Qui est Mariatou Koné ?

Dans le paysage politique ivoirien, certains profils échappent aux cases habituelles. Mariatou Koné fait partie de ces trajectoires où l’université, l’expertise technique et l’exercice du pouvoir s’entremêlent, jusqu’à produire une figure publique à la fois connue des cercles académiques et identifiée par le grand public. Professeure d’anthropologie, passée par des responsabilités de cohésion sociale, puis propulsée au cœur d’un ministère stratégique, celui de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, elle s’est imposée comme l’un des visages les plus visibles de l’action publique depuis le début des années 2010. À cette dimension nationale s’ajoute un ancrage local affirmé à Boundiali, dans le nord du pays, dont elle est devenue maire, puis députée. Comprendre qui est Mariatou Koné, c’est donc suivre un fil qui relie la recherche en sciences sociales, la gestion de programmes publics, la conduite de réformes éducatives et les dynamiques politiques d’un territoire.

Des sciences sociales à l’État : une universitaire devenue responsable publique

Avant d’être une figure de gouvernement, Mariatou Koné est d’abord un parcours académique. Son profil s’inscrit dans la tradition des universitaires ivoiriens qui, à certains moments, passent de l’analyse des politiques publiques à leur fabrication. Son champ est celui de l’anthropologie et des sciences sociales, avec une spécialisation qui recoupe des sujets sensibles et très concrets : les questions foncières, les dynamiques rurales, les rapports de genre, la vulnérabilité sociale, l’accès aux services et, plus largement, les mécanismes de cohésion dans une société marquée par des épisodes de crise.

Cette dimension scientifique éclaire une partie de sa méthode politique : l’insistance sur les diagnostics, la collecte d’informations, l’évaluation et la formalisation d’objectifs. Dans l’administration, cette culture du “problème à documenter” diffère parfois de l’approche plus classique, centrée sur le rapport de force ou la communication. Elle contribue aussi à expliquer pourquoi Mariatou Koné est souvent présentée comme une ministre qui multiplie les cadres de pilotage, les contrats d’objectifs et les dispositifs de redevabilité, notamment dans le secteur éducatif.

Son parcours illustre également une forme de continuité entre expertise et décision. Dans la décennie 2000 et au début des années 2010, la Côte d’Ivoire est traversée par des enjeux de reconstruction institutionnelle et de consolidation de la paix. Dans ce contexte, l’État et ses partenaires mobilisent régulièrement des profils capables d’articuler politiques sociales, prévention des tensions et compréhension fine des territoires. Mariatou Koné s’insère dans ce moment : d’abord par des responsabilités techniques, puis par une montée en puissance qui la conduira, en quelques années, à occuper des postes ministériels.

Une trajectoire ministérielle : cohésion sociale, solidarité, protection de l’enfance

La progression de Mariatou Koné dans l’appareil d’État se fait par étapes. Elle occupe d’abord des fonctions en lien avec la cohésion sociale, avant d’entrer au gouvernement. Dans son parcours officiel, elle est notamment associée au Programme National de Cohésion Sociale (PNCS), qu’elle coordonne puis dirige au milieu des années 2010. Ce passage par un programme de cohésion n’est pas anodin : il place au premier plan les politiques d’accompagnement social, les réponses à la vulnérabilité, mais aussi la gestion d’un sujet politiquement délicat, celui des fractures communautaires et des réparations liées aux crises.

Son entrée au gouvernement l’installe dans ce même univers de politiques sociales. Elle occupe successivement des portefeuilles qui se répondent : solidarité, cohésion sociale, indemnisation des victimes, lutte contre la pauvreté, puis femme et protection de l’enfance, avant de revenir à un périmètre de solidarité et de cohésion sociale. Ce type de trajectoire traduit souvent une logique de “continuité thématique” : plutôt que de passer d’un secteur à un autre sans lien, elle reste dans des champs où l’État intervient directement auprès des populations, où la dimension de terrain est structurante, et où les arbitrages budgétaires se mesurent immédiatement sur la vie quotidienne.

Ces ministères sont aussi des lieux où se fabrique une image publique : celle d’une responsable identifiée à la notion de solidarité nationale et au traitement social des crises. Dans un pays où les questions de cohésion restent sensibles, une telle identité politique peut être un atout, mais elle expose aussi à des attentes élevées et à des critiques dès que les résultats sont jugés insuffisants ou trop lents. C’est dans ce contexte que Mariatou Koné acquiert une expérience de la gestion publique, des dispositifs d’assistance, du dialogue avec des partenaires techniques et financiers, et de la coordination interministérielle.

