Qui est Fassou Théa ?

Né en Guinée forestière et formé entre l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique du Nord, Fassou Théa s’est progressivement imposé comme l’une des figures technocratiques les plus en vue de l’administration guinéenne contemporaine. Son parcours, à la croisée de l’enseignement, de l’expertise environnementale, de la diplomatie multilatérale et de l’action gouvernementale, illustre l’émergence d’une génération de cadres publics dont la légitimité repose autant sur la formation académique que sur l’expérience de terrain. De ses débuts dans l’éducation à sa nomination comme ministre de la Pêche et de l’Économie maritime, son itinéraire reflète les mutations profondes de l’État guinéen face aux défis du développement durable, de la gouvernance des ressources naturelles et de l’intégration de la Guinée dans les grands débats internationaux.

Origines, jeunesse et construction intellectuelle

Fassou Théa est né le 1er janvier 1976 à Nzérékoré, principale ville de la Guinée forestière. Cette région du sud-est du pays, frontalière du Liberia et de la Côte d’Ivoire, se distingue par sa richesse écologique, sa diversité culturelle et son rôle stratégique dans l’économie agricole guinéenne. Grandir dans cet environnement marqué à la fois par l’abondance des ressources naturelles et par les fragilités sociales a profondément influencé sa sensibilité aux questions environnementales et au développement local.

Son enfance et sa scolarité se déroulent dans un contexte où l’éducation reste un levier essentiel d’ascension sociale. Très tôt, il se distingue par un goût prononcé pour les études et une facilité particulière pour les langues. Après un parcours scolaire régulier, il accède à l’enseignement supérieur à l’Université Julius Nyerere de Kankan, l’un des pôles universitaires majeurs de la Guinée intérieure. Il y suit une formation en langue anglaise et obtient en 2005 une licence, diplôme qui lui ouvre les portes de l’enseignement mais aussi de la coopération internationale.

Ce choix de formation linguistique n’est pas anodin. Dans un pays francophone entouré de voisins anglophones, la maîtrise de l’anglais constitue un atout stratégique. Elle permet à Fassou Théa de se projeter très tôt au-delà du cadre national et d’envisager une carrière tournée vers les échanges régionaux et internationaux.

Plusieurs années plus tard, désireux d’élargir son champ de compétences, il reprend le chemin des études supérieures. En 2014, il obtient un master en environnement et développement durable à l’Université Aube Nouvelle de Ouagadougou, au Burkina Faso. Cette formation marque un tournant décisif dans son parcours. Elle lui permet d’acquérir une vision structurée des enjeux environnementaux contemporains, des politiques publiques liées au climat, à la gestion des ressources naturelles et à la planification du développement.

Son itinéraire académique se poursuit ensuite aux États-Unis, où il intègre un programme de Master Track en développement et durabilité à l’Université du Michigan, à Ann Arbor. Cette expérience nord-américaine lui apporte une exposition directe aux approches anglo-saxonnes de la gouvernance environnementale, de l’évaluation des politiques publiques et de la recherche appliquée. Elle renforce également son réseau international et sa capacité à dialoguer avec des institutions multilatérales et des partenaires techniques.

Premiers pas professionnels et immersion dans l’administration publique

À l’issue de sa licence en langue anglaise, Fassou Théa débute sa carrière professionnelle en 2006 au sein de l’École normale des instituteurs de Nzérékoré. Il y exerce comme formateur, contribuant à la formation des futurs enseignants du primaire. Cette première expérience dans l’éducation lui offre une connaissance fine des réalités sociales locales et du rôle central de l’enseignement dans le développement humain.

Cependant, son intérêt croissant pour les questions environnementales et la gestion publique l’oriente rapidement vers l’administration centrale. Il intègre le ministère de l’Environnement et y occupe successivement plusieurs postes techniques et administratifs. Chargé d’évaluation environnementale, puis chef de section, il participe à l’analyse des impacts écologiques des projets de développement, notamment dans les secteurs minier, énergétique et infrastructurel.

Son parcours au sein du ministère se caractérise par une montée progressive en responsabilité. Il devient assistant du secrétaire général, puis chef de division chargé de l’atténuation des impacts résiduels. À ce poste, il est confronté à des dossiers complexes, liés à la conciliation entre développement économique et préservation de l’environnement. La Guinée, riche en ressources minières et hydrauliques, fait face à des choix structurants dont les conséquences sociales et écologiques sont majeures.

Ces années au ministère forgent sa réputation de cadre rigoureux, méthodique et doté d’une solide expertise technique. Elles lui permettent également de comprendre les contraintes internes de l’administration guinéenne, entre manque de moyens, pressions politiques et exigences croissantes des partenaires internationaux.

Une dimension internationale et diplomatique affirmée

La carrière de Fassou Théa prend une dimension résolument internationale lorsqu’il est appelé à servir au sein de la mission permanente de la République de Guinée auprès des Nations unies à New York. Entre novembre 2020 et novembre 2021, il y exerce comme conseiller et expert d’appui, dans un contexte diplomatique particulièrement exigeant.

Cette période coïncide avec la présidence de la Guinée du groupe des 77 et de la Chine, une coalition qui rassemble plus de cent trente pays en développement et joue un rôle central dans les négociations multilatérales. Fassou Théa participe alors à la préparation des positions guinéennes sur des dossiers stratégiques liés au développement durable, au financement climatique et à la coopération Sud-Sud.

