Longtemps, Narcisse Mouelle Kombi a circulé dans les couloirs feutrés de l’université, là où les carrières se bâtissent sur des titres, des publications, des concours, des jurys et des amphithéâtres. Puis il a franchi une frontière qui, au Cameroun, n’est jamais totalement étanche : celle qui relie l’expertise académique aux centres de décision. De conseiller spécial à ministre, de juriste à gestionnaire d’appareils administratifs, d’auteur à responsable d’un secteur passionnel par nature – le sport – il s’est imposé comme un profil singulier dans un paysage politique souvent dominé par des trajectoires plus classiques : l’administration territoriale, l’armée, les grandes écoles nationales de commandement.
Qui est-il, au-delà des intitulés ? Un professeur agrégé de droit public et de science politique, devenu ministre, placé au cœur de dossiers qui cristallisent l’opinion : la culture, l’identité nationale, la diplomatie des grands événements, et surtout le football, dont chaque décision, au Cameroun, résonne bien au-delà des stades. Né à Douala le 6 mai 1962, il revendique à la fois un ancrage dans le monde des idées et une appartenance à un territoire, jusque dans le cadre traditionnel, puisqu’il est aussi présenté comme chef traditionnel de Bona’Anja Siga Bonjo, dans l’arrondissement de Yabassi.
Dans un pays où le rapport à l’État est aussi une histoire de symboles, cette double identité – universitaire et dépositaire d’une chefferie – n’a rien d’anecdotique. Elle éclaire une manière d’exister dans l’espace public : par la parole savante, la maîtrise des codes institutionnels, mais aussi la légitimité sociale, locale, héritée. Pour comprendre Narcisse Mouelle Kombi, il faut donc retracer un itinéraire en plusieurs couches : la formation, la carrière académique, la proximité avec la présidence, les portefeuilles ministériels, et la gestion d’une actualité parfois explosive.
Une jeunesse entre territoires, puis l’ascension par les études
Les biographies publiques disponibles décrivent un parcours scolaire effectué au gré des affectations parentales, avec une scolarité qui passe notamment par Nkongsamba, Mbanga et Douala. Il obtient un baccalauréat scientifique (série C) au lycée polyvalent de Bonabéri, à Douala, en 1982, avant de s’inscrire la même année à la faculté de droit de l’Université de Yaoundé, où il obtient une licence (1985) puis une maîtrise en droit public (1986).
À ce stade, le profil est déjà lisible : une trajectoire par le mérite scolaire et l’investissement dans une discipline – le droit public – qui, au Cameroun, irrigue autant l’administration que la diplomatie et la politique. La suite se joue en France, avec un empilement de diplômes qui témoignent d’une ambition académique structurée. Il est indiqué qu’il poursuit des études à Strasbourg (Université Strasbourg III), où il obtient un diplôme d’études approfondies en droit international et un certificat de terminologie juridique anglaise en 1988, puis à Paris (Université Paris II pour un diplôme supérieur de science politique en 1989, et Université Paris V pour un doctorat en droit soutenu en 1992).
Cette période, au-delà des intitulés, compte pour deux raisons. D’abord parce qu’elle inscrit Narcisse Mouelle Kombi dans la tradition des élites camerounaises formées dans l’espace universitaire français, une filière historique qui a façonné une part importante des cadres de l’État post-indépendance. Ensuite parce qu’elle structure un capital symbolique : parler le langage du droit international, manier la science politique, comprendre les institutions comparées, c’est disposer d’outils particulièrement utiles dans un pays où la frontière entre enjeux internes et pressions externes est souvent très fine.
Il est également mentionné qu’il obtient une habilitation à diriger des recherches (HDR) en sciences juridiques en 1998 et qu’il est reçu en 2001, major, au concours d’agrégation de droit public et science politique du CAMES. L’agrégation, dans l’écosystème universitaire francophone africain, n’est pas qu’un diplôme : c’est un passeport de reconnaissance, une marque d’autorité intellectuelle, et parfois un levier de pouvoir, tant le statut d’agrégé ouvre des portes dans les universités, les commissions, les cabinets.
