Qui est Mohamed Mbaé Chanfiou, l’homme politique comorien ?

Il est l’un de ces visages dont la notoriété se construit vite lorsqu’un pays, petit par la taille mais traversé de grands enjeux, place sa politique extérieure au centre de sa stratégie. Depuis le 9 juillet 2024, Mohamed Mbaé Chanfiou occupe le poste de ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de l’Union des Comores, une fonction qui, dans un archipel tourné vers l’océan Indien et dépendant de partenariats multiples, pèse bien au-delà des protocoles.

Derrière ce nom, souvent abrégé dans la presse locale en “Mbaé Mohamed”, se dessine une trajectoire où l’administration et la politique se rejoignent. Car l’homme n’est pas seulement un ministre de passage : il revendique une expérience forgée dans les rouages du ministère lui-même, tandis que sa montée en première ligne s’est accompagnée d’une exposition nouvelle, autant à Moroni que sur les scènes régionales et internationales.

Au fil des mois, son portefeuille diplomatique l’a placé aux avant-postes de dossiers sensibles, des alliances économiques à la question de la circulation dans l’espace indianocéanique, en passant par les enjeux de souveraineté qui structurent la parole officielle comorienne. À l’intérieur, son ancrage local et ses pas dans l’arène électorale ont aussi contribué à faire de lui un acteur politique suivi de près.

Une nomination en 2024 qui le propulse à la tête de la diplomatie

Le 9 juillet 2024 marque un basculement : Mohamed Mbaé Chanfiou succède à Dhoihir Dhoulkamal au ministère des Affaires étrangères. La passation est relatée comme une transition sobre, mais symboliquement forte : il s’agit d’un changement de cap, ou du moins d’un passage de relais à un homme présenté comme connaissant de l’intérieur la maison diplomatique.

Quelques jours plus tard, le 15 juillet 2024, il réunit le corps diplomatique accrédité aux Comores, selon un rituel de prise de contact destiné à afficher une continuité institutionnelle tout en imprimant une méthode. Devant des ambassadeurs et représentants d’organisations internationales, il insiste sur la disponibilité de son ministère, conçu comme un “trait d’union” entre l’État comorien et ses partenaires bilatéraux et multilatéraux, dans un pays où l’aide, les programmes de développement et les investissements externes sont des leviers politiques majeurs.

À ce moment-là, l’équation est claire : la diplomatie comorienne n’est pas un théâtre secondaire. Elle touche aux financements internationaux, à l’image du pays, à la mobilité des citoyens, à la place de la diaspora, et aux équilibres régionaux dans l’océan Indien. Dans son discours, le ministre cite notamment le suivi de la Conférence des partenaires des Comores organisée à Paris en 2019, dont les dynamiques ont été freinées par la crise sanitaire mondiale, rappelant ainsi que les priorités diplomatiques se mesurent aussi à l’aune des besoins économiques.

La presse qui suit son installation le décrit comme un “produit du ministère”, une formule qui, en politique, sert souvent à distinguer les profils issus de l’appareil d’État de ceux qui arrivent par la seule logique partisane. Cette image renvoie à une promesse : celle d’une diplomatie conduite par un praticien, censé maîtriser à la fois les codes, les procédures et les réseaux.

Mais l’entrée dans la lumière ne se limite pas aux salons officiels. À partir de l’été 2024, le ministre devient un personnage plus commenté, précisément parce que son action est associée à une ambition : rendre la diplomatie plus active, plus visible, plus connectée aux priorités annoncées par l’exécutif.

D’un parcours administratif à une figure politique : les étapes d’une ascension

Les éléments biographiques rendus publics dessinent un itinéraire d’abord académique, puis administratif. Selon des informations relayées dans la presse comorienne, Mohamed Mbaé Chanfiou est titulaire d’une licence en littérature anglaise et d’un master en relations internationales obtenu en Égypte en 2010. Il a également enseigné à l’Université des Comores avant d’intégrer, en 2012, le ministère des Affaires étrangères en tant que traducteur, puis d’y gravir progressivement les échelons.

