Qui est Fana Soumah ?

Figure connue du paysage médiatique guinéen, Fana Soumah incarne un parcours singulier où le journalisme, la gestion de l’information publique et l’action gouvernementale se rejoignent. Son nom est aujourd’hui associé à la Radiodiffusion Télévision Guinéenne, qu’il a dirigée à des postes clés, mais aussi à l’exercice de hautes responsabilités politiques en tant que ministre de l’Information et de la Communication. Derrière cette trajectoire, se dessine le portrait d’un professionnel formé à l’école du terrain, marqué par plusieurs décennies d’expérience dans les médias publics et animé par une vision précise du rôle de l’information dans une société en mutation.

Né dans un contexte modeste, Fana Soumah s’est construit pas à pas, loin des projecteurs, avant de devenir l’un des visages familiers de l’information nationale. Son itinéraire reflète à la fois l’évolution des médias guinéens depuis les années 1990 et les défis auxquels le pays est confronté en matière de communication, de gouvernance et de rapport entre l’État et les citoyens. Son parcours est aussi révélateur des passerelles existantes entre le journalisme et la sphère politique, dans un pays où l’information demeure un enjeu central de stabilité et de développement.

Origines, enfance et formation académique

Fana Soumah est né en 1969 à Forécariah, une préfecture située dans l’ouest de la République de Guinée. Cette région, à dominante rurale et frontalière, est marquée par une forte diversité culturelle et par des réalités socio-économiques contrastées. C’est dans ce cadre qu’il effectue sa scolarité primaire, avant de poursuivre ses études secondaires dans un contexte national encore fortement structuré par l’héritage du parti unique et par une organisation centralisée de l’enseignement.

Son parcours scolaire est régulier. Il obtient le Brevet d’études du premier cycle au début des années 1980, puis le baccalauréat en 1986 au lycée 02 Octobre de Conakry, un établissement de référence dans la capitale. Ce passage à Conakry constitue une étape importante dans sa construction personnelle et intellectuelle, en l’exposant à un environnement urbain, politique et culturel plus dense que celui de sa région d’origine.

Après le baccalauréat, il s’oriente vers des études universitaires à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Il choisit la sociologie, discipline qui lui permet d’acquérir des outils d’analyse des phénomènes sociaux, politiques et culturels. En 1992, il obtient un Diplôme d’études supérieures en sociologie. Cette formation marque durablement sa manière d’aborder l’information et la communication, en privilégiant la compréhension des dynamiques sociales, des rapports de pouvoir et des mécanismes de construction de l’opinion publique.

L’entrée dans le journalisme et les premières expériences professionnelles

C’est au milieu des années 1990 que Fana Soumah fait ses premiers pas dans le journalisme professionnel. En 1996, il intègre la Radiodiffusion Télévision Guinéenne, l’unique média audiovisuel public de l’époque. Il débute comme journaliste et présentateur au journal parlé de la radio nationale. À ce stade, le paysage médiatique guinéen est encore peu diversifié, et la RTG joue un rôle central dans la diffusion de l’information officielle et institutionnelle.

Très rapidement, il se distingue par sa rigueur, sa maîtrise de la langue française et sa capacité à restituer l’information de manière claire et structurée. Son travail ne se limite pas à la présentation des bulletins d’information. Il participe également à la production de reportages, à la couverture d’événements politiques et sociaux, ainsi qu’à la réalisation d’interviews avec des responsables publics et des acteurs de la société civile.

Cette période correspond à une phase de transition pour les médias guinéens, marquée par une ouverture progressive du champ politique et par l’émergence, encore timide, de médias privés. Dans ce contexte, le rôle du journaliste du service public est particulièrement sensible. Fana Soumah évolue dans un cadre où l’équilibre entre information institutionnelle, attentes du public et contraintes politiques constitue un exercice permanent.

Ascension au sein de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne

Au fil des années, Fana Soumah gravit les échelons au sein de la RTG. En 2000, il est nommé rédacteur en chef du journal télévisé. Cette fonction stratégique lui confère une responsabilité directe sur la ligne éditoriale, l’organisation des équipes et la hiérarchisation de l’information. Il occupe ce poste pendant plus d’une décennie, une longévité qui témoigne de la confiance placée en lui par les autorités et par la direction de l’institution.

Dans ses fonctions de rédacteur en chef, il s’attache à structurer les rédactions, à améliorer la qualité des contenus et à renforcer le professionnalisme des journalistes. Cette période est également marquée par des évolutions technologiques, avec une modernisation progressive des équipements et une adaptation aux nouveaux formats audiovisuels. Fana Soumah participe activement à ces transformations, conscient de l’importance de l’image et du rythme de l’information dans un environnement médiatique en mutation.

En 2009, il est nommé directeur de la télévision RTG2, une chaîne complémentaire de la télévision nationale. Cette expérience lui permet d’élargir son champ de compétences, en intégrant des dimensions de gestion administrative, de programmation et de coordination technique. Deux ans plus tard, il devient directeur de la télévision nationale, un poste qu’il occupe de 2011 à 2012.

À partir de 2014, il est nommé directeur général adjoint de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne. Cette fonction le place au cœur de la gouvernance de l’institution, avec des responsabilités accrues en matière de stratégie, de ressources humaines et de relations avec les pouvoirs publics. Le 10 novembre 2021, il accède au poste de directeur général de la RTG, consacrant ainsi plus de vingt-cinq ans de carrière au sein de la même maison.

