Retšelisitsoe Matlanyane est aujourd’hui considérée comme l’une des figures les plus marquantes de la gouvernance économique contemporaine en Afrique australe. Économiste de formation, banquière centrale de carrière et responsable politique de premier plan, elle a su imposer son expertise dans des environnements institutionnels complexes, marqués par des défis structurels, sociaux et financiers majeurs. Son parcours, à la fois académique, technique et politique, reflète l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants africains fondant leurs décisions sur l’analyse économique rigoureuse, la discipline budgétaire et une vision de long terme du développement.
Dans un pays comme le Lesotho, enclavé, fortement dépendant de ses partenaires régionaux et confronté à des contraintes budgétaires persistantes, le rôle d’une responsable comme Retšelisitsoe Matlanyane prend une dimension particulière. Son ascension, de l’université aux plus hautes fonctions de l’État, illustre non seulement une réussite individuelle, mais aussi une transformation progressive des institutions économiques du pays. À travers ses responsabilités successives, elle a contribué à renforcer la crédibilité des politiques publiques, à moderniser les outils de gestion macroéconomique et à repositionner le Lesotho sur la scène financière régionale et internationale.
Origines, formation et éveil à l’économie
Née au Lesotho, Retšelisitsoe Matlanyane grandit dans un contexte où l’éducation constitue l’un des leviers essentiels de mobilité sociale. Très tôt, elle manifeste un intérêt marqué pour les sciences sociales et les mécanismes qui structurent les sociétés. Cette curiosité intellectuelle l’oriente naturellement vers l’économie, discipline qui lui apparaît comme un outil central pour comprendre les dynamiques de pauvreté, de croissance et de redistribution dans un pays en développement.
Elle entame ses études supérieures à l’Université nationale du Lesotho, où elle obtient une licence en économie. Ce premier cycle lui permet d’acquérir une base solide en microéconomie, macroéconomie et politiques publiques, tout en développant une sensibilité particulière aux problématiques propres aux économies africaines. Elle poursuit ensuite son parcours académique à l’Université du Botswana, où elle se spécialise davantage en économie monétaire et finance internationale, obtenant un master reconnu pour son exigence analytique.
Soucieuse d’approfondir ses compétences quantitatives et de se doter d’outils de modélisation avancés, Retšelisitsoe Matlanyane s’inscrit à l’Université de Pretoria, en Afrique du Sud, où elle soutient un doctorat en macroéconométrie et modélisation économique. Cette formation doctorale, exigeante sur le plan méthodologique, marque un tournant décisif dans sa carrière. Elle lui permet de combiner analyse théorique et exploitation de données empiriques, compétences essentielles pour l’élaboration et l’évaluation des politiques économiques.
Les débuts professionnels et l’ancrage académique
À l’issue de ses études, Retšelisitsoe Matlanyane choisit de transmettre ses connaissances en rejoignant l’Université nationale du Lesotho en tant que maître de conférences en économie. Dans ce cadre, elle enseigne les fondements de l’analyse macroéconomique, de la politique monétaire et de l’économie du développement. Son approche pédagogique, axée sur la rigueur scientifique et l’application concrète des concepts théoriques, lui vaut rapidement la reconnaissance de ses pairs et de ses étudiants.
Parallèlement à ses activités d’enseignement, elle s’implique dans la recherche économique, s’intéressant notamment aux questions de stabilité macroéconomique, de politique monétaire et de développement financier dans les économies de petite taille. Cette double casquette d’enseignante et de chercheuse renforce sa crédibilité et attire l’attention des institutions financières nationales.
C’est dans ce contexte qu’elle est recrutée par la Banque centrale du Lesotho au milieu des années 2000. Cette transition marque son entrée dans le cœur de l’appareil économique du pays, où elle va progressivement jouer un rôle clé dans la formulation et la mise en œuvre des politiques monétaires et financières.
Une ascension progressive au sein de la Banque centrale du Lesotho
En avril 2006, Retšelisitsoe Matlanyane est nommée deuxième vice-gouverneure de la Banque centrale du Lesotho. À ce poste, elle est notamment chargée des questions de recherche économique, de surveillance financière et d’analyse macroéconomique. Son travail consiste à fournir aux décideurs des évaluations précises de la conjoncture économique, des risques financiers et des perspectives de croissance.
Son expertise et son sens de l’analyse stratégique lui valent une promotion rapide. Dès avril 2007, elle devient premier sous-gouverneur de la Banque centrale. Cette fonction lui confère des responsabilités accrues dans la supervision du système bancaire, la formulation de la politique monétaire et la représentation de l’institution auprès des partenaires régionaux et internationaux.
En 2012, elle franchit une étape historique en étant nommée gouverneure de la Banque centrale du Lesotho. Elle devient ainsi la première femme à occuper ce poste depuis la création de l’institution. Cette nomination revêt une portée symbolique forte, mais elle s’inscrit avant tout dans la continuité d’un parcours fondé sur la compétence et l’expérience.
