Figure intellectuelle et politique majeure du Royaume du Lesotho, Nqosa Leuta Mahao occupe une place singulière dans l’histoire contemporaine de ce petit État enclavé d’Afrique australe. Universitaire de renom, professeur de droit constitutionnel, administrateur universitaire de premier plan et homme politique engagé, il a traversé plusieurs décennies de transformations institutionnelles, de crises politiques et de luttes pour l’État de droit. Sa trajectoire personnelle et publique se confond avec celle d’un pays souvent secoué par l’instabilité, mais animé par une aspiration constante à la démocratie, à la justice et à la réforme.
Né dans un contexte social modeste, formé dans des universités africaines et européennes, Nqosa Mahao a progressivement construit une réputation fondée sur la rigueur intellectuelle, la fermeté morale et l’indépendance d’esprit. Son engagement précoce dans les mouvements étudiants, puis son investissement dans le monde académique, ont façonné une pensée profondément ancrée dans le constitutionnalisme, la séparation des pouvoirs et la responsabilité politique. Lorsqu’il entre pleinement en politique, ce n’est pas en rupture avec son passé d’universitaire, mais dans la continuité d’un combat intellectuel et citoyen visant à renforcer les institutions et à défendre les droits fondamentaux.
Cette biographie retrace le parcours de Nqosa Mahao depuis ses origines familiales jusqu’à son rôle sur la scène politique nationale, en passant par ses années de formation, sa carrière universitaire exceptionnelle, ses engagements militants, ses responsabilités gouvernementales et la création de sa propre formation politique. Elle met en lumière les tensions, les épreuves personnelles et les controverses qui ont jalonné son chemin, tout en soulignant l’influence durable qu’il exerce sur le débat public au Lesotho.
Origines familiales, enfance et premières influences
Nqosa Leuta Mahao voit le jour le 21 mai 1957 au Lesotho, dans une famille nombreuse issue d’un milieu modeste. Il grandit dans un environnement marqué par des conditions économiques difficiles, mais également par une forte conscience sociale. Son père, employé domestique, est souvent décrit comme un homme aux convictions progressistes, sensible aux idées de justice sociale et d’égalité. Cette influence paternelle joue un rôle déterminant dans la formation de la vision du monde du jeune Nqosa Mahao, qui développe très tôt une attention particulière aux inégalités et aux rapports de pouvoir.
Le Lesotho de son enfance est un pays jeune, ayant accédé à l’indépendance en 1966, mais déjà confronté à des tensions politiques récurrentes, à des coups d’État militaires et à une fragilité institutionnelle persistante. Dans ce contexte, l’école devient pour Mahao un espace d’émancipation intellectuelle et de réflexion critique. Élève sérieux et curieux, il se distingue par son goût pour la lecture et pour les débats, notamment autour des questions de droit, de politique et de gouvernance.
Son parcours scolaire le conduit à s’intéresser progressivement au droit comme instrument de transformation sociale. Pour lui, le droit n’est pas seulement un ensemble de règles techniques, mais un levier essentiel pour encadrer le pouvoir, protéger les citoyens et garantir la stabilité des institutions. Cette conception du droit, profondément normative et éthique, guidera l’ensemble de sa carrière future.
Études supérieures et engagement étudiant en Afrique australe
Nqosa Mahao entreprend ses études universitaires à la National University of Lesotho, l’établissement académique le plus prestigieux du pays. Il y obtient d’abord un Bachelor of Arts in Law, puis un Bachelor of Law. Durant ces années, il ne se contente pas d’un parcours académique classique. Il s’implique activement dans la vie étudiante et dans les mouvements politiques régionaux, à une époque où l’Afrique australe est profondément marquée par la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.
Mahao devient un membre influent du Committee for Action and Solidarity for Southern African Students, une organisation étudiante engagée dans le soutien aux mouvements de libération de la région, notamment le Congrès national africain sud-africain alors interdit. Dans ce cadre, il participe à l’organisation de rencontres, de réseaux de solidarité et même de déplacements clandestins vers des pays voisins tels que le Mozambique, la Zambie ou le Zimbabwe. Ces activités, menées dans un climat de surveillance et de risques politiques, forgent chez lui une conscience panafricaine et un sens aigu de la solidarité régionale.
Après l’obtention de ses diplômes initiaux, Nqosa Mahao poursuit sa formation à l’étranger. En 1988, il décroche un Master of Law à l’Université d’Édimbourg, en Écosse. Cette expérience européenne constitue une étape déterminante. Elle lui permet d’approfondir sa connaissance du droit comparé, du droit constitutionnel et des systèmes juridiques occidentaux, tout en confrontant ces modèles aux réalités africaines. Il y développe une réflexion critique sur la transplantation des modèles juridiques et sur la nécessité d’adapter les institutions aux contextes sociopolitiques locaux.
De retour en Afrique australe, il continue à se former tout au long de sa carrière. Il obtient notamment un diplôme postuniversitaire en conciliation et arbitrage, soutenu par des programmes internationaux, ce qui renforce son expertise dans les modes alternatifs de résolution des conflits, un domaine crucial dans des sociétés marquées par des tensions politiques et sociales récurrentes.
Une carrière universitaire d’envergure régionale
La carrière académique de Nqosa Mahao débute véritablement dans les années 1990, au moment où le Lesotho connaît une transition politique délicate vers un régime plus démocratique. Il rejoint la National University of Lesotho comme enseignant en droit public et se distingue rapidement par la qualité de ses travaux et par ses capacités pédagogiques. En 1996, il est nommé chef du département de droit public, un poste stratégique qui lui permet d’influencer les orientations de l’enseignement juridique dans le pays.
