Qui est Thabo Mofosi ?

Figure politique montante du Royaume du Lesotho, Thabo Mofosi s’est imposé au fil des années comme un acteur central des politiques agricoles et de sécurité alimentaire du pays. Son parcours, atypique et profondément enraciné dans les réalités sociales et économiques des zones rurales, illustre une trajectoire faite de travail, d’engagement communautaire et de responsabilités publiques. Ministre de l’Agriculture, de la Sécurité alimentaire et de la Nutrition depuis novembre 2022, il incarne une génération de dirigeants qui revendiquent une connaissance concrète du terrain et une approche pragmatique des défis structurels auxquels fait face le Lesotho.

Né et élevé dans le sud du pays, Thabo Mofosi a grandi dans un environnement où l’agriculture n’est pas seulement un secteur économique, mais une condition de survie pour des milliers de familles. Cette réalité a façonné son regard sur le développement, la pauvreté et les politiques publiques. Avant d’accéder aux plus hautes fonctions ministérielles, il a connu une vie professionnelle marquée par le travail manuel, l’entrepreneuriat et l’implication dans les structures locales. Cette expérience multiple nourrit aujourd’hui sa vision politique, centrée sur la souveraineté alimentaire, l’autonomisation des agriculteurs et la résilience face aux changements climatiques.

Origines, enfance et formation sociale

Thabo Mofosi est originaire du district de Quthing, une région rurale du sud du Lesotho caractérisée par des reliefs accidentés, un climat parfois rigoureux et une économie largement dépendante de l’agriculture de subsistance. Dans cette partie du pays, les conditions de vie sont historiquement difficiles, marquées par un accès limité aux infrastructures, aux services publics et aux opportunités économiques. Grandir dans un tel environnement a profondément influencé la perception qu’il développe très tôt des inégalités territoriales et du rôle de l’État dans le soutien aux populations rurales.

Son enfance s’inscrit dans un contexte où la solidarité communautaire joue un rôle fondamental. Les familles dépendent souvent les unes des autres pour les travaux agricoles, l’élevage ou l’entraide en période de crise alimentaire. Cette dimension collective de la vie rurale a contribué à forger chez Mofosi un sens aigu de la responsabilité sociale et du service public. Sans appartenir à une élite urbaine ou administrative, il s’est construit au contact direct des réalités quotidiennes des Basotho vivant de la terre.

Comme beaucoup de jeunes hommes du Lesotho à la fin du XXe siècle, Thabo Mofosi a été confronté à la rareté des opportunités d’emploi locales. Le pays, enclavé et économiquement dépendant de l’Afrique du Sud, a longtemps vu une partie importante de sa population active migrer vers les mines sud-africaines. Cette migration de travail, souvent pénible et dangereuse, a marqué des générations entières et a profondément influencé la structure sociale et économique du Lesotho.

Dans les années 1990, Mofosi rejoint à son tour le secteur minier en Afrique du Sud. Cette période constitue une étape déterminante de sa vie. Il y découvre la dureté du travail souterrain, les risques physiques, mais aussi les injustices sociales et les inégalités économiques auxquelles sont confrontés les travailleurs migrants. Cette expérience renforce sa conscience des limites d’un modèle économique reposant sur l’exportation de la main-d’œuvre et alimente sa conviction que le développement du Lesotho doit passer par le renforcement de ses propres secteurs productifs, notamment l’agriculture.

Du travail manuel à l’entrepreneuriat

Après plusieurs années passées dans les mines, Thabo Mofosi décide de réorienter sa trajectoire professionnelle. Il quitte le secteur minier au milieu des années 1990 et se tourne vers les transports publics, un domaine stratégique dans un pays où la mobilité constitue un enjeu majeur pour l’accès aux services, aux marchés et à l’emploi. Il débute comme employé, acquérant progressivement une connaissance pratique du fonctionnement du secteur, des besoins des usagers et des contraintes économiques auxquelles sont confrontés les opérateurs.

Grâce à son sens des affaires et à sa détermination, il parvient à devenir propriétaire de taxis puis d’autobus. Cette réussite entrepreneuriale témoigne de sa capacité à identifier des opportunités économiques dans des contextes difficiles et à gérer des activités nécessitant une organisation rigoureuse et une gestion financière prudente. Le secteur des transports lui permet également de rester en contact étroit avec la population, de comprendre les attentes des citoyens et de mesurer l’impact concret des politiques publiques sur la vie quotidienne.

