Qui est Mounouna Foutsou ?

Il n’est pas le plus médiatique des visages du pouvoir à Yaoundé, mais son nom revient, année après année, dans les dossiers où se croisent jeunesse, civisme, insertion et cohésion nationale. Mounouna Foutsou appartient à cette génération de responsables publics qui ont fait l’essentiel de leur carrière dans l’administration avant d’accéder, par étapes, au rang ministériel. Son parcours raconte une trajectoire typique des élites technico-administratives camerounaises : formation scientifique, passage par l’ingénierie, progression dans la haute fonction publique, puis stabilisation au gouvernement, avec un portefeuille sensible dans un pays où la jeunesse est au cœur des priorités affichées et des tensions sociales.

Depuis 2015, il occupe le poste de ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique. Dix ans plus tard, au milieu de l’année 2025, un nouvel épisode renforce sa visibilité : sa désignation à titre intérimaire à la tête du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle, à la suite d’un changement intervenu dans ce département ministériel. Deux portefeuilles qui se répondent : former, encadrer, insérer, convaincre. En filigrane, une question demeure, centrale pour comprendre son rôle : qui est, au fond, Mounouna Foutsou, et que dit sa trajectoire des méthodes de gouvernement au Cameroun ?

Des racines dans l’Extrême-Nord à un profil d’ingénieur-économiste

Mounouna Foutsou est originaire de l’Extrême-Nord du Cameroun, dans le département du Mayo-Danay. Né en 1967 à Bangana, il fait ses premières classes dans le Nord, avant de poursuivre des études qui le conduisent vers Yaoundé, alors passage obligé pour les filières d’excellence. Sa scolarité secondaire s’effectue au CES puis au lycée de Maroua, où il obtient le baccalauréat scientifique, un marqueur fréquent chez les profils qui empruntent la voie des grandes écoles nationales.

Son cursus supérieur illustre une double compétence rarement mise en avant dans les biographies politiques, mais structurante dans son cas : l’ingénierie et l’économie. Il intègre l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, en option génie civil. Ce socle technique est renforcé par une année de formation en France, à l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon, dans le cadre d’un dispositif d’échanges universitaires. Sur le papier, cette séquence donne un profil d’ingénieur orienté vers l’aménagement et les questions urbaines, un domaine clé dans un pays où l’urbanisation rapide et la planification territoriale pèsent sur les politiques publiques.

Parallèlement, il suit des études en sciences économiques. Il obtient une licence en sciences économiques au début des années 1990, puis une maîtrise, quelques années plus tard, à l’université de Yaoundé II. Ce double ancrage – technique et économique – façonne une approche souvent pragmatique de l’action publique : diagnostics, dispositifs, indicateurs, programmes, budgets. Dans les administrations camerounaises, ce type de trajectoire est traditionnellement valorisé : elle signale la capacité à gérer des politiques, à articuler des objectifs avec des moyens, à piloter des projets et à parler le langage des arbitrages gouvernementaux.

Ce profil aide aussi à comprendre la longévité de Mounouna Foutsou dans l’appareil d’État. Dans un contexte où la stabilité gouvernementale repose souvent sur des équilibres politiques, mais aussi sur la confiance placée dans certains gestionnaires, la figure du ministre « technicien » peut s’imposer durablement, surtout lorsqu’il occupe un département lié à la jeunesse, c’est-à-dire à la fois social, politique et stratégique.

Les années administration : urbanisme, patrimoine public et montée en responsabilité

Avant d’être ministre, Mounouna Foutsou construit un parcours au sein de l’administration, en lien avec l’urbanisme, l’architecture et l’habitat. Ses premières affectations se situent dans le champ de la planification et des études. Les biographies institutionnelles mentionnent des fonctions de cadre en complément d’effectif, puis des postes d’ingénieur d’études, notamment dans les services en charge de la maintenance et de l’architecture au sein de départements ministériels liés à l’habitat et au développement urbain.

