Figure centrale de la vie politique guinéenne contemporaine, Ousmane Gaoual Diallo s’est imposé au fil des décennies comme un acteur incontournable du débat public, à la croisée de plusieurs univers : le sport de haut niveau, l’opposition politique, le travail parlementaire et, plus récemment, l’exercice du pouvoir au sein des gouvernements de transition. Son itinéraire personnel et politique reflète les bouleversements profonds qu’a connus la Guinée depuis la fin du XXᵉ siècle, entre espoirs démocratiques, crises institutionnelles et recompositions du champ politique.
Longtemps identifié comme une voix critique et combative de l’opposition, notamment au sein de l’Union des forces démocratiques de Guinée, Ousmane Gaoual Diallo a connu une trajectoire singulière qui l’a conduit à occuper plusieurs postes ministériels stratégiques après le changement de régime intervenu en septembre 2021. Son parcours, parfois controversé, suscite autant l’intérêt que le débat, tant il incarne les contradictions et les défis d’une classe politique guinéenne confrontée à la transition, à la réforme de l’État et aux attentes d’une population jeune et exigeante.
Né à Labé en 1968, formé aussi bien en Guinée qu’à l’étranger, ancien athlète olympique, député, communicateur politique et porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo est aujourd’hui l’un des visages les plus médiatisés de l’exécutif guinéen. Sa biographie permet de mieux comprendre les dynamiques internes du pouvoir, mais aussi les évolutions de l’engagement politique en Guinée sur plus de trois décennies.
Une enfance à Labé et une formation marquée par l’ouverture
Ousmane Gaoual Diallo voit le jour en 1968 à Labé, ville située au cœur du Fouta-Djalon, région historiquement reconnue pour son rôle intellectuel, religieux et politique en Guinée. Il grandit dans une famille nombreuse de huit enfants, au sein d’un foyer où l’éducation occupe une place centrale. Sa mère est enseignante, son père ingénieur, deux professions qui traduisent une attention particulière portée au savoir, à la rigueur et à la réussite par le travail.
Dès son plus jeune âge, il est confronté aux réalités sociales de la Guinée post-indépendance, marquée par les séquelles du régime autoritaire de Sékou Touré et par les premières tentatives d’ouverture politique à partir des années 1980. Cette période forge chez lui une sensibilité précoce aux questions de justice sociale, de gouvernance et de liberté d’expression.
Il effectue ses études primaires à l’école Alpha Yaya Diallo, avant de poursuivre son cursus secondaire au collège et au lycée à Conakry. Brillant élève, il obtient son baccalauréat et s’inscrit à l’Université de Conakry, où il entame des études en sciences mathématiques et en sciences économiques. Cette double orientation témoigne déjà d’un esprit analytique, attiré à la fois par la rigueur scientifique et par la compréhension des mécanismes économiques et sociaux.
Désireux d’élargir ses horizons, Ousmane Gaoual Diallo poursuit ensuite sa formation à l’étranger. Il séjourne en France, puis fréquente des institutions académiques internationales, notamment au Royaume-Uni et au Canada. Il complète son parcours universitaire par une licence en informatique de gestion obtenue à l’Université International College, une formation qui lui permet d’acquérir des compétences en technologies de l’information, en organisation et en management, des domaines qui prendront une importance croissante dans sa carrière future.
Cette ouverture internationale, relativement rare pour un jeune Guinéen de sa génération, contribue à façonner une vision du monde plus large, nourrie par la comparaison des systèmes politiques, économiques et éducatifs.
Le sport de haut niveau, école de discipline et de notoriété
Parallèlement à son parcours académique, Ousmane Gaoual Diallo se distingue très tôt dans le domaine sportif. Passionné par la lutte, discipline profondément ancrée dans les traditions guinéennes, il s’investit intensément dans ce sport exigeant qui requiert force physique, endurance mentale et sens stratégique.
Son talent et sa détermination le conduisent rapidement au plus haut niveau. Il intègre l’équipe nationale de Guinée et participe à de nombreuses compétitions internationales, représentant son pays sur la scène sportive mondiale. Cette expérience contribue à renforcer sa notoriété bien au-delà des cercles universitaires et politiques.
L’un des moments les plus marquants de sa carrière sportive reste sa participation aux Jeux olympiques de Séoul en 1988. À cette occasion, il a l’honneur d’être désigné porte-drapeau de la délégation guinéenne, un rôle symbolique qui fait de lui l’un des visages de la Guinée aux yeux du monde. Cette reconnaissance nationale marque durablement son parcours et renforce son image de personnalité engagée au service de son pays.
Le sport joue un rôle fondamental dans la construction de sa personnalité. Il y apprend la discipline, la persévérance, la gestion de la pression et l’importance de la préparation, autant de qualités qui lui seront précieuses lorsqu’il entrera dans l’arène politique, souvent marquée par des rapports de force intenses et des contextes tendus.
Des débuts militants à l’affirmation dans l’opposition politique
L’engagement politique d’Ousmane Gaoual Diallo débute à la fin des années 1980, dans un contexte de transition progressive vers le multipartisme en Guinée. En 1987, il rejoint le Parti guinéen du progrès, l’un des premiers partis d’opposition légaux du pays. Cette adhésion marque son entrée officielle dans la vie politique et témoigne de sa volonté de participer activement aux débats sur l’avenir démocratique de la Guinée.
Durant cette période, la scène politique guinéenne est dominée par le régime du général Lansana Conté, issu d’un coup d’État militaire en 1984. Les libertés politiques restent limitées, et l’opposition évolue dans un environnement souvent hostile. Ousmane Gaoual Diallo se forge alors une réputation de militant engagé, prêt à défendre ses convictions malgré les risques.