Parallèlement à ses activités dans les transports, Thabo Mofosi s’investit dans d’autres secteurs, notamment l’hôtellerie et l’agriculture commerciale. Cet engagement dans l’agriculture ne relève pas d’un simple intérêt économique. Il s’inscrit dans une continuité logique avec son parcours personnel et son attachement au monde rural. En tant qu’agriculteur et éleveur, il fait l’expérience directe des difficultés liées à l’accès aux intrants, aux marchés, au financement et aux technologies modernes.

Cette immersion dans les réalités agricoles lui permet de développer une compréhension fine des contraintes structurelles du secteur, mais aussi de ses potentialités. Il constate notamment le manque de soutien technique, la faiblesse des infrastructures de stockage et de transformation, ainsi que la vulnérabilité des exploitations face aux aléas climatiques. Ces constats nourrissent progressivement une réflexion plus large sur la nécessité de réformes politiques et institutionnelles pour soutenir durablement l’agriculture au Lesotho.

Engagement communautaire et entrée en politique

Avant de s’engager formellement dans la politique nationale, Thabo Mofosi est actif au sein de diverses associations agricoles, tant au niveau local que régional. Ces structures jouent un rôle essentiel dans la représentation des intérêts des agriculteurs, la diffusion de bonnes pratiques et la défense de politiques publiques plus favorables au secteur rural. Son implication associative lui permet de développer des compétences en leadership, en négociation et en mobilisation collective.

C’est également dans ce cadre qu’il se forge une réputation d’homme de terrain, à l’écoute des préoccupations des agriculteurs et capable de dialoguer avec les autorités locales. Cette crédibilité acquise au fil des années constitue un atout majeur lorsqu’il décide de franchir le pas vers la politique électorale.

Son engagement politique s’inscrit dans le contexte de la création et de l’ascension du parti Révolution pour la Prospérité, une formation politique relativement récente qui se présente comme une alternative aux partis traditionnels du Lesotho. Le parti met en avant un discours axé sur la croissance économique, la création d’emplois et la réforme de l’État, des thèmes qui trouvent un écho particulier dans une population confrontée à un chômage élevé et à une insécurité alimentaire persistante.

Lors des élections générales de 2022, Thabo Mofosi est élu membre de l’Assemblée nationale pour la circonscription de Moyeni. Cette victoire marque une étape décisive dans son parcours, lui offrant une tribune nationale pour défendre les enjeux qui lui tiennent à cœur. L’élection de la Révolution pour la Prospérité à la tête du gouvernement ouvre la voie à une nouvelle configuration politique, dans laquelle Mofosi est appelé à jouer un rôle de premier plan.

Ministre de l’Agriculture, de la Sécurité alimentaire et de la Nutrition

Le 4 novembre 2022, Thabo Mofosi est nommé ministre de l’Agriculture, de la Sécurité alimentaire et de la Nutrition. Ce portefeuille ministériel est stratégique dans un pays où une part importante de la population dépend directement ou indirectement de l’agriculture, et où les défis liés à la malnutrition et à la dépendance aux importations alimentaires demeurent préoccupants.

Dès sa prise de fonction, Mofosi affirme sa volonté de rapprocher les politiques agricoles des réalités du terrain. Il insiste sur la nécessité de renforcer les services de vulgarisation agricole, afin de permettre aux agriculteurs d’accéder à des conseils techniques adaptés à leurs sols, à leurs cultures et aux conditions climatiques locales. Cette approche repose sur l’idée que l’amélioration de la productivité ne peut être durable sans un accompagnement technique de qualité.

Son action ministérielle s’inscrit également dans une logique de modernisation du secteur agricole. Il soutient l’utilisation de tests de sol pour adapter les apports en engrais, la diffusion de semences améliorées et la promotion de pratiques agricoles plus résilientes face au changement climatique. Ces orientations visent à réduire les pertes, à stabiliser les rendements et à améliorer la sécurité alimentaire à long terme.

En parallèle, le ministre met l’accent sur le rôle de l’agriculture dans la croissance économique et la création d’emplois. Il défend une vision dans laquelle le secteur agricole ne se limite pas à la subsistance, mais devient un moteur de développement, capable de générer des revenus, de soutenir les chaînes de valeur locales et de réduire la pauvreté rurale. Cette ambition implique un renforcement des infrastructures, notamment en matière de stockage, de transformation et d’accès aux marchés.

