Figure longtemps restée en retrait de la scène médiatique kényane, Hanna Wendot Cheptumo est devenue, en l’espace de quelques semaines, l’un des visages les plus commentés de la vie politique nationale. Avocate de formation, épouse du défunt sénateur William Kipkiror Cheptumo, elle a été propulsée au premier plan à la suite de sa nomination au poste de ministre de la Condition féminine, de la Culture, des Arts et du Patrimoine dans le gouvernement du président William Ruto.
Cette ascension, survenue dans un contexte de deuil personnel et de crise sociale aiguë liée aux violences basées sur le genre, a suscité à la fois espoirs, interrogations et controverses. Qui est réellement Hanna Wendot Cheptumo ? Quel est son parcours, son ancrage social, son expérience professionnelle et politique ? Et comment son histoire personnelle éclaire-t-elle les responsabilités qui lui incombent désormais au sommet de l’État kényan ?
Cette biographie journalistique propose une plongée approfondie dans la trajectoire d’une femme dont le destin s’est confondu avec celui d’un territoire, d’une famille politique et d’un moment charnière de l’histoire contemporaine du Kenya.
Origines, formation et premières expériences professionnelles
Hanna Wendot Cheptumo est originaire du comté de Baringo, situé dans la région de la vallée du Rift, une zone du Kenya marquée par une forte identité communautaire, une histoire politique dense et des enjeux sociaux complexes. Le comté de Baringo est connu pour ses populations pastorales, ses défis liés à l’accès aux services publics et ses tensions récurrentes autour des ressources naturelles. C’est dans ce contexte que Hanna Cheptumo a grandi, développant très tôt une conscience aiguë des inégalités sociales et des fragilités institutionnelles.
Les informations publiques concernant sa date exacte de naissance et son enfance restent volontairement discrètes, ce qui correspond à une culture de réserve encore répandue chez de nombreuses personnalités kényanes issues de milieux non médiatiques. Toutefois, plusieurs éléments concordants indiquent qu’elle a suivi un parcours scolaire rigoureux, l’ayant conduite vers des études supérieures orientées vers le droit et l’administration publique.
Avant même de devenir avocate, Hanna Wendot Cheptumo a travaillé au Nyayo House, un bâtiment emblématique de Nairobi qui abrite de nombreux services gouvernementaux. Cette première expérience dans la fonction publique lui a permis de comprendre le fonctionnement interne de l’État kényan, ses lenteurs, ses contraintes mais aussi son potentiel en matière de transformation sociale. Travailler dans cet environnement l’a exposée aux réalités quotidiennes des citoyens confrontés à la bureaucratie, aux procédures administratives complexes et aux inégalités d’accès aux droits fondamentaux.
Cette immersion dans l’appareil étatique a constitué une étape fondatrice de son engagement professionnel. Elle y a développé une sensibilité particulière aux questions de justice sociale, de responsabilité publique et de protection des populations vulnérables, notamment les femmes, souvent les plus exposées aux dysfonctionnements institutionnels.
Une carrière juridique étroitement liée à celle de William Cheptumo
C’est dans le prolongement de cette première expérience que Hanna Wendot Cheptumo s’est engagée dans des études de droit. Elle a été admise au barreau kényan et inscrite comme avocate auprès de la Haute Cour du Kenya, une reconnaissance qui atteste de sa formation juridique complète et de sa capacité à exercer au plus haut niveau du système judiciaire national.
Sa carrière d’avocate est indissociable de celle de son époux, William Kipkiror Cheptumo. Figure politique majeure du comté de Baringo, ce dernier a été député puis sénateur, tout en menant une carrière juridique respectée. Le couple a partagé une vision commune du droit comme outil de transformation sociale et de défense des communautés marginalisées.
Hanna Cheptumo a intégré le cabinet Cheptumo and Company Advocates, fondé par son mari. Au sein de cette structure, elle n’a pas occupé un rôle secondaire ou symbolique. Elle a activement participé à la gestion du cabinet, au suivi des dossiers et à la représentation des clients devant les juridictions. Cette expérience lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie du droit pénal, du droit civil et des litiges liés aux droits fonciers, des domaines particulièrement sensibles dans les régions rurales du Kenya.
William Cheptumo aurait joué un rôle déterminant dans l’encouragement de sa carrière. Selon plusieurs témoignages relayés par la presse, il lui aurait conseillé de consolider son autonomie professionnelle afin d’être capable de faire face seule aux aléas de la vie et de poursuivre l’engagement juridique du cabinet en toute circonstance. Cette vision s’est révélée prémonitoire, tant le destin allait rapidement mettre Hanna Cheptumo à l’épreuve.
Durant ces années, elle est restée relativement éloignée de la lumière médiatique. Contrairement à son mari, habitué aux joutes politiques et aux apparitions publiques, elle privilégiait un engagement de terrain, discret mais constant, auprès des clients et des communautés locales.
Le choc du deuil et la transition vers la sphère politique nationale
L’année 2025 marque un tournant brutal dans la vie de Hanna Wendot Cheptumo. En février, son époux William Cheptumo décède, mettant fin à une carrière politique et juridique saluée à l’échelle nationale. Sa disparition provoque une onde de choc dans le comté de Baringo et bien au-delà, tant il était considéré comme une figure centrale du dialogue politique, du développement local et de la cohésion sociale.
Les funérailles du sénateur Cheptumo prennent une dimension nationale, en présence de nombreuses personnalités politiques, dont le président William Ruto. Lors de cette cérémonie, le chef de l’État rend un hommage appuyé au défunt et exprime publiquement son soutien à sa famille. Ce moment solennel marque également le début d’une nouvelle phase pour Hanna Cheptumo.
