Qui est Hassane Alfeine Yasmine, la femme politique comorienne ?

Aux Comores, certains portefeuilles ministériels attirent peu la lumière jusqu’au jour où une crise de mobilité, une fermeture de ligne, un chantier d’infrastructure ou un dossier diplomatique place soudain un nom au cœur de la vie quotidienne. Depuis le remaniement gouvernemental d’avril 2025, celui de Hassane Alfeine Yasmine s’est imposé dans cette catégorie stratégique : les transports maritimes et aériens, deux poumons indispensables d’un archipel où le déplacement est autant une question d’économie que de cohésion nationale. Née à Anjouan au milieu des années 1970, entrepreneure avant d’entrer au gouvernement, elle s’est construite un profil hybride mêlant gestion, engagement associatif, passages dans l’administration et visibilité politique récente.

Son arrivée au ministère intervient à un moment où l’Union des Comores cherche à consolider ses liaisons intérieures, à sécuriser et moderniser ses plateformes, et à regagner des marges de manœuvre dans des négociations sensibles avec des compagnies, des partenaires techniques et des bailleurs. Entre annonces de reprise de vols, chantiers portuaires, arbitrages budgétaires et discours de modernisation, sa trajectoire raconte aussi l’évolution d’une génération de responsables venus du terrain économique et social, propulsés dans le pilotage de politiques publiques très concrètes.

Une trajectoire ancrée à Anjouan : entrepreneuriat, formation et engagement associatif

Les éléments biographiques disponibles dessinent d’abord un ancrage insulaire. Hassane Alfeine Yasmine est présentée comme née le 5 janvier 1975 à Hombo, sur l’île d’Anjouan. Cette donnée, souvent reprise lorsqu’elle accède au rang ministériel, sert à la situer dans un paysage politique où l’équilibre entre îles, territoires et réseaux reste une clé de lecture. Dans un archipel marqué par des distances courtes mais des contraintes de déplacement fortes, la provenance d’un ministre des Transports n’est pas une simple ligne d’état civil : c’est aussi un marqueur d’expérience quotidienne des ruptures de liaisons, des coûts de fret, ou des difficultés de mobilité.

Son profil public s’est d’abord bâti hors des cercles strictement partisans, à travers l’entrepreneuriat et le tissu associatif. Elle est décrite comme dirigeant depuis plusieurs années un hôtel-restaurant appelé Le Jasmin ainsi qu’une activité de commerce import-export à Anjouan. Dans un pays où l’économie de services, le commerce et la diaspora jouent un rôle déterminant, cet ancrage économique local alimente une image de gestionnaire plus que de tribune. L’argument est récurrent : une responsable qui a dû équilibrer des comptes, gérer des emplois, composer avec les contraintes logistiques et les fluctuations d’approvisionnement aurait une sensibilité particulière aux dossiers de transport.

Sur le plan académique, elle est indiquée comme diplômée en gestion des entreprises et en économie internationale, avec une référence à Paris-Sorbonne. Les trajectoires comoriennes combinant formation à l’étranger et retour dans l’archipel sont fréquentes parmi les cadres ; ici, le récit public insiste sur une double compétence : management et compréhension des échanges internationaux, deux angles utiles pour un ministère en contact constant avec des acteurs externes (compagnies, organisations internationales, États partenaires, agences techniques).

Enfin, son parcours met en avant un engagement associatif et des responsabilités dans des structures liées au développement et à l’entrepreneuriat féminin. Elle a notamment été présentée comme présidente de l’Efoicom des femmes entrepreneures et membre du CPAN (Comité de Pilotage des Assises Nationales). L’intérêt journalistique de ces mentions tient moins au titre en lui-même qu’à ce qu’elles révèlent : une présence dans des espaces où se croisent société civile, débats nationaux et acteurs économiques, souvent utilisés comme tremplins vers l’administration puis la politique.

De l’administration au gouvernement : une entrée par les fonctions, puis par le décret

Avant d’être ministre, Hassane Alfeine Yasmine est aussi décrite comme ayant occupé des fonctions administratives, dont celle de secrétaire générale du ministère de l’Intérieur à Anjouan. Cette expérience pèse dans la lecture de son profil : elle ne serait pas uniquement une entrepreneure appelée en renfort, mais également une cadre ayant déjà pratiqué l’appareil d’État, ses procédures et ses équilibres.

Le tournant public majeur intervient en avril 2025, lors de la formation d’un nouveau gouvernement. À cette occasion, elle est nommée ministre des Transports maritimes et aériens. Dans la presse comorienne, sa prise de fonctions est associée à une logique de continuité des réformes du secteur et à l’inscription dans le cadre de la stratégie dite “Plan Comores émergent”, souvent citée comme boussole gouvernementale.

La scène de passation de pouvoirs devient un moment de mise en récit : le 19 avril 2025, elle succède officiellement à Andil Lieda lors d’une cérémonie au ministère, en présence de responsables institutionnels et de représentants sectoriels. Dans son discours rapporté, elle affirme examiner les données transmises et vouloir s’appuyer sur les bases posées pour “bâtir l’avenir”, formulation classique mais significative pour un département où la réalité des dossiers est lourde : contrats, normes, sécurité, infrastructures, ressources humaines, relations avec des organismes spécialisés.