Le récit biographique mentionne enfin un passage par l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) à Paris, en qualité d’auditeur, en 2007. Cette mention, souvent mise en avant dans les profils de haut niveau, renforce l’image d’un universitaire sensibilisé aux questions stratégiques et à la relation entre l’État, la sécurité et l’international.
Le professeur, le juriste et l’auteur : une identité intellectuelle assumée
Avant d’être ministre, Narcisse Mouelle Kombi se construit surtout comme enseignant-chercheur. Les éléments biographiques disponibles indiquent qu’il débute à l’Université de Yaoundé II à partir de 1993, gravissant les échelons jusqu’au professorat, et qu’il enseigne parallèlement dans des institutions comme l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC) et des structures de formation liées à la défense.
Il est aussi présenté comme professeur invité de droit international à l’Université Jean-Moulin Lyon III depuis 2003, et comme responsable, à partir de 2005, du département de droit public international et communautaire à Yaoundé II. Dans une carrière universitaire, ces marqueurs comptent : ils signalent une insertion dans des réseaux académiques, une capacité à évoluer entre plusieurs espaces – camerounais et français – et une spécialisation forte, ici tournée vers l’international.
Cette dimension intellectuelle est renforcée par un volet publication. Narcisse Mouelle Kombi est crédité de plusieurs ouvrages scientifiques : Les impératifs du droit international (1996), La politique étrangère du Cameroun (1996), La guerre préventive et le droit international (2006), La démocratie dans la réalité camerounaise (2013). Le choix des thèmes n’est pas neutre. Droit international, politique étrangère, guerre préventive, démocratie : ce sont des sujets où se rencontrent le normatif (ce que dit le droit), le politique (ce que font les États) et le débat public (ce que les sociétés acceptent ou contestent).
À côté de ces travaux, il est également présenté comme auteur littéraire (poésie, roman, nouvelles), avec des titres publiés sur plusieurs décennies. Cette facette participe à une mise en scène de soi plus rare chez les responsables politiques : un ministre qui se veut aussi écrivain, donc homme de langage, de style, de sensibilité. Là encore, la culture n’est pas seulement un secteur administratif : c’est un espace de représentation, où l’on construit une image publique plus large que la simple fonction.
Enfin, sa trajectoire inclut des expériences institutionnelles internationales : il est indiqué qu’il a servi comme juriste à l’UNESCO à Paris et comme moniteur de droit public à l’Académie de Versailles au début des années 1990. Ces mentions ajoutent une couche : celle d’un profil qui a fréquenté des organisations et des administrations hors du Cameroun, ce qui, dans les milieux gouvernementaux, peut compter au moment d’aborder des dossiers d’image et de diplomatie.
Mais cette identité intellectuelle, aussi solide soit-elle, ne suffit pas à expliquer l’accès au sommet de l’État. Pour cela, il faut regarder le moment charnière : l’entrée dans l’orbite présidentielle.
Du monde universitaire au palais : conseiller spécial et cadre du RDPC
La biographie institutionnelle et d’autres notices indiquent que Narcisse Mouelle Kombi a été conseiller spécial du président de la République du Cameroun de 2011 à 2015. Ce type de fonction est stratégique : il s’agit moins d’exécuter que d’orienter, de rédiger, de conseiller, de filtrer des notes, parfois de porter une parole. Dans les systèmes présidentialistes, le conseiller spécial est un poste d’accès aux circuits courts du pouvoir.
Avant cette étape, il est aussi mentionné qu’il a occupé des responsabilités administratives, notamment comme chargé d’études au secrétariat général de la présidence (1995-2003), doyen d’une faculté à l’Université de Douala (2003-2005), et directeur de l’IRIC (2005-2012). La cohérence apparaît alors : l’universitaire n’est pas resté dans une tour d’ivoire. Il a dirigé, administré, géré des institutions, donc appris le pouvoir concret : budgets, hiérarchies, arbitrages, rapports de force.
Son appartenance politique est également clairement affichée : il est présenté comme membre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, et comme membre suppléant de son comité central depuis le congrès de Yaoundé de 2011. Ce positionnement est essentiel pour comprendre sa longévité ministérielle : dans un système où le RDPC structure l’accès aux responsabilités nationales, l’inscription organique dans le parti reste un marqueur déterminant.