Son parcours inclut une expérience à l’étranger : il est mentionné comme ayant travaillé à Addis-Abeba, à l’ambassade des Comores en Éthiopie, un poste stratégique au regard du rôle de la capitale éthiopienne comme siège de l’Union africaine et carrefour diplomatique africain. Cette étape, dans une carrière diplomatique, sert souvent de passage obligé : elle confronte à la négociation multilatérale, aux réseaux continentaux, et à la coordination entre politiques nationales et agendas régionaux.

Ces éléments contribuent à expliquer comment un profil issu de l’administration peut gagner une légitimité politique. Dans les systèmes institutionnels où les partis structurent le pouvoir mais où l’État reste un acteur central, la technicité et la connaissance des dossiers deviennent des ressources politiques en soi. La trajectoire de Mohamed Mbaé Chanfiou illustre cette passerelle : de la traduction à la représentation, puis à la direction du ministère.

La presse locale insiste aussi sur son ancrage géographique : il est présenté comme originaire de la région de Hamahamet, avec un village natal cité à plusieurs reprises, Mnougou (ou Mnoungou, selon les graphies). L’enracinement territorial compte dans la vie politique comorienne, où les équilibres insulaires et régionaux sont un paramètre constant. Ce lien local, loin d’être anecdotique, joue un rôle dans sa visibilité lorsqu’il se retrouve candidat aux législatives.

À ce stade, une nuance s’impose sur l’étiquette politique : certaines notices le présentent comme “indépendant”, tandis que des articles de presse décrivent son inscription dans la dynamique du parti au pouvoir, la CRC, lors de la campagne législative. Cette coexistence de descriptions n’est pas rare : dans de nombreux contextes, des personnalités peuvent se présenter comme “indépendantes” tout en bénéficiant d’un soutien partisan fort, ou être associées au pouvoir sans être nécessairement des cadres de parti au sens strict.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que son accession au gouvernement, puis sa mise en avant électorale, l’installent durablement dans la catégorie des responsables nationaux dont la carrière se joue autant dans les institutions que dans l’opinion.

Un ministre actif sur la scène internationale : ONU, accords et diplomatie de partenariats

La diplomatie se mesure souvent à l’agenda, aux rencontres et aux textes signés. Sur ce terrain, Mohamed Mbaé Chanfiou s’est trouvé projeté dans une séquence où la communication officielle insiste sur l’intensification des contacts.

À la 80e Assemblée générale des Nations Unies, à New York, en septembre 2025, la présidence comorienne relate une série de rencontres bilatérales et multilatérales conduites par le ministre. Il participe notamment à la réunion du Groupe des 77 et la Chine, cadre majeur pour les pays en développement, et enchaîne des entretiens avec plusieurs homologues. Parmi les faits rapportés : un échange avec le ministre des Affaires étrangères du Sultanat d’Oman, un entretien avec le ministre des Affaires étrangères de la République dominicaine, aboutissant à la signature d’un communiqué conjoint établissant des relations diplomatiques, et des discussions avec Singapour sur des secteurs tels que le tourisme, la formation professionnelle, le numérique et les infrastructures.

La même communication évoque aussi la signature d’un mémorandum d’entente entre l’Union des Comores et le Conseil de coopération du Golfe (CCG), présenté comme un cadre stratégique pour identifier des domaines de coopération. Là encore, la logique affichée est celle d’une diversification : multiplier les partenaires, élargir les coopérations, et inscrire l’action extérieure dans la “vision du Plan Comores Émergent”.

La presse comorienne, de son côté, décrit une diplomatie de rencontres “en coulisse” à New York, associant le ministre à d’autres figures de l’appareil présidentiel. Elle mentionne plusieurs séquences : signature d’un mémorandum avec le CCG, contacts avec Singapour, établissement de relations diplomatiques avec la République dominicaine, échanges avec la Tunisie et Oman, et la perspective d’une commission mixte à Moroni avec Oman, sans date précisée.