Dans une architecture gouvernementale où certains ministères cristallisent régulièrement critiques et attentes, celui des Transports est un révélateur de crédibilité. Le ministère touche au quotidien (voyager, expédier, revenir au pays), mais aussi à la souveraineté (contrôle des ports et aéroports, agences de régulation, accords internationaux) et à l’image externe (qualité d’accueil, conformité, fiabilité). L’arrivée d’une nouvelle ministre est donc observée à travers deux prismes : la capacité à délivrer des résultats concrets et l’aptitude à négocier sur des terrains techniques où les marges d’improvisation sont faibles.

Une ministre des liaisons : aviation, diaspora et reprise des vols, un test grandeur nature

Au fil de l’année 2025, la parole publique de Hassane Alfeine Yasmine se concentre sur un objectif : restaurer et consolider la connectivité. En décembre 2025, elle confirme lors d’un point de presse la reprise de la liaison Comores–La Réunion par Air Austral, après une période d’interruption et plusieurs mois de démarches décrites comme des négociations et des travaux. L’épisode illustre la nature particulière de son portefeuille : une annonce de transport n’est jamais seulement commerciale, elle touche immédiatement la vie des familles, des étudiants, des malades, des entrepreneurs et d’une diaspora dont les déplacements structurent l’économie et les liens sociaux.

Dans cette communication, la ministre met l’accent sur les difficultés rencontrées par la communauté comorienne à La Réunion durant la période sans vol direct, évoquant notamment des itinéraires de transit plus lourds. Elle précise également que la reprise démarre avec une fréquence hebdomadaire, avec l’espoir d’une augmentation de rotations à partir de février 2026. Ce type de détail, à la fois opérationnel et prudent, traduit une logique de gestion de l’attente : annoncer un retour, mais ne pas promettre immédiatement un rythme maximal.

Le dossier des aéroports revient aussi dans l’actualité audiovisuelle et dans les discours publics qui s’attachent à la recherche de “solutions durables” pour le secteur. Dans un environnement où la continuité d’exploitation, la maintenance et la conformité sont des thèmes sensibles, le choix des mots compte : il s’agit de rassurer sans simplifier, de signaler l’action sans nier les contraintes.

Au-delà du symbole, le dossier de la liaison avec La Réunion a une dimension diplomatique et administrative : la ministre remercie plusieurs acteurs impliqués, dont des responsables institutionnels et des interlocuteurs côté français, et elle souligne l’appui d’équipes internes à l’État. Ce point est important pour comprendre son rôle : les transports ne sont pas un silo, mais un carrefour où se croisent relations internationales, régulation, sécurité, finances publiques et communication politique.

Ports, aéroports, normes : le chantier de modernisation revendiqué et ses contraintes

À l’automne 2025, Hassane Alfeine Yasmine accorde une interview où elle revendique un bilan “positif” et insiste sur la mise en œuvre de lettres de mission et d’un plan de travail annuel. Elle y met en avant la modernisation et la mise aux normes des infrastructures portuaires et aéroportuaires, présentée comme un “vaste chantier” structurant.

Ce choix de cap n’a rien d’abstrait. Pour un archipel, la performance des ports et des aéroports conditionne l’approvisionnement, le tourisme, les exportations, la circulation des personnes et la résilience en cas de crise. La “mise aux normes” renvoie à des exigences techniques, souvent liées à la sécurité, à la navigation, à la gestion des flux et à la qualité des installations. Or, chaque norme est aussi un coût : audits, travaux, équipements, formation, maintenance. Le ministère doit donc arbitrer entre ambition et réalisme, et négocier avec des partenaires capables d’apporter expertise et financement.

Dans son discours, la ministre s’inscrit aussi dans une logique de continuité gouvernementale, saluant les efforts engagés et les réformes lancées, tout en exposant ses priorités. Cette posture, fréquente dans les transitions, sert un double objectif : ne pas fragiliser l’administration par une rupture brutale, et se ménager l’espace politique nécessaire pour imprimer sa marque.

Les secteurs maritime et aérien, en particulier, concentrent des défis structurels : dépendance aux opérateurs, fragilité des équilibres économiques des lignes, contraintes de sécurité, disponibilité de pièces, qualité des infrastructures, et parfois tensions entre urgence sociale (assurer une liaison) et prudence technique (ne pas compromettre la conformité). L’interview, même si elle reste une communication politique, indique au moins la hiérarchie des priorités : infrastructures d’abord, car elles conditionnent tout le reste.

La question portuaire, souvent moins médiatisée que l’avion, est pourtant centrale. Les ports sont la porte d’entrée de la majorité des marchandises ; ils sont aussi un enjeu de compétitivité interne, quand il s’agit de relier les îles et de réduire les coûts logistiques. En mettant les plateformes portuaires et aéroportuaires dans la même phrase, la ministre rappelle la logique d’ensemble : on ne modernise pas un seul maillon, on sécurise la chaîne.