Peu après le décès de son mari, le président annonce son intention de nommer Hanna Wendot Cheptumo à un poste ministériel. Cette décision s’inscrit à la fois dans une logique politique, un geste de reconnaissance envers la famille Cheptumo, et dans une volonté de pourvoir un ministère stratégique resté vacant depuis plusieurs mois.
Pour Hanna Cheptumo, cette transition est aussi soudaine qu’exigeante. Passer du monde du droit à celui de l’exécutif national implique un changement d’échelle, de rythme et de responsabilités. Elle accepte néanmoins cette proposition, interprétée par certains observateurs comme la continuité de l’engagement public de son époux, mais aussi comme une reconnaissance de ses compétences propres.
Cette nomination intervient dans un contexte émotionnel délicat, alors qu’elle est encore en période de deuil. Pourtant, elle s’engage dans ce nouveau rôle avec la détermination de servir l’État et de répondre aux attentes placées en elle.
Une nomination ministérielle sous le feu des projecteurs
Le 26 mars 2025, Hanna Wendot Cheptumo est officiellement nommée ministre de la Condition féminine, de la Culture, des Arts et du Patrimoine. Ce portefeuille est l’un des plus sensibles du gouvernement kényan, car il couvre des enjeux majeurs liés aux droits des femmes, à l’égalité des sexes, à la lutte contre les violences basées sur le genre, mais aussi à la préservation de l’identité culturelle nationale.
Sa nomination met fin à une période prolongée d’instabilité à la tête de ce ministère. Plusieurs candidatures précédentes avaient échoué, et la vacance du poste était perçue comme un frein à l’élaboration de politiques publiques efficaces dans un domaine pourtant prioritaire.
L’audition parlementaire de Hanna Cheptumo constitue l’un des moments les plus controversés de son entrée en fonction. Lors de cet exercice, certaines de ses déclarations sur les causes de la violence basée sur le genre suscitent une vive polémique. Ses propos, jugés maladroits et insensibles par une partie de l’opinion publique, provoquent des réactions de la société civile, d’organisations féministes et de parlementaires.
Malgré ces critiques, le Parlement valide sa nomination. Cette approbation repose sur plusieurs arguments, dont son expérience juridique, sa connaissance des institutions et la nécessité de stabiliser un ministère clé. Elle devient ainsi l’une des rares femmes à occuper un poste ministériel de premier plan dans le gouvernement Ruto.
Dès son entrée en fonction, Hanna Cheptumo est placée sous une surveillance médiatique intense. Chaque déclaration, chaque décision est scrutée, interprétée et souvent débattue, reflétant l’importance des enjeux liés à son portefeuille.
Un ministère au cœur des crises sociales contemporaines
Le ministère dirigé par Hanna Wendot Cheptumo fait face à des défis considérables. Le Kenya traverse une période marquée par une augmentation alarmante des violences basées sur le genre, des cas de féminicides et des abus domestiques. Ces phénomènes ont suscité une mobilisation croissante de la société civile et une pression accrue sur les autorités publiques.
La lutte contre ces violences nécessite une approche transversale, impliquant les forces de l’ordre, le système judiciaire, les services sociaux et les communautés locales. En tant que ministre, Hanna Cheptumo est appelée à coordonner ces efforts et à impulser des réformes structurelles.
Parallèlement, le ministère a la charge de la culture, des arts et du patrimoine, des secteurs souvent sous-financés mais essentiels à la cohésion nationale. Le Kenya, pays riche de sa diversité ethnique et culturelle, doit relever le défi de préserver ses traditions tout en encourageant la création contemporaine.
Hanna Cheptumo hérite donc d’un portefeuille aux multiples facettes, nécessitant à la fois une sensibilité sociale, une rigueur administrative et une vision stratégique à long terme.
Vie familiale, héritage et image publique
Sur le plan personnel, Hanna Wendot Cheptumo est mère de trois enfants, tous engagés dans des carrières juridiques. Cette continuité familiale dans le domaine du droit est souvent présentée comme un héritage direct de William Cheptumo, mais aussi comme le fruit d’un environnement familial valorisant l’éducation et le service public.
Malgré son exposition médiatique récente, elle conserve une image de femme réservée, attachée à sa famille et à ses racines communautaires. Ses proches la décrivent comme disciplinée, résiliente et profondément attachée aux valeurs de justice et de responsabilité.
Son image publique reste néanmoins contrastée. Pour certains, elle incarne une opportunité de renouveau et un symbole de la place croissante des femmes dans la gouvernance kényane. Pour d’autres, elle représente une nomination politique liée au statut de son défunt mari. Cette dualité façonne la perception de son leadership et conditionne les attentes à son égard.
Une trajectoire encore en construction
Hanna Wendot Cheptumo se trouve aujourd’hui à un moment décisif de sa trajectoire. Son parcours, marqué par le droit, le deuil et l’engagement public, illustre la complexité des itinéraires politiques contemporains au Kenya.
Son avenir politique dépendra de sa capacité à répondre aux défis immédiats de son ministère, à restaurer la confiance avec la société civile et à traduire ses engagements en actions concrètes. Qu’elle s’inscrive durablement dans le paysage politique national ou qu’elle reste une figure de transition, son parcours témoigne déjà d’une transformation personnelle et institutionnelle profonde.
À travers son histoire, c’est aussi celle d’un pays confronté à ses propres contradictions, à ses luttes pour l’égalité et à sa quête de justice sociale qui se dessine.



