Qui est Sangafowa Coulibaly ?

Dans la vie politique ivoirienne, certains noms traversent les décennies en se réinventant au gré des équilibres internes, des priorités économiques et des remaniements. Mamadou Sangafowa Coulibaly appartient à cette catégorie de responsables dont la trajectoire raconte, à sa manière, une partie de l’histoire récente du pays : l’ancrage local à Korhogo, la montée en puissance du parti présidentiel, la centralité stratégique de l’agriculture, puis, plus récemment, l’irruption des enjeux énergétiques et pétroliers au cœur du récit national.

Né à Korhogo le 10 décembre 1964, économiste de formation, passé par l’université à Abidjan, Sangafowa Coulibaly s’est imposé comme un acteur de premier plan sous plusieurs gouvernements, occupant longtemps le portefeuille de l’Agriculture avant de revenir au premier rang en avril 2022 comme ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie. Dans un pays qui cherche simultanément à renforcer sa sécurité alimentaire, à industrialiser ses filières agricoles, à accélérer l’accès à l’électricité et à capitaliser sur ses découvertes d’hydrocarbures, son parcours est scruté autant pour ce qu’il dit des rapports de force politiques que pour les politiques publiques qu’il a portées.

Un enfant de Korhogo, une formation d’économiste et une entrée précoce en politique

Le point de départ est Korhogo, grande ville du Nord, souvent décrite comme un nœud politique majeur en Côte d’Ivoire depuis plusieurs décennies. Mamadou Sangafowa Coulibaly y naît en 1964, dans un environnement qui a longtemps fourni au pays des cadres administratifs et politiques.

Son cursus, tel qu’il est retracé par des sources biographiques, s’inscrit dans une trajectoire classique de formation de cadres : baccalauréat scientifique (série C) obtenu en 1986 au lycée mixte de Yamoussoukro, puis études supérieures sanctionnées par une maîtrise des sciences et techniques en 1991, et enfin un diplôme d’études comptables et financières obtenu à l’INSET d’Abidjan en 1992. Cette séquence éclaire un profil davantage technocratique qu’idéologique à l’origine, même si, en Côte d’Ivoire, la frontière entre expertise et politique est souvent poreuse.

C’est au milieu des années 1990 que son ancrage partisan se précise : il entre en 1995 au bureau politique du Rassemblement des républicains (RDR), la formation qui structurera ensuite, via des recompositions successives, la coalition au pouvoir.

Avant de devenir un visage du gouvernement, il revendique aussi une expérience dans le secteur privé : de 1992 à 2001, il est présenté comme directeur et fondateur d’une société de négoce international spécialisée dans le transport de marchandises et l’exportation de produits tropicaux, dont la mangue. Cette étape, souvent mentionnée pour souligner une familiarité avec les chaînes de valeur agricoles et commerciales, sera ensuite mobilisée pour asseoir sa légitimité lorsqu’il prendra des responsabilités publiques dans le monde rural.

L’école de Korhogo et la montée en puissance dans l’appareil d’État

En politique ivoirienne, Korhogo n’est pas seulement une ville : c’est un réseau, une matrice d’influence, un lieu de formation des fidélités. C’est là que Sangafowa Coulibaly se rapproche d’Amadou Gon Coulibaly, figure majeure du RDR puis du RHDP, longtemps considéré comme un pilier de l’appareil présidentiel et un repère politique pour la région. Selon des éléments biographiques largement repris, Sangafowa Coulibaly devient, de juin 2003 à mars 2010, directeur de cabinet adjoint du ministre de l’Agriculture, poste occupé durant cette période par Amadou Gon Coulibaly.

Cette fonction, souvent discrète mais stratégique, le place au cœur de la machine administrative : arbitrages budgétaires, relations avec les filières, négociations avec les bailleurs, et gestion d’un ministère qui, en Côte d’Ivoire, dépasse largement la seule production agricole tant il touche à l’emploi, aux exportations et à la cohésion sociale. L’apprentissage est aussi politique : le “cabinet” est une école d’endurance, où se tissent des alliances et où se mesure la capacité à tenir une ligne au milieu de pressions parfois contradictoires.

Le parcours local s’entremêle à cette ascension. Dans la narration biographique disponible, Amadou Gon Coulibaly, devenu maire de Korhogo en 2001, le désigne comme adjoint. Cet ancrage municipal compte : en Côte d’Ivoire, les territoires du Nord sont un espace clé pour les équilibres nationaux, et l’expérience locale est un marqueur de proximité avec les réalités sociales.