Ce type de passage est plus important qu’il n’y paraît : il place un jeune cadre au contact des procédures, des marchés, de la gestion patrimoniale, et de la coordination entre administrations. Il occupe aussi un poste lié au patrimoine immobilier de l’État à l’étranger, un domaine technique et sensible, qui touche à la fois aux intérêts financiers, à la diplomatie et à l’entretien des actifs publics.

En 2005, un tournant le conduit vers les politiques de jeunesse, mais sous un angle économique : il devient chef de la Division de la promotion économique des jeunes et coordonnateur national de projets, dans un ministère chargé de la jeunesse. Là, l’ingénieur-économiste se retrouve face aux problématiques d’insertion, de financement d’initiatives, d’accompagnement de projets et de structuration associative. Ces expériences, très administratives, le préparent à un rôle politique futur : elles obligent à arbitrer, à répartir des ressources limitées, à répondre à des attentes très fortes, et à gérer des programmes souvent scrutés par l’opinion.

La progression se poursuit au ministère des Enseignements secondaires, où il est nommé secrétaire d’État à partir de 2009, puis chargé plus spécifiquement de l’enseignement normal à partir de 2011. Être secrétaire d’État, dans l’organisation gouvernementale camerounaise, signifie généralement piloter un pan précis d’un ministère, être au contact du terrain et des corps professionnels, et faire le lien entre décisions politiques et réalité institutionnelle.

Cette décennie dans les sphères administratives et gouvernementales, en amont de son entrée comme ministre de plein exercice, dessine un fil conducteur : Mounouna Foutsou évolue dans des secteurs où l’État cherche à produire des effets visibles – éducation, formation, insertion, encadrement – tout en étant confronté à des contraintes budgétaires, à la pression démographique et à la demande sociale.

2015 : l’entrée au gouvernement comme ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique

Le 2 octobre 2015, un décret portant réaménagement du gouvernement le nomme ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique. Cette nomination le place à la tête d’un ministère dont la mission dépasse la seule animation de la jeunesse : il s’agit aussi de l’éducation civique, de la promotion de l’intégration nationale, du volontariat, et du suivi de mouvements et associations de jeunes.

Le portefeuille est politiquement exposé. La jeunesse camerounaise est numériquement majoritaire ; elle est aussi hétérogène, traversée par des fractures territoriales, linguistiques, sociales et économiques. La question de l’éducation civique et de la cohésion nationale est, elle, un axe constant du discours public au Cameroun, notamment dans un contexte marqué par des enjeux sécuritaires, par des débats sur le vivre-ensemble et par la circulation accélérée d’informations sur les réseaux sociaux.

La fonction ministérielle implique de porter une ligne gouvernementale, mais aussi de produire une action concrète : programmes, campagnes, événements, dispositifs d’accompagnement, articulation avec les collectivités et les partenaires. Sur le plan institutionnel, les missions décrites pour ce département ministériel s’étendent de la facilitation de la contribution des jeunes au développement à la promotion de valeurs civiques, en passant par l’insertion sociale, la promotion économique et le suivi des mouvements de jeunesse. Cela inclut, dans l’architecture administrative, une tutelle sur des organismes tels que le Service civique national de participation au développement et le Conseil national de la jeunesse.

La longévité de Mounouna Foutsou à ce poste – une continuité rare à l’échelle de certains remaniements – est un fait politique en soi. Elle peut s’expliquer par plusieurs facteurs : maîtrise des dossiers, capacité à tenir un appareil administratif, alignement avec les priorités publiques de civisme et d’intégration nationale, et aptitude à maintenir un lien avec des acteurs multiples, des associations locales aux structures nationales. Dans la pratique, le ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique est un interlocuteur permanent des collectivités, des organisations de jeunes, des établissements, et des partenaires qui interviennent dans la formation civique ou l’insertion.