À l’Éducation nationale : une ministre de réformes et de pilotage

Le tournant le plus visible de la carrière politique de Mariatou Koné intervient lorsqu’elle prend la tête du ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, en avril 2021. Le choix de ce portefeuille place sous sa responsabilité un secteur immense : école préscolaire, primaire, collège, alphabétisation, gouvernance des établissements, gestion des enseignants, programmes, examens, performance et équité. C’est aussi un domaine où la société ivoirienne projette beaucoup : l’éducation comme promesse de mobilité sociale, comme condition de compétitivité économique, et comme réponse aux inégalités territoriales.

Depuis sa prise de fonction, son action est régulièrement décrite à travers un mot-clé : réforme. Plusieurs chantiers sont explicitement cités dans les communications institutionnelles du ministère. Parmi eux, la réforme curriculaire des collèges figure comme une mesure majeure, présentée comme visant une meilleure adéquation formation-emploi. L’enjeu est classique dans de nombreux pays : comment faire évoluer des programmes souvent perçus comme trop théoriques, afin de mieux préparer les élèves à la poursuite d’études, aux compétences transversales et, à terme, à l’insertion.

Dans le primaire et le préscolaire, le ministère met en avant un Programme national d’amélioration des premiers apprentissages scolaires (PNAPAS), associé à des formations d’enseignants. Le choix de mettre l’accent sur les premiers apprentissages correspond à une logique largement partagée par les experts en éducation : les difficultés en lecture-écriture et en mathématiques se cristallisent tôt, puis deviennent coûteuses à corriger. La communication institutionnelle mentionne aussi le retour du calcul mental comme mesure phare, ainsi qu’un réaménagement de l’emploi du temps du primaire, avec un mercredi dédié à des ateliers pédagogiques, sans réduction du volume horaire.

Cette démarche s’inscrit dans un cadre plus large : la recherche d’une amélioration mesurable des résultats. À cet égard, la référence au PASEC (Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN) apparaît comme un repère important. Dans une prise de parole en lien avec la CONFEMEN, il est rappelé que le rapport PASEC 2019 a mis en évidence des disparités fortes et des niveaux d’apprentissage jugés insuffisants, et que ces constats ont contribué à pousser la Côte d’Ivoire à organiser des États généraux de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation (EGENA), qui ont débouché sur des réformes. Au-delà des chiffres, le message est politique : il s’agit d’arrimer la réforme à un diagnostic, puis d’exiger que l’évaluation serve réellement à corriger les politiques.

La notion de pilotage revient également via la signature de contrats d’objectifs et de performances par les directions régionales, présentée comme une mesure issue des États généraux. Là encore, la logique est claire : fixer des objectifs, suivre des indicateurs, renforcer la redevabilité des responsables locaux. Dans un système éducatif large et inégal, où les réalités diffèrent d’une région à l’autre, l’outil peut servir à harmoniser les attentes, mais il dépend fortement de la qualité des données, de la capacité de supervision et des marges de manœuvre laissées aux acteurs de terrain.

Enfin, la ministre est associée à l’introduction accrue des technologies de l’information et de la communication au niveau du secondaire, signe d’une volonté de modernisation. Ce type d’orientation se heurte toutefois, dans de nombreux contextes, à des contraintes très matérielles : équipements, maintenance, formation des enseignants, accès à l’électricité et à la connectivité. Les annonces politiques ne suffisent pas : elles ouvrent un chantier qui se joue ensuite dans la durée, dans les budgets et dans l’organisation concrète des établissements.

Boundiali, une base locale : maire et députée, entre gestion municipale et ancrage politique

Si Mariatou Koné occupe une fonction nationale de premier plan, son identité politique se construit aussi à l’échelle locale. Elle est élue maire de Boundiali à partir de 2018, puis reconduite pour un second mandat en 2023. Cette dimension municipale est essentielle : elle place une ministre dans une posture double, à la fois responsable d’une politique nationale et gestionnaire d’un territoire précis, avec ses urgences, ses attentes et ses arbitrages.

L’ancrage local peut devenir un capital politique : il permet de revendiquer des résultats visibles, de montrer une proximité avec les populations, et de disposer d’un réseau militant. Il peut aussi être une source de tension, car cumuler des responsabilités exige une organisation solide et expose à la critique sur la disponibilité réelle. Dans le cas de Mariatou Koné, Boundiali est souvent évoquée comme un bastion politique où sa légitimité est consolidée par les urnes, dans un contexte où les élections locales restent, en Côte d’Ivoire comme ailleurs, un test de popularité plus direct que les fonctions gouvernementales.