Dimension institutionnelle et diplomatique : l’intérim présidentiel et les partenariats extérieurs

L’ascension de Hassane Alfeine Yasmine ne se limite pas à la gestion sectorielle. En novembre 2025, un décret la charge d’assurer la suppléance du Président de l’Union des Comores durant un déplacement à l’extérieur, alors qu’elle est ministre des Transports maritimes et aériens. Le fait est institutionnellement fort : dans de nombreux systèmes, la suppléance est un signal de confiance politique et de stature, même temporaire. Dans la hiérarchie informelle du pouvoir, elle place un ministre au-delà de son portefeuille technique, dans un rôle d’incarnation de la continuité de l’État.

Sur le plan diplomatique, son ministère la met aussi en première ligne de coopérations bilatérales. En septembre 2025, l’ambassade de Chine aux Comores rend compte d’une rencontre entre l’ambassadeur et la ministre des Transports maritimes et aériens, en soulignant l’importance de la coopération dans ces domaines. Qu’on y voie un simple exercice protocolaire ou un jalon de discussion plus substantielle, l’épisode confirme que son département est un terrain privilégié des partenariats : ports, aéroports, connectivité, équipements, formation, assistance technique.

Ces séquences soulignent une dimension parfois sous-estimée : aux Comores, la politique des transports est aussi une politique de souveraineté et de projection. Un accord de desserte, un appui à une agence, une aide à la modernisation d’un terminal, un financement d’infrastructure, tout cela dépasse la technique. C’est du rapport de forces, des intérêts économiques, de l’influence.

En parallèle, sa trajectoire rappelle que les figures politiques contemporaines peuvent émerger par les “politiques publiques” avant de se définir par une étiquette. Dans les textes publics disponibles, on parle davantage de fonctions, de missions, de projets et de priorités que d’un positionnement idéologique détaillé. Cela ne signifie pas l’absence de politique, mais une politique incarnée par des dossiers : améliorer les liaisons, moderniser les infrastructures, sécuriser les plateformes, négocier avec des partenaires.

D’un rôle électoral à la gestion des crises : exposition médiatique, controverses et attentes

Comme souvent pour les responsables qui montent en visibilité, Hassane Alfeine Yasmine apparaît aussi dans des séquences plus polémiques, notamment lorsqu’elle est associée à l’organisation électorale. En février 2024, elle est présentée comme membre du bureau de la CENI, chargée de la logistique, et envoyée en mission à Anjouan pour superviser le déroulement des élections. Dans l’entretien publié à cette occasion, des questions mettent en cause le processus électoral ; elle y répond en rejetant les accusations, affirmant n’avoir été mêlée ni de près ni de loin à une organisation de fraude, et défendant le déroulement des opérations.

Pour un portrait journalistique, l’intérêt n’est pas de trancher ce que le document ne permet pas de trancher, mais de noter que cette exposition existe et qu’elle façonne une partie de la perception publique. Un ministre des Transports, en particulier, est confronté à une opinion qui juge d’abord sur des faits concrets : un vol qui reprend ou non, un bateau qui circule ou non, un prix qui baisse ou non, un port qui fonctionne ou non. Mais l’arrière-plan politique, lui, n’est jamais absent : la confiance se construit aussi sur l’image de probité et de rigueur, dans un pays où les questions de gouvernance sont régulièrement discutées.

Depuis sa nomination en avril 2025, la ministre est mise à l’épreuve sur des sujets où la patience est limitée. La reprise d’une ligne aérienne, par exemple, soulage immédiatement, mais crée aussi une nouvelle attente : maintenir la régularité, sécuriser la continuité, éviter les retours en arrière. La modernisation des infrastructures, de son côté, est un horizon plus long. Elle se heurte à la lourdeur des procédures, à la disponibilité des financements, aux contraintes techniques et à la capacité d’exécution.

Dans ce contexte, son choix de communication est révélateur : insister sur la “durabilité”, sur la “mise aux normes”, sur un “plan de travail” et sur la continuité des réformes. Ce vocabulaire vise à déplacer le débat du registre émotionnel (l’urgence du déplacement) vers celui de la gouvernance (la méthode, la planification, la conformité). C’est un pari classique mais risqué : plus on promet de la méthode, plus on est attendu sur les résultats visibles.

Au final, Hassane Alfeine Yasmine s’impose comme une figure politique comorienne dont la notoriété récente repose sur un portefeuille très exposé, à la croisée du quotidien des citoyens et des relations extérieures. Née à Anjouan, issue du monde entrepreneurial et associatif, passée par des fonctions administratives, elle est devenue ministre des Transports maritimes et aériens en avril 2025, a porté des dossiers emblématiques de connectivité comme la reprise de la liaison Comores–La Réunion, a affiché une priorité de modernisation des plateformes portuaires et aéroportuaires, et a même assuré temporairement la suppléance du chef de l’État lors d’un déplacement.

Reste l’essentiel, qui déterminera la trace politique : la capacité à transformer ces annonces et ces orientations en amélioration durable des mobilités, dans un archipel où chaque retard, chaque suspension et chaque chantier inachevé se mesure immédiatement en coûts humains, économiques et symboliques.

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