Action gouvernementale et politiques publiques

Dans le cadre de ses responsabilités, Thabo Mofosi participe activement à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques publiques liées à l’agriculture et à la sécurité alimentaire. Lors de la présentation des engagements ministériels devant les instances parlementaires, il met en avant une approche intégrée, combinant soutien aux agriculteurs, développement du secteur privé et coopération avec les partenaires internationaux.

Il souligne régulièrement l’importance de l’inclusion, notamment celle des jeunes et des femmes, dans les politiques agricoles. Conscient du vieillissement de la population agricole et du manque d’attractivité du secteur pour les nouvelles générations, il plaide pour des programmes visant à encourager l’entrepreneuriat agricole et l’innovation. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre le chômage et l’exode rural.

Le ministère qu’il dirige est également impliqué dans des projets régionaux soutenus par des institutions internationales. Ces initiatives visent à renforcer la recherche agricole, à améliorer les systèmes d’information climatique et à favoriser le partage de connaissances entre pays d’Afrique australe. En visitant des sites de recherche et de développement, Mofosi cherche à évaluer concrètement l’impact de ces projets et à s’assurer qu’ils répondent aux besoins des agriculteurs locaux.

Sur le plan nutritionnel, son action prend en compte la dimension sanitaire de la sécurité alimentaire. La malnutrition, sous ses différentes formes, reste un enjeu majeur au Lesotho, en particulier chez les enfants et les populations rurales. Les politiques menées sous son ministère visent à améliorer la disponibilité et la diversité des aliments, tout en sensibilisant les communautés à des pratiques alimentaires plus équilibrées.

Dimension internationale et diplomatie agricole

Au-delà de l’action nationale, Thabo Mofosi représente le Lesotho sur la scène internationale dans les domaines de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. Il participe à des sommets et à des forums régionaux et mondiaux consacrés aux systèmes alimentaires, au changement climatique et au développement durable.

Lors de ces rencontres, il met en avant les spécificités du Lesotho, pays de montagne particulièrement vulnérable aux effets du dérèglement climatique. Sécheresses, gelées et inondations affectent régulièrement la production agricole, accentuant l’insécurité alimentaire. Dans ce contexte, Mofosi plaide pour une agriculture intelligente face au climat et pour un soutien accru aux pays les plus exposés.

Il engage également des discussions avec des organisations internationales spécialisées dans l’agriculture et l’alimentation, dans le but de renforcer la coopération technique et financière. Ces échanges portent sur la formulation de politiques agricoles, le renforcement des cadres juridiques et l’introduction de solutions innovantes, notamment numériques, pour améliorer la productivité et l’accès aux marchés.

Cette dimension internationale de son action s’inscrit dans une stratégie visant à positionner le Lesotho comme un acteur engagé dans les efforts globaux de transformation des systèmes alimentaires. Elle reflète aussi la conviction que les défis agricoles contemporains dépassent les frontières nationales et nécessitent des réponses coordonnées.

Vision, défis et perspectives

La vision portée par Thabo Mofosi repose sur la transformation structurelle de l’agriculture au Lesotho. Il s’agit de passer d’un modèle fragile et dépendant des importations à un système plus autonome, résilient et inclusif. Cette transformation implique des investissements à long terme, des réformes institutionnelles et une mobilisation collective des acteurs publics et privés.

Les défis auxquels il est confronté sont considérables. Le changement climatique, la dégradation des sols, le manque de financements et les contraintes budgétaires limitent la marge de manœuvre des politiques publiques. À cela s’ajoutent des enjeux sociaux, tels que la pauvreté rurale et l’accès inégal aux ressources.

Malgré ces obstacles, Thabo Mofosi affiche une approche pragmatique, fondée sur l’amélioration progressive des capacités locales et sur la coopération avec les partenaires nationaux et internationaux. Son parcours personnel, marqué par l’expérience du travail manuel, de l’entrepreneuriat et de l’engagement communautaire, nourrit une légitimité particulière auprès des populations rurales.

À travers son action ministérielle, il incarne une volonté de réconcilier politique publique et réalité du terrain, en faisant de l’agriculture non seulement un secteur économique, mais un levier central de dignité, de souveraineté et de développement pour le Lesotho. Son évolution politique et les résultats des politiques qu’il porte continueront d’être observés de près, tant au niveau national que régional, dans un contexte où la sécurité alimentaire demeure l’un des grands enjeux du XXIe siècle.

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