Gouverneure de la Banque centrale, une décennie de réformes
À la tête de la Banque centrale, Retšelisitsoe Matlanyane dirige l’institution pendant près de dix ans. Cette période est marquée par des enjeux majeurs pour l’économie du Lesotho, confrontée à des fluctuations des recettes publiques, à une dépendance structurelle vis-à-vis de l’Afrique du Sud et à des vulnérabilités financières persistantes.
Sous son leadership, la Banque centrale renforce ses capacités d’analyse macroéconomique et améliore la transparence de sa communication. Elle s’attache à moderniser les instruments de politique monétaire, à renforcer la régulation bancaire et à promouvoir la stabilité du système financier. L’accent est mis sur la surveillance prudentielle, la gestion des risques et la solidité des établissements financiers.
Par ailleurs, elle soutient activement le développement de l’inclusion financière, considérant l’accès aux services bancaires comme un levier essentiel de croissance inclusive. Des initiatives sont mises en place pour élargir l’accès au crédit, encourager l’innovation financière et renforcer la protection des consommateurs.
Une ouverture sur les institutions internationales
Au-delà de ses responsabilités nationales, Retšelisitsoe Matlanyane acquiert une expérience internationale significative. Entre 2009 et 2011, elle travaille comme économiste pays au sein du département Afrique du Fonds monétaire international. Dans ce cadre, elle participe à l’analyse des politiques macroéconomiques de plusieurs pays africains et contribue à l’élaboration de recommandations destinées à renforcer la stabilité économique et financière.
Cette expérience au sein d’une institution multilatérale de premier plan lui permet d’élargir sa perspective, de confronter les réalités nationales aux standards internationaux et de renforcer son réseau professionnel. Elle développe une compréhension approfondie des mécanismes de coopération financière internationale et des contraintes auxquelles font face les économies émergentes et en développement.
En parallèle, elle s’investit dans le Consortium pour la recherche économique en Afrique, une organisation dédiée à la promotion de la recherche et du dialogue sur les politiques économiques sur le continent. Elle y occupe différentes fonctions, avant d’être nommée directrice générale à la fin de l’année 2021.
Le passage à la politique et la nomination au ministère des Finances
Après avoir quitté la Banque centrale, Retšelisitsoe Matlanyane est appelée à jouer un rôle politique de premier plan. En novembre 2022, elle est nommée ministre des Finances et de la Planification du développement dans le nouveau gouvernement issu des élections générales. Cette nomination s’inscrit dans une volonté affichée de confier les portefeuilles économiques à des profils techniques, capables de mener des réformes structurelles dans un contexte budgétaire contraint.
En tant que ministre, elle est chargée de la gestion des finances publiques, de l’élaboration du budget national et de la coordination des politiques de développement. Son approche se distingue par une insistance sur la discipline budgétaire, la transparence et l’efficacité de la dépense publique. Elle met également l’accent sur la planification stratégique, considérant que le développement économique doit s’inscrire dans une vision cohérente et de long terme.
Une voix du Lesotho sur la scène internationale
Dans ses fonctions ministérielles, Retšelisitsoe Matlanyane représente régulièrement le Lesotho lors de forums économiques internationaux. Elle participe à des réunions de haut niveau consacrées au financement du développement, à la réforme de l’architecture financière internationale et à la mobilisation des ressources pour les pays les moins avancés.
Elle plaide notamment pour un accès plus équitable au financement international, soulignant les difficultés rencontrées par les petits États en développement pour emprunter à des conditions soutenables. Elle insiste également sur l’importance de soutenir la transition énergétique et le développement durable, tout en tenant compte des réalités économiques et sociales locales.
Une figure féminine emblématique du leadership économique
Le parcours de Retšelisitsoe Matlanyane revêt une dimension particulière dans un secteur historiquement dominé par les hommes. En devenant la première femme gouverneure de la Banque centrale du Lesotho, puis ministre des Finances, elle a ouvert la voie à une plus grande représentation féminine dans les sphères décisionnelles économiques.
Son exemple est régulièrement cité comme source d’inspiration pour les jeunes femmes africaines souhaitant s’engager dans les domaines de l’économie, de la finance et de la gouvernance publique. Elle incarne l’idée que la compétence, la rigueur et l’engagement peuvent permettre de surmonter les barrières structurelles et culturelles.
Défis actuels et perspectives d’avenir
Les défis auxquels Retšelisitsoe Matlanyane est confrontée restent nombreux. Le Lesotho doit faire face à un chômage élevé, à des inégalités persistantes et à une dépendance économique structurelle. La gestion des finances publiques dans un contexte de ressources limitées exige des arbitrages complexes et une coordination étroite entre les différentes institutions de l’État.
Néanmoins, son parcours et son expertise constituent des atouts majeurs pour relever ces défis. En combinant analyse économique, expérience institutionnelle et vision stratégique, elle continue de jouer un rôle central dans la définition des orientations économiques du pays.
À travers ses différentes fonctions, Retšelisitsoe Matlanyane s’est imposée comme une architecte de la stabilité et du développement économique du Lesotho. Son itinéraire témoigne de l’importance de l’expertise et de la continuité institutionnelle dans la conduite des politiques publiques. Plus largement, il illustre le rôle croissant des économistes africains dans la gouvernance du continent et dans la construction de trajectoires de développement adaptées aux réalités locales.



