L’approche territoriale constitue aujourd’hui un cadre stratégique central pour repenser les politiques de développement à Madagascar, dans un contexte marqué par de fortes inégalités régionales, une vulnérabilité socioéconomique persistante et des pressions environnementales croissantes. En rupture avec les modèles centralisés traditionnels, cette approche privilégie une vision intégrée du développement fondée sur la valorisation des ressources endogènes, la participation des acteurs locaux et la gouvernance décentralisée. Le territoire y est appréhendé comme un construit social, résultant d’interactions entre acteurs, institutions et dynamiques locales, et non comme un simple espace administratif.
Cet article analyse les fondements théoriques de l’approche territoriale, en mobilisant les apports de l’économie territoriale et de la gouvernance locale, puis examine ses applications concrètes à Madagascar. L’analyse s’appuie notamment sur le Programme Pays du PNUD 2024–2028, le Programme National de Développement Économique (PNDE), le projet environnemental Mikajy et le projet d’infrastructure de l’autoroute Antananarivo–Tamatave. Ces expériences illustrent à la fois le potentiel et les limites de la territorialisation du développement. Le Programme Pays du PNUD a permis de renforcer les capacités de plus de 1 200 agents locaux dans 45 districts et d’appuyer environ 5 000 ménages dans les régions d’Atsimo Andrefana et de Menabe, tandis que le PNDE a amélioré l’accès aux marchés pour plus de 8 000 producteurs agricoles grâce à la réhabilitation de 120 km de routes rurales.
Cependant, les cas du projet Mikajy et de l’autoroute Antananarivo–Tamatave mettent en évidence des impacts sociaux et environnementaux négatifs, notamment l’expropriation de terres agricoles, l’insuffisance des mécanismes de compensation et une augmentation de la précarité alimentaire pour près de 1 000 familles déplacées. Ces limites révèlent les défis majeurs de l’approche territoriale : faiblesse des capacités institutionnelles locales, coordination interinstitutionnelle insuffisante, participation citoyenne limitée et intégration encore partielle de la résilience climatique.
L’article conclut que l’approche territoriale constitue un levier indispensable pour un développement durable, inclusif et résilient à Madagascar, à condition de renforcer la gouvernance locale, d’assurer une planification multisectorielle cohérente et de garantir l’implication effective des communautés dans toutes les phases des projets.