Au fil des années, Mamadou Sangafowa Coulibaly s’installe donc dans une double identité : cadre issu du Nord, formé aux dossiers techniques, et homme d’appareil inséré dans les réseaux du parti. C’est cette combinaison qui prépare son entrée au gouvernement.

Neuf gouvernements et un long règne à l’Agriculture, un ministère au cœur de l’économie ivoirienne

La longévité de Mamadou Sangafowa Coulibaly au ministère de l’Agriculture est l’un des faits majeurs de sa carrière. Il est présenté comme ministre de l’Agriculture à partir du 23 février 2010, fonction qu’il conserve jusqu’au 4 septembre 2019, sous des gouvernements successifs et dans un contexte politique pourtant instable, marqué par la fin de la crise postélectorale et la consolidation progressive du nouveau pouvoir.

Cette période dit beaucoup de l’importance de l’agriculture dans l’économie du pays. La Côte d’Ivoire repose sur de grandes filières d’exportation, au premier rang desquelles le cacao, mais aussi le café, l’anacarde, l’hévéa, le palmier à huile et d’autres cultures de rente. Un ministre de l’Agriculture, dans ce contexte, n’est pas seulement un responsable sectoriel : il gère des équilibres sociaux dans les campagnes, des relations parfois tendues entre producteurs et industriels, et des arbitrages entre souveraineté alimentaire et logique d’exportation.

Le fait qu’il conserve ce portefeuille à travers une succession de gouvernements est souvent interprété comme la preuve d’une capacité à naviguer entre les lignes indiquées par la présidence, les attentes des filières et les contraintes budgétaires. Les sources biographiques disponibles insistent sur cette continuité, soulignant qu’il garde le portefeuille sous de nombreux remaniements.

Son passage à l’Agriculture se déroule aussi dans un moment où l’État cherche à restructurer des filières et leurs mécanismes de régulation. Un exemple souvent cité, parce qu’il illustre la logique de régulation par des structures dédiées, concerne le Conseil hévéa-palmier à huile, créé par une loi de 2017 et présenté comme un organe de régulation et de suivi des filières, dans une architecture de conseils de filières. Sans attribuer à un seul ministre l’ensemble d’une réforme d’État, cet exemple rappelle le rôle du gouvernement dans la mise en place d’outils de gouvernance agricole.

Dans la presse comme dans les cercles politiques, ce long passage au ministère construit une image : celle d’un “ministre du monde rural”, durable, rompu aux négociations, et associé à des politiques qui touchent directement la vie quotidienne d’une grande partie de la population.

Frictions, éviction en 2019 et retour au premier plan : une trajectoire politique à rebonds

Aucune longévité gouvernementale n’est totalement linéaire. À partir de 2018, des tensions apparaissent au sommet de l’État autour des équilibres internes au camp présidentiel. Selon les récits biographiques les plus cités, le soutien de Sangafowa Coulibaly à Guillaume Soro, dans un contexte de rivalités autour de la succession politique, contribue à dégrader ses relations avec le pouvoir exécutif. Il est finalement évincé du gouvernement le 4 septembre 2019.

Cet épisode est important car il montre le caractère politique, et parfois brutal, des remaniements : un ministre peut être maintenu longtemps pour ses compétences et ses réseaux, puis perdre son poste dès lors qu’il est perçu comme un facteur de désalignement interne. En Côte d’Ivoire, comme ailleurs, le gouvernement est aussi un instrument de cohésion de la majorité, où la loyauté et l’alignement comptent autant que la technicité.

Après cette éviction, la séquence du retour est, elle aussi, révélatrice. Les sources biographiques indiquent qu’après le décès d’Amadou Gon Coulibaly, Sangafowa Coulibaly réintègre le gouvernement : le 19 avril 2022, il est nommé ministre des Mines, de l’Énergie et du Pétrole. Le contexte de cette nomination est celui d’un remaniement plus large : le gouvernement Patrick Achi II est annoncé le 20 avril 2022, et Sangafowa Coulibaly y figure au poste de ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie.