À ce socle municipal s’ajoute une dimension parlementaire : son parcours officiel la présente également comme députée de la circonscription Boundiali-Ganaoni, élue en 2021. Cette triple identité – ministre, maire, députée – reflète une réalité fréquente dans de nombreux systèmes politiques, où les carrières s’appuient sur des positions complémentaires. Elle donne aussi une lecture de sa stratégie : ne pas être seulement une ministre “nommée”, mais une responsable disposant d’une base électorale, donc d’une légitimité politique autonome.

Sur le plan partisan, elle est associée au RHDP, formation au pouvoir, ce qui inscrit son action dans la majorité présidentielle. Cela n’épuise pas son profil : une partie de sa visibilité tient aussi à sa posture d’universitaire et à sa communication autour de l’école comme bien collectif, au-dessus des clivages. Mais dans les faits, la politique est faite d’équilibres : gouverner un ministère aussi sensible que l’éducation implique de gérer les attentes des syndicats, les revendications des parents, la pression sur les examens, la sécurité autour des évaluations, et les arbitrages budgétaires. Le fait de disposer d’une base locale et parlementaire peut renforcer l’autorité politique, mais il augmente aussi la responsabilité : les citoyens jugent autant les annonces nationales que les résultats concrets.

Dimension internationale, distinctions, et enjeux d’image à l’approche des échéances politiques

Le profil de Mariatou Koné dépasse les frontières ivoiriennes à plusieurs titres. D’abord parce que sa trajectoire académique est connectée à des réseaux internationaux, ensuite parce que ses fonctions ministérielles l’amènent à travailler dans des organisations régionales et internationales. Sur le site institutionnel du ministère, elle est présentée comme médiatrice pour la paix de la CEDEAO depuis 2013. Cette fonction, dans une région régulièrement confrontée à des tensions politiques et sécuritaires, renvoie à une diplomatie de la prévention, souvent discrète, mais politiquement valorisée.

Elle apparaît également associée à la CONFEMEN, organisation qui regroupe des ministres de l’éducation de l’espace francophone. À ce titre, des communications institutionnelles évoquent son rôle de présidente en exercice et sa participation à des réunions de pilotage du PASEC. La dimension est stratégique : l’éducation est un sujet où la comparaison internationale pèse sur les politiques nationales, où les évaluations servent de miroir, et où les organisations régionales peuvent accélérer la diffusion de certaines réformes.

Par ailleurs, son profil est lié à des reconnaissances honorifiques. Le site institutionnel mentionne notamment une distinction de “commandeur dans l’ordre du mérite de l’Éducation nationale” en 2021, ainsi que d’autres distinctions. Ces décorations participent à la construction d’une image publique : celle d’une responsable légitime dans son secteur, reconnue pour son action.

Reste enfin la question, inévitable, du contexte politique. À l’approche des grandes échéances, les ministres de premier plan deviennent aussi des figures de mobilisation. Dans les formations au pouvoir, les responsables les plus visibles sont souvent sollicités pour porter un discours de continuité et de bilan, en particulier sur les politiques publiques les plus observées comme l’éducation. Pour Mariatou Koné, cela signifie évoluer dans un espace où le technique et le politique se confondent parfois : défendre une réforme, c’est à la fois expliquer une mesure pédagogique et soutenir la crédibilité d’un exécutif.

Son défi, dans ce cadre, est double. D’un côté, maintenir la cohérence des réformes éducatives, dont certaines n’ont d’effets visibles qu’à moyen terme. De l’autre, gérer le temps politique, souvent plus court, qui exige des résultats rapidement perceptibles et une communication forte. Entre ces deux temporalités, se joue une partie de l’évaluation publique de son action : les familles attendent une amélioration tangible des apprentissages, les enseignants demandent des conditions de travail soutenables, et l’État cherche des indicateurs positifs à mettre en avant.

Au final, Mariatou Koné s’impose comme un cas intéressant de la vie politique ivoirienne contemporaine : une universitaire devenue ministre, une responsable sociale devenue réformatrice de l’école, une élue locale qui conserve une base territoriale, et une actrice qui revendique l’usage des données et de l’évaluation. Qu’on adhère ou non à ses orientations, son parcours illustre une tendance lourde : l’éducation n’est plus seulement un ministère de gestion courante, mais un champ où se joue une part de la crédibilité politique, de la cohésion sociale et du projet national.

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