La direction générale de la RTG et les enjeux du service public

En tant que directeur général de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne, Fana Soumah se trouve confronté à des défis multiples. La RTG demeure le principal média audiovisuel public du pays, avec une mission de service public qui inclut l’information, l’éducation et la cohésion nationale. À ce titre, elle est attendue sur sa capacité à couvrir l’ensemble du territoire, à refléter la diversité culturelle du pays et à accompagner les grandes orientations politiques et sociales.

Sous sa direction, l’accent est mis sur la modernisation de l’outil de production, le renforcement des compétences internes et la réorganisation des grilles de programmes. Il s’agit également de répondre à la concurrence croissante des médias privés et des plateformes numériques, qui modifient en profondeur les habitudes de consommation de l’information.

La question de l’indépendance éditoriale et de la crédibilité du média public occupe une place centrale dans son action. Dans un contexte où la confiance du public envers les institutions est souvent mise à l’épreuve, la RTG est appelée à jouer un rôle de référence, capable de fournir une information fiable et accessible. Fana Soumah s’inscrit dans cette logique, en défendant une approche professionnelle du journalisme, fondée sur la responsabilité et le respect des règles déontologiques.

L’entrée au gouvernement et la nomination comme ministre

Le 13 mars 2024 marque un tournant décisif dans la carrière de Fana Soumah. Il est nommé ministre de l’Information et de la Communication dans le gouvernement dirigé par Bah Oury. Cette nomination symbolise le passage du monde des médias à celui de l’action gouvernementale, même si les deux univers restent étroitement liés.

À la tête de ce ministère stratégique, il hérite d’un portefeuille aux enjeux complexes. Le ministère de l’Information et de la Communication est chargé de la régulation du secteur des médias, de la communication gouvernementale, ainsi que du développement des infrastructures de l’information. Il joue également un rôle central dans les relations entre l’État, la presse et les citoyens.

Dès sa prise de fonction, Fana Soumah affirme sa volonté de travailler en concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur, qu’ils soient publics ou privés. Il insiste sur la nécessité de renforcer le cadre réglementaire, de soutenir la professionnalisation des journalistes et de promouvoir une communication publique plus transparente et plus inclusive.

Une vision de la communication au service de la société

La vision portée par Fana Soumah repose sur plusieurs principes structurants. Le premier concerne la place de l’information dans la société. Pour lui, l’information n’est pas un simple outil de diffusion de messages officiels, mais un service essentiel qui doit contribuer à l’éducation citoyenne, à la cohésion sociale et au développement.

Le second principe concerne la formation. Issu lui-même d’un parcours académique et professionnel exigeant, il accorde une importance particulière à la formation initiale et continue des journalistes. Il considère que le métier de journaliste exige une mise à jour permanente des compétences, notamment face à l’évolution rapide des technologies et des pratiques numériques.

Enfin, il défend une approche équilibrée des relations entre l’État et la presse. Tout en reconnaissant le rôle régulateur de l’État, il plaide pour un climat de dialogue et de respect mutuel, dans lequel la liberté de la presse s’exerce dans un cadre responsable et professionnel.

L’homme, la vie privée et la perception publique

Au-delà de ses fonctions officielles, Fana Soumah est décrit par ses proches et collaborateurs comme un homme discret, attaché à sa famille et à ses valeurs personnelles. Marié et père de quatre enfants, il veille à préserver une certaine distance entre sa vie privée et sa vie publique, dans un contexte où l’exposition médiatique est permanente.

Sa personnalité est souvent associée à la rigueur, à la disponibilité et à la capacité d’écoute. Ces qualités humaines sont régulièrement mises en avant par ceux qui ont travaillé à ses côtés, tant à la RTG qu’au sein de l’administration. Elles contribuent à forger une image de responsable accessible, soucieux du dialogue et du travail collectif.

Sur le plan public, son parcours est perçu comme celui d’un professionnel ayant accédé aux plus hautes responsabilités par le mérite et l’expérience. Cette perception renforce sa légitimité dans un secteur où la crédibilité personnelle constitue un capital essentiel.

Un parcours emblématique des mutations guinéennes

La trajectoire de Fana Soumah s’inscrit dans une histoire plus large, celle des transformations politiques, médiatiques et sociales de la Guinée depuis les années 1990. De la période de monopole du média public à l’émergence d’un paysage médiatique pluraliste, de la centralisation de l’information à l’essor du numérique, son parcours accompagne et reflète ces évolutions.

Son passage du journalisme à la fonction ministérielle illustre également les liens étroits entre information et pouvoir dans un pays où la communication demeure un levier stratégique. À ce titre, il incarne une figure de transition, à la croisée de deux mondes, avec la responsabilité de concilier exigences professionnelles, attentes citoyennes et impératifs politiques.

Aujourd’hui, Fana Soumah continue de jouer un rôle central dans la définition des orientations de la politique de communication en Guinée. Son expérience, sa connaissance du terrain et sa compréhension des enjeux médiatiques constituent des atouts majeurs dans un contexte national et régional marqué par de profondes mutations. Son parcours, riche et structuré, demeure un exemple pour de nombreux professionnels des médias et de la communication, et un témoignage de l’importance de l’information comme pilier de la vie publique.

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