Entre-temps, il conserve une présence dans l’arène politique, notamment à travers un mandat parlementaire : il est indiqué comme député de Korhogo depuis le 6 mars 2021. Ce type de mandat peut jouer un rôle de point d’appui, permettant de rester visible et actif, même hors du gouvernement.

Ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie : l’homme d’un tournant stratégique, entre hydrocarbures et transition

Depuis avril 2022, Mamadou Sangafowa Coulibaly est associé à un ministère devenu central dans la stratégie économique ivoirienne : l’énergie, la production électrique, les hydrocarbures offshore, et la question de l’industrialisation du pays.

Le contexte est celui d’un double mouvement. D’un côté, la Côte d’Ivoire accélère les investissements dans les renouvelables. Une enquête de presse rapporte, par exemple, l’inauguration d’une première centrale solaire à Boundiali, annoncée à 80 MW, reposant sur environ 150 000 panneaux, avec des cofinancements internationaux, et un objectif politique affiché : porter la part des renouvelables à 45 % du mix énergétique d’ici 2030, tout en renforçant l’accès à l’électricité, donné à un niveau très élevé. Les mêmes sources évoquent aussi des projets hydroélectriques et une ambition d’augmentation de la capacité installée à l’horizon 2040.

De l’autre côté, Abidjan mise de plus en plus sur ses ressources pétrolières et gazières. Les découvertes de gisements offshore, dont Baleine en 2021 et Calao en 2024, alimentent une stratégie d’expansion, avec une ambition affichée de rejoindre l’OPEP à court terme, selon des déclarations rapportées. Dans ce paysage, le ministre chargé du secteur devient un acteur de premier plan : il porte la parole de l’État, négocie avec les opérateurs, et doit rendre crédible une trajectoire qui cherche à concilier recettes d’hydrocarbures, sécurité énergétique et promesse climatique.

Un épisode illustre cette nouvelle centralité : en mai 2025, au cours d’un sommet économique, plusieurs protocoles d’accord sont signés entre la Côte d’Ivoire et des entreprises américaines, avec une enveloppe potentielle allant jusqu’à plusieurs milliards de dollars, principalement dans l’énergie. Le projet le plus spectaculaire mentionné est la construction d’une seconde raffinerie à Abidjan, annoncée à 170 000 barils par jour, portée par une entreprise américaine en partenariat avec la Société ivoirienne de raffinage. Dans ce cadre, Sangafowa Coulibaly est cité expliquant la nécessité de “doubler” les capacités de raffinage du pays.

Ce type de projet, s’il se concrétise, engage plusieurs dimensions : la réduction de la dépendance aux importations de produits raffinés, la capacité à exporter dans la sous-région, la création d’emplois industriels, mais aussi les enjeux de financement, de transparence contractuelle et de normes environnementales. Dans la région ouest-africaine, la concurrence est forte, et la Côte d’Ivoire cherche à se positionner comme une plateforme énergétique et logistique.

Au ministère, l’équation n’est donc pas simple : accroître la production et sécuriser les investissements, tout en répondant à une demande sociale d’électricité plus fiable et plus accessible, et en intégrant les contraintes climatiques. La Côte d’Ivoire, selon des objectifs publiquement annoncés, veut augmenter ses capacités de production et diversifier son mix, sans “tourner le dos” aux hydrocarbures.

Dans ce cadre, le profil de Sangafowa Coulibaly est souvent décrit comme celui d’un responsable rompu aux dossiers économiques, capable d’articuler l’État, les opérateurs et les partenaires internationaux. Sa trajectoire, du monde rural aux hydrocarbures, reflète aussi une continuité : l’économie ivoirienne, qu’il s’agisse d’agriculture ou d’énergie, se construit autour d’infrastructures, de filières, de régulations et de négociations avec des acteurs privés.

Au final, répondre à la question “qui est Mamadou Sangafowa Coulibaly ?”, c’est décrire un itinéraire de long cours : un cadre né à Korhogo, entré tôt dans l’appareil du RDR, propulsé au gouvernement au cœur d’un ministère clé, évincé au moment d’une tension politique interne, puis rappelé lorsque les priorités stratégiques se déplacent vers l’énergie et les hydrocarbures. C’est aussi constater que, dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, la politique se lit autant dans les biographies que dans les secteurs qu’un responsable incarne : hier l’agriculture et la stabilité du monde rural, aujourd’hui le pétrole, l’électricité et la place du pays dans les nouvelles géopolitiques de l’énergie.

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