparer les fissures historiques dans le tissu social qui ont retenu les femmes et les filles, limitant leur participation pleine et égale. Néanmoins, cela nécessite une mise en œuvre stratégique. Comment le gouvernement, en collaboration avec le Fonds d'Intervention pour le Développement, compte-t-il assurer une distribution transparente et efficace des fonds? Quels mécanismes de responsabilité seront en place pour prévenir la mauvaise gestion?


Il est également crucial de considérer le contexte culturel. Le programme touchera plus de six millions d'agents de changement, y compris des chefs traditionnels et des parents. Ce point souligne l'importance de la sensibilisation communautaire dans le succès de telles initiatives. Les campagnes de changement de comportement sont essentielles, mais leur conception nécessite une compréhension nuancée des dynamiques locales. Un débat ouvert et continu pourrait permettre d'identifier les obstacles potentiels, qu'ils soient sociaux, économiques ou religieux, et de développer des stratégies pour les surmonter.


Un autre point de discussion concerne la pérennité de l'initiative. Bien que l'investissement initial dans l'éducation et l'autonomisation économique des filles soit louable, qu'en est-il du suivi? Sara Troiano, chef de l’équipe de travail sur le programme EAGER, insiste sur une approche holistique, intégrant santé, emploi et protection sociale. Ce n'est qu'en adressant ces secteurs de manière intégrée que l'on pourra réaliser des changements durables. Cela soulève la question de savoir si les infrastructures actuelles sont prêtes à soutenir cette vision holistique.


Le programme EAGER est également un rappel que l'inégalité des sexes est un problème transnational, nécessitant des efforts coordonnés au-delà des frontières. Avec le soutien de l'Union africaine, cette initiative pourrait servir de modèle pour des collaborations régionales futures, mais elle nécessite une plateforme pour le partage des connaissances et des meilleures pratiques.


En conclusion, le financement de l'EAGER devrait être un catalyseur pour un débat approfondi et multipartite sur la façon dont Madagascar, et d'autres nations dans des situations similaires, abordent l'égalité des sexes. Le défi n'est pas seulement de briser les chaînes de l'inégalité économique et éducative; il s'agit également de transformer les normes culturelles et sociales profondément enracinées qui soutiennent ces chaînes. C'est dans cette transformation que réside la véritable révolution pour l'égalité des sexes à Madagascar et en Afrique de l’Est.

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