Cette stabilité a aussi une dimension symbolique : dans les périodes où l’État met en scène l’importance accordée à la jeunesse, conserver le même titulaire peut être interprété comme un choix de continuité, voire de pilotage sur le temps long.

Civisme, intégration, insertion : une action structurée par des programmes et des budgets

Au-delà des discours, l’action d’un ministre se mesure souvent à la structuration des politiques publiques : programmes, objectifs, instruments et ressources. Dans le cas de Mounouna Foutsou, le ministère dont il a la charge s’organise autour de grands ensembles qui visent l’éducation civique, le volontariat, l’intégration nationale, la participation citoyenne et l’insertion socio-économique. Ces axes existent à travers des dispositifs publics, des initiatives locales, des plateformes et des projets dont l’ambition affichée est de rapprocher l’État de la jeunesse, et la jeunesse des institutions.

Un exemple emblématique est la campagne nationale d’éducation civique et d’intégration nationale, déployée à partir de 2015. Dans l’espace public, cette campagne est présentée comme une réponse à des préoccupations de cohésion sociale et de civisme, et comme un instrument de mobilisation autour de valeurs citoyennes. L’idée est de diffuser des messages et de susciter des engagements concrets, à travers des actions sur le terrain et, de plus en plus, via des dispositifs de communication adaptés aux réseaux sociaux.

L’autre versant, plus directement socio-économique, concerne l’insertion des jeunes. Les logiques de programme y sont centrales : financer des initiatives, accompagner des projets, favoriser la participation à la vie locale, soutenir des cadres de concertation. Les politiques de jeunesse se situent en permanence entre deux exigences contradictoires : d’un côté, répondre à l’urgence sociale, à la demande d’emploi, à la précarité ; de l’autre, inscrire l’action dans des cadres administratifs qui demandent du temps, des procédures, et des arbitrages.

Dans ce paysage, les débats budgétaires occupent une place particulière, parce qu’ils offrent un moment de visibilité sur les priorités. En décembre 2024, le ministère présente devant la Commission des finances et du budget une enveloppe globale annoncée à un peu plus de 30 milliards de FCFA, structurée autour de programmes stratégiques. Cette séquence rappelle un point de méthode : dans un État centralisé, l’action ministérielle se lit aussi dans la capacité à défendre des lignes budgétaires, à répartir entre dépenses courantes et investissements, et à justifier des choix devant les institutions.

La logique de programmes s’exprime également dans les contenus officiels qui décrivent l’éducation civique et le volontariat comme un ensemble d’actions visant à inculquer des valeurs civiques, morales et éthiques, sur tout le territoire. L’intégration nationale et la participation citoyenne, de leur côté, renvoient à des initiatives de brassage, de rencontres intergénérationnelles, d’activités de tolérance et de vivre-ensemble, ainsi qu’à des outils de participation des jeunes aux instances locales. Dans cette perspective, l’enjeu n’est pas seulement de multiplier les événements, mais de créer des mécanismes durables de participation, dans un pays où la relation entre jeunes et institutions est souvent marquée par la distance, voire par la défiance.

La communication gouvernementale met aussi en avant des programmes et plateformes destinés aux jeunes, y compris ceux de la diaspora, ainsi que des dispositifs de volontariat. Ces instruments, au-delà de leur dimension administrative, ont une portée politique : ils servent à montrer un État qui « fait quelque chose » pour la jeunesse, qui offre des canaux de participation, et qui tente d’encadrer les attentes sociales.

Enfin, une dimension plus récente se détache dans les discours publics : la lutte contre l’incivisme et la volonté de « réarmement moral ». Les initiatives présentées comme des réponses à des actes d’incivisme s’inscrivent dans une vision où l’éducation civique est conçue comme une politique préventive et de transformation des comportements. Dans cette approche, le ministre devient un acteur central d’une politique de valeurs, ce qui est toujours délicat : les valeurs sont consensuelles dans les textes, mais contestées dans les interprétations, notamment lorsque la jeunesse revendique davantage d’opportunités, de transparence ou de changements.