Son rôle consiste à fournir une expertise technique, à analyser les textes et à contribuer à la formulation de positions cohérentes avec les intérêts des pays du Sud. Cette expérience renforce sa compréhension des mécanismes de la diplomatie multilatérale et de la complexité des négociations internationales, où se croisent enjeux économiques, politiques et environnementaux.

Parallèlement à ses fonctions diplomatiques, il poursuit sa formation académique aux États-Unis. À l’Université du Michigan, il approfondit ses connaissances en matière de durabilité, de politiques publiques et d’évaluation environnementale. Il bénéficie d’un environnement académique stimulant, au contact de chercheurs et de praticiens engagés sur les grandes questions globales.

Il est également chercheur invité au département des ressources naturelles et de l’environnement de l’Université de l’Arizona, à Tucson. Dans ce cadre, il mène des travaux portant notamment sur la réduction des impacts négatifs des grands projets d’infrastructures. Ses recherches s’intéressent en particulier aux barrages hydroélectriques de Kaléta et de Souapiti, emblématiques des défis auxquels la Guinée est confrontée en matière de production énergétique et de protection des écosystèmes.

Ces expériences internationales contribuent à façonner un profil hybride, à la fois technicien, chercheur et diplomate, capable de naviguer entre les exigences scientifiques et les réalités politiques.

De la Primature à la scène gouvernementale

À son retour en Guinée, Fassou Théa est appelé à intégrer la Primature. Il y occupe successivement plusieurs fonctions de conseiller, d’abord comme chargé de mission, puis comme conseiller en charge du développement durable et maritime, et enfin comme conseiller chargé de l’environnement, du développement durable et de l’assainissement.

Ces postes stratégiques le placent au cœur de l’appareil décisionnel de l’État. Il participe à l’élaboration et au suivi de politiques publiques touchant à des secteurs clés tels que la gestion des déchets, l’assainissement urbain, la protection de l’environnement et le développement de l’économie maritime. Son expertise technique et sa connaissance des enjeux internationaux en font un interlocuteur privilégié pour les partenaires techniques et financiers.

Son travail à la Primature s’inscrit dans un contexte de transition politique et institutionnelle. La Guinée cherche à moderniser son administration, à renforcer la transparence et à intégrer les impératifs du développement durable dans ses stratégies nationales. Fassou Théa contribue à cette dynamique en promouvant une approche fondée sur la planification, l’évaluation et la concertation.

Le 29 juillet 2025 marque une étape majeure de son parcours. Par décret présidentiel, il est nommé ministre de la Pêche et de l’Économie maritime au sein du gouvernement dirigé par Bah Oury, sous l’autorité du président de la République, le général Mamadi Doumbouya. Cette nomination consacre son entrée officielle dans l’arène politique gouvernementale.

Le portefeuille de la Pêche et de l’Économie maritime revêt une importance stratégique pour la Guinée. Le pays dispose d’un vaste littoral atlantique et de ressources halieutiques considérables, mais encore insuffisamment exploitées et parfois menacées par la surpêche et la pêche illégale. La mission confiée à Fassou Théa consiste à moderniser le secteur, à renforcer la gouvernance maritime et à promouvoir une exploitation durable des ressources aquatiques.

Lors de sa prise de fonction, il affiche une volonté de continuité et de réforme. Il s’engage à consolider les acquis, à améliorer la transparence et à renforcer la coopération avec les acteurs nationaux et internationaux du secteur maritime.

Vision, héritage et place dans la Guinée contemporaine

Au-delà de ses fonctions officielles, Fassou Théa incarne une certaine vision de l’action publique. Celle d’un État qui s’appuie sur des compétences techniques solides, sur la formation continue et sur l’ouverture internationale pour répondre aux défis du développement. Son parcours témoigne de l’importance croissante accordée aux profils technocratiques dans la gouvernance guinéenne.

Son engagement pour le développement durable ne se limite pas à un discours. Il se traduit par une attention constante aux impacts sociaux et environnementaux des politiques publiques. Dans un pays confronté à des défis majeurs tels que la croissance démographique, l’urbanisation rapide et la pression sur les ressources naturelles, cette approche apparaît comme une nécessité.

La reconnaissance dont il bénéficie, notamment de la part de ses anciens camarades et de sa région d’origine, souligne également la dimension symbolique de son ascension. Elle illustre la possibilité, pour des cadres issus de l’intérieur du pays, d’accéder aux plus hautes responsabilités de l’État par le mérite et la formation.

À l’heure où la Guinée cherche à renforcer son intégration régionale et internationale, le profil de Fassou Théa, marqué par une double culture administrative et académique, constitue un atout. Son action à la tête du ministère de la Pêche et de l’Économie maritime est observée avec attention, tant par les acteurs nationaux que par les partenaires étrangers.

En retraçant sa biographie, se dessine le portrait d’un homme dont le parcours individuel s’inscrit dans une dynamique collective de transformation de l’État guinéen. Fassou Théa apparaît ainsi comme l’un des visages d’une administration en quête de modernité, soucieuse de concilier développement économique, justice sociale et préservation de l’environnement.

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