Dans ce type de diplomatie, la quantité ne suffit pas : l’enjeu est de transformer les annonces en résultats, et les déclarations en projets financés, en investissements, en bourses de formation, en accords de connectivité, ou en dispositifs facilitant la mobilité. Mais politiquement, l’accumulation de rencontres a une utilité immédiate : elle donne l’image d’un pays qui ne subit pas son isolement géographique et cherche à exister dans les forums internationaux.

À l’échelle régionale, Mohamed Mbaé Chanfiou apparaît également dans un rôle de premier plan à la Commission de l’océan Indien (COI). En avril 2025, lorsque les Comores prennent la présidence de l’organisation pour douze mois, le ministre devient président du Conseil des ministres de la COI durant cette période. Il annonce vouloir articuler le mandat comorien autour du thème “une COI plus solidaire et résiliente”, décliné en trois axes : identité, souveraineté alimentaire et économique, et mobilité/connectivité dans l’espace COI.

Ce passage est révélateur des priorités régionales : dans l’océan Indien, la connectivité (transports, liaisons, circulation), l’économie bleue, la sécurité alimentaire et la visibilité internationale des États insulaires sont des dossiers structurants. En les mettant au cœur d’un mandat, le ministre s’inscrit dans une ligne où la diplomatie n’est pas seulement politique, mais aussi logistique et économique.

Un autre élément saillant, dans le discours rapporté lors de la COI, concerne la question des frontières et de l’archipel comorien tel que revendiqué par l’État comorien, avec une référence explicite à la résolution onusienne de 1975 liée à l’admission du pays aux Nations Unies. Cet aspect souligne combien, pour Moroni, la politique étrangère reste aussi une politique de souveraineté.

Les législatives et la scène intérieure : ancrage local, campagne, et épisode de rejet de candidature

Être ministre des Affaires étrangères n’isole pas de la politique domestique ; au contraire, cela peut l’exacerber. Début 2025, Mohamed Mbaé Chanfiou est présenté comme candidat aux élections législatives dans la circonscription de Hamahamet. Il lance sa campagne à Mnougou, décrit comme son village natal, dans une ambiance de mobilisation locale où se mêlent notables, militants et responsables politiques.

La presse qui relate ce meeting insiste sur le soutien des sympathisants du parti au pouvoir, la CRC, venus “en masse” selon le récit, et sur la présence de cadres du ministère. Dans ce type de séquence, tout est message : le ministre en congé qui revient “au village”, le réseau local qui se met en mouvement, et l’idée d’un candidat adoubé par le pouvoir central.

Lors de sa prise de parole, il remercie le chef de l’État pour la confiance accordée et affirme vouloir travailler avec l’ensemble des acteurs politiques “de l’opposition ou du pouvoir” afin de garantir paix et stabilité. Cette rhétorique de cohésion est classique en période électorale, mais elle prend une coloration particulière dans un pays où les tensions politiques peuvent se cristalliser à l’échelle insulaire ou régionale.

Un épisode antérieur montre toutefois que la campagne ne se déroule pas sans accrocs. En novembre 2024, un article fait état du rejet provisoire de sa candidature par la commission électorale nationale indépendante (CENI), au motif d’un dossier incomplet lié à des documents électoraux concernant le suppléant, avant que la Cour suprême ne soit présentée comme l’arbitre final après recours. Le même article situe cet événement dans un contexte plus large de candidatures rejetées dans plusieurs îles.

Cet épisode, au-delà de l’aspect administratif, illustre la sensibilité des processus électoraux : la conformité des dossiers devient un enjeu politique, parce qu’elle affecte la capacité d’un camp à présenter ses candidats, mais aussi parce qu’elle nourrit les soupçons, les récits et les tensions. Le fait que l’affaire soit décrite comme “provisoire” et susceptible de recours rappelle également la superposition des niveaux de décision institutionnelle.

La campagne, elle, est racontée sur le terrain comme une démonstration de force. On y voit apparaître des personnalités de la scène politique comorienne venues l’appuyer, et une mise en scène autour de la continuité, de la loyauté et du bilan gouvernemental. Ce registre est cohérent avec l’image qu’un ministre-candidat cherche à projeter : celle d’un homme capable de transformer sa proximité avec l’exécutif en bénéfices concrets pour sa circonscription.