2025 : visibilité accrue, publication d’un ouvrage et intérim au ministère de l’Emploi

À l’été 2025, la trajectoire de Mounouna Foutsou prend une dimension supplémentaire. D’une part, il apparaît dans l’actualité à travers une séquence de communication institutionnelle autour de la jeunesse, incluant la présentation d’un ouvrage dont il est l’auteur, consacré à la relation entre le président Paul Biya et la jeunesse camerounaise. La dédicace et la présentation publique de ce livre, organisées dans un cadre officiel, s’inscrivent dans une logique de valorisation des initiatives gouvernementales en faveur des jeunes et de narration politique : raconter une relation, inscrire des programmes dans une continuité, et proposer une lecture structurée de l’action publique en direction de la jeunesse.

La publication d’un tel ouvrage n’est pas anodine. Elle révèle la volonté de produire un récit, pas seulement une liste de dispositifs. Dans les systèmes politiques où la communication institutionnelle occupe une place importante, écrire et présenter un livre peut servir à consolider une ligne, à exposer une doctrine de gouvernement, ou à renforcer une présence publique. Dans le cas d’un ministre de la Jeunesse, l’enjeu est encore plus sensible : la jeunesse est à la fois un objet de politique publique et un sujet politique autonome, capable d’adhésion, mais aussi de contestation.

D’autre part, et surtout, Mounouna Foutsou est appelé à assurer l’intérim au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle. La désignation est rendue publique par les services du Premier ministre, où il apparaît explicitement comme « ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle, ai ». Dans l’organisation gouvernementale, un intérim n’est pas une simple formalité : il implique d’assurer la continuité du service, de présider des réunions, de signer des actes, de répondre à des urgences, et de piloter une administration souvent confrontée à des demandes sociales immédiates.

Le choix de confier cet intérim à un ministre déjà en poste à la Jeunesse et à l’Éducation civique peut se lire comme une articulation de fond : jeunesse, formation, emploi, insertion. En théorie, ces domaines devraient fonctionner en chaîne. Dans la pratique, ils sont souvent éclatés entre ministères, programmes et agences. L’intérim peut donc être interprété comme un pont temporaire entre deux univers administratifs qui, sur le terrain, se chevauchent : accompagner les jeunes vers la formation, puis vers l’emploi.

Ce cumul temporaire pose aussi la question de la charge politique et administrative : piloter un ministère de la jeunesse dans un pays jeune est déjà un exercice exigeant ; gérer en plus l’intérim d’un ministère de l’emploi, confronté à la pression de l’insertion professionnelle et à l’organisation des dispositifs de formation, accroît l’exposition du responsable et l’attente de résultats.

À ce stade, la situation dit quelque chose d’essentiel sur le profil de Mounouna Foutsou : il apparaît comme un cadre jugé capable de tenir la continuité administrative dans un contexte de transition, un « gestionnaire » auquel on confie un portefeuille par intérim sans interrompre sa fonction principale. Cela conforte l’image d’un ministre à la fois politique et technico-administratif, dont la légitimité, dans l’appareil d’État, tient autant à la capacité de piloter des programmes qu’à la représentation publique.

Reste que la question centrale, pour l’opinion, demeure : comment évaluer une action ministérielle dans un domaine où les besoins excèdent largement les ressources ? Dans le cas de la jeunesse, les attentes portent sur l’emploi, l’entrepreneuriat, l’accès à la formation, la mobilité sociale. Dans le cas du civisme, elles portent sur la confiance envers les institutions, la cohésion sociale et la capacité à faire nation. Entre ces deux horizons, l’action d’un ministre comme Mounouna Foutsou se joue sur un fil : produire des dispositifs, en montrer les effets, et convaincre une jeunesse souvent impatiente qu’un chemin d’insertion et de participation est possible.

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