Les biographies disponibles évoquent aussi des missions politiques réalisées sous la bannière du RDPC, ainsi que son rôle d’initiateur et porte-parole d’un appel en faveur de la candidature de Paul Biya à la présidentielle de 2004. Que l’on y voie une conviction, une discipline de parti ou une stratégie de carrière, ce fait participe d’un portrait : Narcisse Mouelle Kombi n’est pas seulement un technicien. Il s’est situé politiquement, publiquement, dans le camp du pouvoir.
Ce point éclaire aussi son passage au gouvernement. Le 2 octobre 2015, il est nommé ministre des Arts et de la Culture. Le choix d’un universitaire-écrivain à ce poste peut se lire comme une cohérence de profil. Mais, comme souvent, la logique institutionnelle se heurte aux attentes des milieux concernés : artistes, créateurs, promoteurs culturels, opinion publique, diaspora.
Ministre de la Culture puis des Sports : la gestion de secteurs hautement symboliques
Nommé ministre des Arts et de la Culture le 2 octobre 2015, Narcisse Mouelle Kombi est maintenu lors du remaniement du 2 mars 2018. Cette continuité est un indicateur : il a, au minimum, satisfait aux équilibres politiques internes et conservé la confiance du sommet. Le ministère de la Culture, au Cameroun, n’est pas qu’un portefeuille “soft”. Il touche aux identités, aux langues, aux patrimoines, aux politiques de mémoire, et, très concrètement, à l’économie des arts, souvent fragile, et aux demandes de reconnaissance des artistes.
Les biographies publiques ne détaillent pas les politiques conduites dossier par dossier, mais elles rappellent ce basculement décisif : le 4 janvier 2019, Narcisse Mouelle Kombi est nommé ministre des Sports et de l’Éducation physique. Il succède à Pierre Ismaël Bidoung Kpwatt, autre figure qui a incarné la gestion d’un sport camerounais parfois traversé par des tensions structurelles : rapports entre État et fédérations, gouvernance des compétitions, financement, infrastructures, et surtout football, sport roi, espace d’émotions collectives et de rivalités institutionnelles.
Dans la foulée, un autre élément est fréquemment associé à son action : il est nommé président du comité d’organisation local de la CAN 2021 et du CHAN 2020 (compétitions ensuite reportées, notamment en raison de la pandémie de Covid-19). Ce rôle le place au centre d’un dispositif complexe : coordination interministérielle, calendrier, chantiers d’infrastructures, exigences des instances sportives internationales, communication, et gestion d’une pression nationale intense, car l’organisation d’une CAN est, au Cameroun, un test d’État.
En tant que ministre des Sports, ses attributions officielles portent sur la promotion et l’encadrement des activités sportives, la supervision d’organismes et d’établissements relevant du secteur, dont l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS), et le suivi de structures publiques et privées du domaine. Ce rappel des compétences est utile : il situe le ministre à l’interface entre politique publique, formation, encadrement et régulation. Mais, dans la pratique, l’attention médiatique se concentre souvent sur un nœud : les relations entre le ministère et la Fédération camerounaise de football (Fécafoot).
Un épisode, notamment, a été largement documenté : l’altercation au siège de la Fécafoot en mai 2024 impliquant Samuel Eto’o, président de la fédération, et Cyrille Tollo, conseiller technique au ministère des Sports. Des éléments biographiques disponibles décrivent la séquence et ses suites administratives, dans un contexte de désaccord sur l’encadrement technique de l’équipe nationale. Dans ce type de dossier, le ministre se retrouve face à une équation délicate : respecter l’autonomie sportive des fédérations, tout en assumant la tutelle de l’État sur les politiques publiques, les financements, et l’image du pays.
Il faut insister sur un point : ces tensions ne naissent pas avec Narcisse Mouelle Kombi. Elles sont anciennes, structurelles, et régulièrement ravivées par des crises de sélection, des querelles de compétence, ou des enjeux de contrôle. Mais son mandat, lui, se déroule dans une période où le football camerounais est aussi un théâtre de pouvoir, avec des acteurs médiatiques puissants et une opinion publique particulièrement attentive.
