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L'ACTUALITÉ DE LA GRANDE ÎLE DEPUIS 1929

Qui est Néron ?

Néron, né Lucius Domitius Ahenobarbus le 15 décembre 37 après J.-C., est l'un des empereurs les plus connus et les plus controversés de l'histoire romaine. Son règne, marqué par des excès, des extravagances et des tragédies, a laissé une empreinte indélébile sur l'Empire romain et continue de fasciner historiens et lecteurs. Succédant à Claude en 54 après J.-C., Néron monte sur le trône à seulement 16 ans, devenant ainsi l'un des plus jeunes empereurs de l'histoire romaine.

Fils d'Agrippine la Jeune, la sœur de Caligula, et de Gnaeus Domitius Ahenobarbus, Néron est adopté par l'empereur Claude, son oncle, en 50 après J.-C. Cette adoption, orchestrée par Agrippine, place Néron en position d'héritier présomptif, au détriment du fils biologique de Claude, Britannicus. Agrippine joue un rôle central dans les premières années du règne de Néron, utilisant son influence pour guider et contrôler les décisions de son fils. Elle s'assure également de l'alliance de Sénèque, le philosophe stoïcien, et de Burrus, le préfet du prétoire, qui deviennent les conseillers principaux de Néron.

 

Les premières années du règne de Néron sont marquées par une relative stabilité et des réformes positives, souvent attribuées à l'influence de Sénèque et de Burrus. Néron montre un intérêt pour les arts et la culture, encourageant les spectacles publics, les jeux et les compétitions artistiques. Il allège également la fiscalité, interdit les combats de gladiateurs sans raison valable, et réprime la corruption parmi les fonctionnaires. Ces actions lui valent une popularité initiale auprès du peuple romain et de certaines élites.

 

Cependant, cette période de prospérité est de courte durée. La relation entre Néron et sa mère se détériore rapidement. Agrippine, jalouse de l'indépendance croissante de son fils, tente de reprendre le contrôle en soutenant Britannicus. En 55 après J.-C., Britannicus meurt soudainement, empoisonné selon les rumeurs, ce qui élimine une menace potentielle pour Néron. La rupture entre Néron et Agrippine atteint son paroxysme en 59 après J.-C. lorsqu'il ordonne son assassinat, déguisant son meurtre en accident. Cet acte marque un tournant dans le règne de Néron, le libérant de l'influence de sa mère mais aussi de ses derniers scrupules moraux.

 

Libéré de l'influence maternelle, Néron sombre dans la démesure et les excès. Sa passion pour les arts devient une obsession. Il participe à des compétitions de chant, de poésie et de théâtre, souvent en Grèce, où il se considère comme un artiste accompli. Il organise des spectacles somptueux, exigeant des nobles romains qu'ils assistent et applaudissent. Son comportement scandaleux choque l'aristocratie romaine, qui voit en lui un empereur déshonorant la dignité de sa fonction. Les dépenses extravagantes de Néron vident également les caisses de l'État, provoquant des crises financières récurrentes.

 

L'événement le plus marquant et le plus controversé du règne de Néron est sans doute le grand incendie de Rome en 64 après J.-C. Selon les historiens Tacite et Suétone, l'incendie ravage une grande partie de la ville, laissant des milliers de personnes sans abri. Les causes de l'incendie restent obscures, mais des rumeurs accusent Néron d'avoir ordonné l'incendie pour reconstruire Rome selon ses propres plans architecturaux. Tacite rapporte même que Néron aurait joué de la lyre et chanté pendant que Rome brûlait, bien que cette anecdote soit largement considérée comme apocryphe.

 

Pour détourner les accusations, Néron cherche des boucs émissaires. Il accuse les chrétiens, une secte minoritaire à l'époque, d'avoir provoqué l'incendie. Cette accusation mène à la première grande persécution des chrétiens à Rome. Des centaines de chrétiens sont arrêtés, torturés et exécutés de manière spectaculaire, souvent utilisés comme torches vivantes lors des fêtes nocturnes de Néron. Cette persécution marque le début d'une longue histoire de conflits entre l'Empire romain et les chrétiens.

 

Sur le plan politique, le règne de Néron est marqué par des complots et des trahisons. En 65 après J.-C., la conspiration de Pison, un complot visant à renverser Néron, est déjouée. Les principaux conspirateurs, dont le poète Lucain et Sénèque, sont forcés de se suicider. La répression brutale de cette conspiration accentue la paranoïa de Néron et son recours à la terreur pour maintenir son pouvoir. La relation de Néron avec le Sénat se détériore irrémédiablement, et il devient de plus en plus isolé et méfiant.

 

Malgré ses excès et ses violences, Néron est également responsable de certaines initiatives positives. Il entreprend la reconstruction de Rome après l'incendie, avec la construction de nouvelles routes, de places publiques et de bâtiments plus sûrs. Il fait édifier le Domus Aurea, un somptueux palais aux dimensions gigantesques, qui devient un symbole de son règne et de son goût pour le luxe. Sa politique étrangère connaît des succès mitigés, avec des campagnes militaires en Arménie et en Grande-Bretagne qui stabilisent temporairement les frontières de l'Empire.

 

Cependant, les abus de pouvoir et la gestion désastreuse des finances provoquent un mécontentement croissant parmi la population et les élites. En 68 après J.-C., des révoltes éclatent dans les provinces. La rébellion de Vindex en Gaule et le soutien de Galba, gouverneur de la Tarraconaise, marquent le début de la fin pour Néron. Abandonné par ses gardes prétoriennes et ses proches, il tente de fuir mais finit par se suicider le 9 juin 68 après J.-C., mettant fin à une dynastie et plongeant Rome dans une période de guerre civile connue sous le nom de l'Année des quatre empereurs.

 

L'héritage de Néron est ambigu et complexe. Sa figure est souvent associée à la tyrannie, à la débauche et à la cruauté. Cependant, il est aussi perçu comme un empereur qui a tenté de briser les conventions sociales et de promouvoir les arts et la culture. Son règne a laissé une empreinte durable sur la mémoire collective romaine, illustrant à la fois les dangers du pouvoir absolu et les fragilités de l'être humain face aux tentations du pouvoir.

 

Les sources historiques sur Néron, principalement Tacite, Suétone et Dion Cassius, sont souvent hostiles et biaisées, ce qui complique l'évaluation objective de son règne. Néron est un empereur qui défie les catégorisations simples, oscillant entre la folie des grandeurs et les réformes innovantes. Il reste une figure emblématique, symbole des excès et des périls du pouvoir impérial, et continue d'inspirer écrivains, artistes et historiens à travers les siècles. Son histoire est une leçon intemporelle sur les écueils du pouvoir sans limites et les complexités de l'âme humaine.

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