Enfin, certaines notices indiquent qu’il a été élu lors des législatives de 2025. Cet élément renforce l’idée qu’il ne s’agit pas uniquement d’un ministre technicien, mais d’un responsable en voie de consolidation politique, susceptible de combiner légitimité gouvernementale et mandat électif.

Le poids des dossiers : monde arabe, diaspora, océan Indien et souveraineté

Le portefeuille attribué à Mohamed Mbaé Chanfiou est décrit comme englobant, au-delà des Affaires étrangères, des dimensions telles que la coopération internationale, le monde arabe, la diaspora, la francophonie et l’intégration africaine dans l’intitulé gouvernemental relayé par certains médias. Cette architecture n’est pas neutre : elle regroupe des champs qui, pour les Comores, sont à la fois identitaires, économiques et politiques.

Le monde arabe, d’abord, renvoie à des solidarités historiques et à des partenariats possibles en matière d’investissements, d’infrastructures et d’aides. Les séquences décrites à New York avec Oman et le Conseil de coopération du Golfe s’inscrivent dans cette logique : élargir les liens, formaliser des cadres de coopération, et donner un contenu concret aux relations.

La diaspora, ensuite, est un acteur social et économique majeur pour les Comores, avec des enjeux de mobilité, de documents, de transferts financiers, et de participation à la vie nationale. Lorsque le ministre affirme, dès juillet 2024, vouloir jouer un rôle de facilitation entre l’État et les partenaires, cette promesse peut être lue aussi comme une manière d’outiller la relation entre le pays et ses ressortissants à l’étranger, même si les mécanismes précis ne sont pas détaillés dans les communications consultées.

L’océan Indien, enfin, place l’archipel dans un espace où les interdépendances sont fortes : transports maritimes et aériens, coopération sanitaire, commerce régional, pêche, sécurité, et circulation des personnes. La présidence comorienne de la COI, avec l’accent mis sur la mobilité et la connectivité, traduit un constat que partagent de nombreux États insulaires : sans liaisons fiables, la souveraineté se heurte à la géographie.

Reste la question de souveraineté, omniprésente dans la parole extérieure de Moroni. Le discours rapporté lors de la COI rappelle l’attachement comorien à l’intangibilité des frontières nationales, avec référence à la résolution onusienne de 1975 telle qu’évoquée dans l’article. Cette affirmation, dans les forums régionaux, sert un double objectif : maintenir une cohérence diplomatique et inscrire la revendication comorienne dans des cadres juridiques internationaux.

Dans ce paysage, Mohamed Mbaé Chanfiou apparaît comme un ministre dont l’action est évaluée sur deux critères. Le premier est la capacité à incarner : multiplier les rencontres, parler au nom du pays, porter des thèmes, donner une visibilité internationale. Le second est la capacité à convertir : transformer ces séquences en résultats mesurables pour l’économie, la coopération, la formation, la connectivité ou la stabilité.

À l’intérieur, son positionnement de ministre-candidat ajoute une couche : il doit aussi prouver que la diplomatie n’est pas un domaine lointain, mais qu’elle peut, d’une manière ou d’une autre, produire des retombées pour les territoires. C’est un défi classique des responsables des Affaires étrangères : convaincre que le monde extérieur n’est pas une abstraction, mais une ressource.

En un peu plus d’un an, Mohamed Mbaé Chanfiou a donc franchi plusieurs seuils : l’accès à un ministère stratégique en juillet 2024, l’affirmation d’une activité diplomatique soutenue en 2025, une exposition régionale via la COI, et une insertion dans la compétition électorale à Hamahamet.

Ce parcours, encore en cours, explique pourquoi son nom revient de plus en plus souvent lorsqu’il s’agit de décrire les nouveaux équilibres du pouvoir comorien : un responsable à la croisée de l’appareil d’État et de la scène politique, dont la trajectoire se joue autant dans les couloirs des sommets que dans les rassemblements locaux.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *