Mory Condé est une figure politique montante de la Guinée contemporaine, symbolisant à la fois l’engagement civique, la compétence technocratique et l’esprit de service public. Jeune ministre ayant gravi progressivement les échelons du pouvoir dans un contexte politique exigeant, il incarne une nouvelle génération de dirigeants guinéens déterminés à transformer les institutions et à répondre aux défis majeurs du pays. Sa trajectoire, depuis ses débuts dans le secteur associatif jusqu’aux responsabilités ministérielles les plus sensibles, témoigne d’un parcours résolument tourné vers la gouvernance, la modernisation et le développement durable.
Jeunesse et formation : les fondements d’un engagement précoce
Mory Condé naît en Guinée, dans la ville de Kankan, au sein d’une famille modeste. Orphelin de mère dès son plus jeune âge, il grandit avec la volonté d’étudier et de servir les autres, valeurs qui deviendront centrales dans son parcours ultérieur. Il effectue ses études secondaires dans sa ville natale puis s’inscrit à l’Université Julius Nyerere de Kankan où il poursuit des études supérieures. Là, il obtient une maîtrise en philosophie politique et une licence en chimie, démontrant ainsi une curiosité intellectuelle plurielle qui mêle sciences sociales et sciences naturelles.
Souhaitant élargir son horizon académique et professionnel, Mory Condé poursuit sa formation à l’étranger. Il décroche une maîtrise en développement supérieur et plusieurs diplômes spécialisés, notamment en gestion de projets au Galilee International Management Institute en Israël. Il renforce en outre ses compétences en gestion des conflits par une certification obtenue à l’Université Columbia à New York, et approfondit ses connaissances en coopération internationale et aide humanitaire auprès d’un institut en Espagne. Il est également lauréat d’un programme prestigieux du Département d’État américain (International Visitor Leadership Program), ce qui lui permet d’être exposé à des approches variées de leadership et de gestion publique à l’échelle internationale.
La combinaison de ses études théoriques et de ses expériences internationales forge progressivement chez lui une vision de la gouvernance au service des citoyens, fondée sur la transparence, l’efficacité et l’innovation.
Engagement associatif et construction d’une expertise professionnelle
Avant de se lancer dans la politique, Mory Condé débute sa carrière professionnelle dans le secteur associatif, domaine dans lequel il acquiert une solide expérience de terrain. Il collabore avec des organisations non gouvernementales telles que PRISM et OXFAM, où il travaille en tant qu’animateur local dans des programmes de prévention des maladies sexuellement transmissibles dans sa région natale. Cette première expérience lui permet de tisser des liens étroits avec les communautés locales et d’appréhender les enjeux sanitaires et sociaux qui affectent les populations les plus vulnérables.
Entre 2005 et 2007, il s’engage avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en tant que volontaire éducateur, puis rejoint l’Association pour le Développement des Initiatives Communautaires (ADIC). Dans cette dernière organisation, il passe d’assistant coordonnateur à superviseur, participant à des projets structurants tels que « Faisons Ensemble Démocratie », soutenu par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).
Mais c’est surtout à partir de 2006 qu’il marque les esprits en créant l’Alliance pour la Promotion de la Gouvernance et des Initiatives Locales (AGIL International), une organisation dont il occupe le poste de directeur exécutif pendant de nombreuses années. Sous sa direction, AGIL devient un acteur influent dans la promotion de la gouvernance locale, l’autonomisation des jeunes et l’amélioration des conditions de vie dans les zones rurales guinéennes. Cette organisation participe à des actions humanitaires et de développement dans divers pays, notamment en Guinée, en Sierra Leone, en République démocratique du Congo, au Tchad et en Mauritanie, dans des contextes de crise sanitaire ou humanitaire tels que la lutte contre le paludisme, la tuberculose, Ebola, la COVID-19 ou le choléra.
Son rôle devient particulièrement visible lors de l’épidémie d’Ebola en 2015, lorsqu’il est invité par le Secrétaire général des Nations unies de l’époque, Ban Ki-moon, à prendre part à une conférence de mobilisation des ressources pour les pays touchés par cette crise. Cette reconnaissance internationale illustre l’impact de ses actions sur le terrain et son aptitude à intervenir dans des situations d’urgence sanitaire.
Entrée en politique : un jeune ministre au cœur de la transition
La trajectoire de Mory Condé franchit un tournant décisif le 27 octobre 2021 lorsqu’il est nommé Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation dans le gouvernement du président de la transition, le Colonel Mamadi Doumbouya. Cette nomination intervient dans le contexte particulier qui suit le coup d’État militaire du 5 septembre 2021, qui met fin au régime d’Alpha Condé et inaugure une période de transition politique en Guinée.
À la tête de ce portefeuille stratégique, Mory Condé se retrouve confronté à des défis majeurs, notamment la réorganisation administrative du pays, la promotion de la décentralisation et le renforcement des pouvoirs locaux. Surnommé parfois « le Bulldozer » en raison de son dynamisme et de sa détermination, il met en œuvre des réformes visant à moderniser le fonctionnement des services publics, à digitaliser les procédures administratives et à promouvoir la transparence et la reddition de comptes dans la gestion des collectivités territoriales.
Ses efforts pour renforcer la gouvernance locale s’inscrivent dans une volonté plus large de consolider l’État et de rapprocher les administrations des citoyens. Cette approche pragmatique lui permet non seulement d’accroître l’efficacité de l’action publique, mais aussi de favoriser l’accès aux services de base dans des zones souvent délaissées par les politiques précédentes.
En février 2024, alors que le gouvernement dirigé par Bernard Goumou est dissous par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), Mory Condé quitte son poste au ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation. Quelques semaines plus tard, le 13 mars 2024, il est nommé Ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire, chargé également de la récupération des domaines spoliés de l’État, dans le nouveau gouvernement du Premier ministre Bah Oury.
Une mission stratégique : urbanisme, habitat et aménagement du territoire
Dans ce nouveau rôle, Mory Condé se voit confier un portefeuille crucial, au cœur des transformations sociales et économiques de la Guinée. Son ministère a pour mission de faire face aux défis urgents liés à l’urbanisation rapide, à la gestion foncière, à la planification des villes et à l’accès à un logement décent pour les populations.
L’un des enjeux majeurs de son action est la lutte contre les constructions anarchiques et l’occupation illégale des terres, qui représentent non seulement une menace pour l’ordre urbain, mais aussi un frein à l’investissement et à la stabilité sociale. Sous sa direction, des efforts sont entrepris pour renforcer la régulation du foncier, élaborer des documents de planification urbaine pour les capitales régionales, faciliter l’accès à un logement abordable et digitaliser les services liés à l’urbanisme et au cadastre.
Cette vision de l’urbanisme dépasse la simple gestion technique des villes. Elle s’inscrit dans une perspective de justice spatiale, de développement durable et de renforcement de l’État. En mettant l’accent sur l’écoute des populations, le dialogue avec les collectivités locales et la prise en compte des besoins réels des citoyens, Mory Condé cherche à faire de l’urbanisme un instrument de progrès social et d’équité.
Leadership discret mais déterminé
Ce qui distingue Mory Condé, au-delà de ses compétences techniques et de son expérience professionnelle, est sa manière d’exercer le pouvoir. Plusieurs observateurs soulignent son style de leadership discret, fondé sur la médiation, l’écoute et l’apaisement, plutôt que sur la recherche de l’exhibition médiatique. Contrairement à certaines figures opportunistes, il privilégie l’efficacité tangible et les résultats concrets, souvent dans l’ombre des projecteurs, mais avec un impact durable sur la vie des citoyens.
Cette approche lui permet notamment de jouer un rôle clé dans la résolution de tensions sociales, comme l’illustre son intervention lors de la crise sociale à la Banque Centrale de la République de Guinée, où il a contribué à faciliter le dialogue entre les travailleurs et la direction. Cette capacité à réunir les parties autour d’une table et à trouver des solutions consensuelles témoigne de sa compréhension des enjeux humains et de sa volonté de préserver la stabilité nationale.
Héritage et perspectives d’avenir
Aujourd’hui, Mory Condé apparaît comme l’une des figures incontournables de la transition guinéenne. Sa jeunesse, loin d’être un obstacle, s’est transformée en atout majeur, lui permettant d’aborder les défis avec énergie, créativité et détermination. À la tête de missions ministérielles d’envergure, il incarne une génération de leaders qui cherchent à renouveler la gouvernance publique et à répondre de manière innovante aux attentes des populations.
Alors que la Guinée traverse une période de refondation institutionnelle, son rôle demeure central pour garantir l’efficacité des réformes et assurer un développement urbain et social équilibré. Mory Condé, à travers son action dans l’urbanisme et la décentralisation, s’efforce de laisser un héritage durable : des institutions renforcées, une gouvernance plus transparente et des villes mieux planifiées, capables de répondre aux aspirations d’une population jeune et ambitieuse.
Son parcours, marqué par l’engagement, la compétence et la volonté de servir, illustre le potentiel d’une nouvelle génération de dirigeants africains déterminés à construire des sociétés plus justes, plus prospères et plus résilientes. Dans un pays riche de ses ressources et de sa diversité culturelle, Mory Condé représente une figure qui, au-delà des titres officiels, incarne l’espoir d’un avenir meilleur pour la Guinée et ses citoyens.