Enfin, sa présence durable au gouvernement, depuis 2015, alimente aussi un débat récurrent : celui de la longévité ministérielle et des réseaux d’influence. Des portraits de presse l’ont parfois qualifié de figure “intouchable” ou durablement protégée, mettant en avant sa capacité à rester dans les cercles décisionnels malgré les turbulences. Il convient toutefois, sur ce terrain, de distinguer ce qui relève de l’analyse politique (toujours discutable) et ce qui relève des faits vérifiables : ce qui est certain, c’est qu’il est maintenu à des postes sensibles, ce qui, dans un système de remaniements, dit quelque chose de sa place.
Un ministre entre modernité institutionnelle et légitimités locales : chefferie, image, controverses
À la différence de nombreux responsables politiques dont la légitimité est presque exclusivement administrative, Narcisse Mouelle Kombi est aussi présenté comme chef traditionnel de Bona’Anja Siga Bonjo, dans le canton Wouri-Bwélé, arrondissement de Yabassi, ayant succédé à son père en 2020. Cette dimension éclaire une donnée importante de la vie publique camerounaise : la coexistence, parfois harmonieuse, parfois compétitive, entre l’État moderne et les autorités traditionnelles.
Dans de nombreux territoires, la chefferie demeure un relais d’influence, une autorité morale, une structure d’arbitrage local et un lieu de mémoire. Pour un ministre, porter ce statut peut renforcer un ancrage sociopolitique. Cela peut aussi l’exposer : car l’attente d’exemplarité est double, administrative et coutumière. Quand un responsable est à la fois dépositaire d’un pouvoir d’État et d’une légitimité traditionnelle, son image est scrutée sous deux angles.
Sur le plan public, Narcisse Mouelle Kombi est également associé à des débats autour de la gestion des fonds et des projets, en particulier ceux liés aux infrastructures sportives. Certaines notices biographiques grand public évoquent l’existence de controverses, notamment autour de la construction d’infrastructures destinées à des compétitions. Sans reprendre des accusations au-delà de ce qui est publiquement attribué, il faut noter que ces polémiques s’inscrivent dans un contexte où les grands chantiers sont, partout, un terrain de soupçons : parce qu’ils mobilisent des budgets importants, des marchés publics, des délais, et parce qu’ils sont visibles, donc immédiatement politisables.
L’autre ligne de tension, plus immédiate, reste celle de la gouvernance sportive. Les crises entre acteurs du football et tutelle ministérielle ont un effet direct sur la perception du ministre. Dans l’opinion, la question se formule souvent de manière simple : qui décide réellement ? L’État ou la fédération ? L’exécutif ou les instances sportives ? La réalité est plus complexe, car elle mêle droit (statuts, règlements), politique (rapport de force) et symbolique (l’équipe nationale comme bien commun).
Au fond, Narcisse Mouelle Kombi incarne une figure contemporaine des élites camerounaises : celle d’un responsable qui revendique l’autorité du savoir (professeur agrégé), l’expérience des institutions (présidence, universités, IRIC), l’inscription partisane (RDPC) et l’ancrage local (chefferie). Cette accumulation de registres peut produire une forme de solidité politique. Elle peut aussi nourrir des critiques, car elle expose à des attentes contradictoires : être un intellectuel et un gestionnaire, être un homme d’État et un homme de territoire, être un arbitre institutionnel dans un football où l’émotion domine souvent la règle.
Aujourd’hui, le nom de Narcisse Mouelle Kombi reste attaché à une fonction qui, au Cameroun, est l’une des plus difficiles : ministre des Sports et de l’Éducation physique. Difficile parce que le sport touche à l’identité, à la fierté nationale, à la jeunesse, à la diplomatie d’image. Difficile surtout parce que le football, lui, ne se gère pas seulement avec des textes : il se gère sous les projecteurs, dans la contestation permanente, et dans l’attente d’un pays qui exige des victoires, mais aussi des institutions stables.
En ce sens, répondre à la question “qui est Narcisse Mouelle Kombi ?” revient à décrire plus qu’un homme : un type de pouvoir. Celui qui se construit d’abord dans les bibliothèques et les universités, puis s’exporte vers la présidence, et finit dans l’arène publique la plus bruyante qui soit, là où chaque décision fait événement.