En 2005, il rejoint l’Union des forces démocratiques de Guinée, formation dirigée par Cellou Dalein Diallo, qui s’impose progressivement comme la principale force d’opposition du pays. Au sein de ce parti, Ousmane Gaoual Diallo se spécialise dans les questions électorales et la communication politique. Il devient membre de l’équipe chargée de l’organisation et de la supervision des processus électoraux, un rôle stratégique dans un pays où les élections sont régulièrement contestées.
Son sens de la formule, sa maîtrise des médias et sa capacité à structurer un discours politique clair font de lui l’un des porte-voix les plus visibles de l’UFDG. Il intervient fréquemment dans la presse nationale et internationale pour dénoncer les dysfonctionnements du système électoral, les atteintes aux libertés publiques et les violences politiques.
Cette exposition médiatique renforce sa stature nationale, mais l’expose également à des pressions et à des poursuites judiciaires, fréquentes pour les figures de l’opposition en Guinée.
Le passage par l’Assemblée nationale et les années de confrontation
En 2013, Ousmane Gaoual Diallo franchit une étape majeure de sa carrière politique en étant élu député à l’Assemblée nationale, représentant la circonscription de Gaoual. Son entrée au Parlement coïncide avec une période de fortes tensions politiques, marquée par des élections législatives longuement retardées et un climat de méfiance entre le pouvoir et l’opposition.
À l’Assemblée nationale, il s’impose rapidement comme un député actif et combatif. Il s’illustre par ses interventions critiques, notamment sur les questions de gouvernance, de respect de la Constitution et de transparence électorale. En parallèle de son mandat parlementaire, il occupe la fonction de coordinateur de la cellule de communication de l’UFDG, consolidant ainsi son rôle de stratège et de communicateur au sein de l’opposition.
Les années qui suivent sont marquées par des épisodes de confrontation directe avec le pouvoir. Ousmane Gaoual Diallo est l’un des opposants les plus virulents au projet de nouvelle Constitution porté en 2019, qui ouvre la voie à un troisième mandat présidentiel. Il dénonce publiquement ce qu’il considère comme une remise en cause de l’ordre constitutionnel et participe activement aux mobilisations politiques contre ce projet.
En 2020, dans un contexte de répression accrue de l’opposition, il fait l’objet d’un mandat d’arrêt. Contrairement à d’autres figures politiques ayant choisi l’exil, il décide de se présenter volontairement devant les autorités judiciaires, affirmant vouloir assumer ses responsabilités et défendre ses droits dans le cadre légal. Cet épisode renforce son image d’homme politique déterminé, mais illustre également les risques inhérents à l’engagement politique en Guinée.
Les relations au sein de l’UFDG se dégradent progressivement, et en juillet 2022, Ousmane Gaoual Diallo est exclu du parti. Cette rupture marque la fin d’un long compagnonnage politique et ouvre une nouvelle phase de son parcours, cette fois au sein de l’appareil d’État.
L’entrée au gouvernement et les responsabilités de la transition
Après le changement de régime du 5 septembre 2021, qui voit la prise de pouvoir du Comité national du rassemblement pour le développement dirigé par le colonel Mamadi Doumbouya, Ousmane Gaoual Diallo est appelé à rejoindre le gouvernement de transition. Le 4 novembre 2021, il est nommé ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat dans le gouvernement conduit par Mohamed Béavogui.
À ce poste, il est chargé de dossiers sensibles liés à l’aménagement urbain, au foncier et à l’habitat, dans un pays confronté à une urbanisation rapide et souvent anarchique. Son passage à ce ministère marque son entrée officielle dans l’exécutif, après des années passées dans l’opposition.
En août 2022, il change de portefeuille et devient ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique. Cette fonction stratégique lui permet de mettre à profit sa formation en informatique de gestion et son intérêt de longue date pour les technologies. Il supervise des projets visant à renforcer la connectivité, à moderniser les services publics numériques et à développer l’économie digitale, considérée comme un levier de croissance pour la Guinée.
En mars 2024, à la suite de la dissolution du gouvernement précédent, Ousmane Gaoual Diallo est nommé ministre des Transports et porte-parole du gouvernement dans l’équipe dirigée par Bah Oury. Cette double responsabilité le place au cœur de l’action gouvernementale et de la communication institutionnelle. En tant que porte-parole, il devient l’un des principaux visages du gouvernement, chargé d’expliquer les décisions de l’exécutif et de défendre la ligne officielle face à une opinion publique souvent sceptique.
Une figure controversée mais incontournable
Le parcours d’Ousmane Gaoual Diallo suscite des réactions contrastées. Pour certains, il incarne une évolution pragmatique, celle d’un opposant devenu acteur de la transition afin de contribuer de l’intérieur à la réforme de l’État. Pour d’autres, son passage du camp de l’opposition à celui du pouvoir soulève des interrogations sur la cohérence idéologique et sur les compromis nécessaires dans un contexte de transition militaire.
Quoi qu’il en soit, il demeure l’une des figures les plus visibles et les plus influentes de la vie politique guinéenne actuelle. Son expérience, sa capacité de communication et sa connaissance des rouages de l’État font de lui un acteur central des débats sur l’avenir institutionnel du pays.
À travers son itinéraire, Ousmane Gaoual Diallo illustre les tensions, les espoirs et les contradictions de la Guinée contemporaine. Son histoire personnelle et politique continue de s’écrire au rythme des évolutions d’un pays en quête de stabilité, de démocratie et de développement durable.