En 1999, Nqosa Mahao franchit une étape majeure en devenant le premier citoyen du Lesotho à obtenir un doctorat en droit à l’Université du Western Cape, en Afrique du Sud. Sa thèse, consacrée au constitutionnalisme et à l’exercice du pouvoir politique, analyse en profondeur les conditions nécessaires à une bonne gouvernance dans les États africains postcoloniaux. Ce travail académique, reconnu pour sa rigueur et sa pertinence, consolide sa réputation de spécialiste du droit constitutionnel.
Parallèlement, il occupe des fonctions administratives de plus en plus importantes. Il est nommé doyen de la faculté de droit de la National University of Lesotho, puis Pro-Vice Chancellor, contribuant à la modernisation de l’institution et à son ouverture internationale. Son expertise est rapidement sollicitée au-delà des frontières nationales. Il rejoint l’Université North-West en Afrique du Sud, sur le campus de Mafikeng, où il occupe le poste de doyen de la faculté de droit, avant de poursuivre sa carrière à l’Université d’Afrique du Sud.
Entre 2012 et 2013, il est nommé doyen en charge des domaines du commerce, du droit et de la gestion à l’Université du Witwatersrand, l’une des universités les plus réputées du continent africain. Cette fonction, au cœur d’un établissement académique majeur, témoigne de la reconnaissance régionale dont il bénéficie. En 2014, il revient au Lesotho pour assumer le poste de Vice-Chancellor de la National University of Lesotho, devenant ainsi le principal responsable académique de l’institution.
Entrée progressive en politique et luttes internes partisanes
Si Nqosa Mahao a longtemps privilégié le monde universitaire, son intérêt pour la politique n’a jamais disparu. Dès les années 1990, il s’engage au sein du Popular Front for Democracy, un parti politique prônant des idéaux progressistes et une gouvernance démocratique renforcée. Cependant, des désaccords internes et une évolution idéologique du parti l’amènent à s’en éloigner.
Son entrée véritable sur le devant de la scène politique nationale se produit avec son adhésion à l’All Basotho Convention, l’un des principaux partis du Lesotho. Cette formation, alors au pouvoir, est traversée par de profondes divisions internes. En février 2019, lors d’un congrès marqué par de fortes tensions, Nqosa Mahao est élu vice-président du parti, contre la volonté du chef de file et Premier ministre de l’époque, Thomas Thabane.
Cette élection déclenche une crise majeure au sein de l’ABC. Mahao devient le symbole d’une contestation interne dénonçant les dérives du leadership et l’ingérence de cercles familiaux dans les affaires de l’État. Les tentatives d’exclusion de Mahao et de ses partisans sont contestées devant les tribunaux, qui finissent par reconnaître la légitimité des instances issues du congrès. Cette période renforce l’image de Mahao comme défenseur de la légalité et de la démocratie interne, mais accentue également les fractures politiques.
Responsabilités gouvernementales et exercice du pouvoir
À la suite de la démission de Thomas Thabane en 2020, un nouveau gouvernement est formé sous la direction de Moeketsi Majoro. Nqosa Mahao est alors nommé ministre de la Justice, des Affaires constitutionnelles et des Droits de l’Homme. Cette fonction correspond parfaitement à son profil d’universitaire spécialisé dans le droit public et le constitutionnalisme.
À ce poste, il est chargé de superviser les réformes judiciaires, de renforcer l’indépendance des tribunaux et de promouvoir le respect des droits fondamentaux. Son action s’inscrit dans un contexte délicat, marqué par des demandes de réformes constitutionnelles profondes et par la nécessité de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions de l’État. Plus tard, il se voit également confier le portefeuille de l’Énergie, un secteur stratégique pour le développement économique du pays.
Cependant, son passage au gouvernement est marqué par des tensions politiques persistantes. En 2024, il est démis de ses fonctions ministérielles dans un climat de controverse, sans que les raisons exactes de cette décision ne soient pleinement explicitées. Cet épisode illustre une nouvelle fois la fragilité des équilibres politiques au Lesotho et la difficulté pour les réformateurs d’inscrire leur action dans la durée.
Fondation du Basotho Action Party et perspectives politiques
Face aux divisions internes et aux désaccords idéologiques au sein de l’All Basotho Convention, Nqosa Mahao prend une décision majeure en 2021 en quittant le parti pour fonder le Basotho Action Party. Cette nouvelle formation se veut une alternative aux pratiques politiques traditionnelles, mettant en avant la bonne gouvernance, la responsabilité publique et la justice sociale.
Sous sa direction, le Basotho Action Party participe aux élections législatives de 2022 et obtient une représentation parlementaire, confirmant l’existence d’un électorat sensible à son discours réformateur. Malgré des résultats en deçà des ambitions initiales, Mahao continue de défendre une vision politique fondée sur la transparence, la lutte contre la corruption et le renforcement des institutions démocratiques.
Vie personnelle, épreuves et héritage
Sur le plan personnel, Nqosa Mahao est marié à Pumela Mahao, universitaire spécialisée en sciences sociales, avec laquelle il a un fils. Sa vie est marquée par une épreuve tragique en 2015, lorsque son frère cadet, Maaparankoe Mahao, officier supérieur des forces armées du Lesotho, est tué par des soldats dans des circonstances controversées. Cet événement provoque une onde de choc nationale et internationale et renforce l’engagement de Nqosa Mahao en faveur de la justice et de la responsabilité des forces de sécurité.
Aujourd’hui, Nqosa Mahao demeure une figure centrale du débat public au Lesotho. Son héritage réside autant dans ses écrits académiques que dans son action politique. À travers ses combats, il incarne la figure de l’intellectuel engagé, convaincu que le droit et la politique doivent servir avant tout l’intérêt général et la dignité humaine.



