William Kabogo Gitau est une figure majeure de la vie politique et économique du Kenya. Homme d’affaires, député, gouverneur et désormais responsable d’un portefeuille clé du gouvernement kenyan, son parcours illustre la complexité et les défis de la gouvernance dans un pays en pleine mutation. À travers ses diverses fonctions publiques, ses engagements politiques et ses activités entrepreneuriales, Kabogo s’est imposé comme un acteur incontournable, souvent controversé, mais toujours au centre de l’attention nationale.
Né dans une région rurale du Kenya, il a gravi les échelons sociaux et politiques pour devenir une voix influente dans l’élaboration des politiques publiques, notamment dans des domaines aussi variés que l’administration locale ou le développement du secteur numérique. Cet article retrace son histoire depuis ses débuts modestes jusqu’à sa nomination récente à un poste de ministre au sein de l’exécutif kenyan.
Les origines et la formation d’un homme d’État
William Kabogo Gitau voit le jour le 4 avril 1961 dans le village de Komothai, situé dans le comté de Githunguri, à Kiambu, au Kenya. C’est dans cette région agricole qu’il passe son enfance, entouré d’une famille nombreuse et souvent confrontée aux défis de la vie rurale. Très tôt, il montre une curiosité et une ambition qui le distinguent de ses pairs. Il fait ses premières années d’études à l’école primaire St. George’s Ruiru, puis poursuit son éducation secondaire à l’école technique de Thika entre 1975 et 1978.
Ses aspirations le conduisent ensuite en Inde, où il s’inscrit à l’Université Panjab (Punjab University) pour étudier le commerce. C’est là qu’il obtient un diplôme de Bachelor of Commerce (B. Com) en comptabilité et finance. Cette formation internationale lui fournit un bagage solide en affaires, comptabilité et audit, qui s’avérera déterminant tout au long de sa carrière professionnelle ultérieure.
À son retour au Kenya, Kabogo débute sa carrière professionnelle comme auditeur à l’Office of the Auditor General, l’institution chargée de superviser les finances publiques. Cette première expérience dans l’administration publique l’initie aux rouages de la gestion financière et lui permet de développer une compréhension approfondie des mécanismes de contrôle et de responsabilité.
Par la suite, il embrasse le monde des affaires. Avant même de s’engager dans la politique, Kabogo est déjà un entrepreneur accompli, ayant occupé des postes de direction, notamment celui de Directeur général (CEO) de Toto Industries, et étant impliqué dans divers secteurs commerciaux.
Entrée en politique : de Juja à la scène nationale
La carrière politique de William Kabogo débute au tournant du millénaire. En 2002, il se présente pour la première fois au Parlement en tant que candidat à la circonscription de Juja. À l’époque, cette candidature s’inscrit dans le cadre du parti KANU, un parti historique qui a longtemps dominé la scène politique kenyane. Bien qu’il ne remporte pas cette première tentative, il ne se laisse pas décourager et utilise cet élan pour consolider sa base politique.
Lors des élections générales suivantes, il change d’affiliation politique et se présente sous la bannière du parti Sisi Kwa Sisi. Grâce à une campagne dynamique et originale, marquée par une présence médiatique accrue — il est notamment parmi les premiers politiciens au Kenya à utiliser un hélicoptère dans une campagne électorale — il remporte le siège de député de Juja. Ce succès marque le début d’une décennie au Parlement où il se forge une réputation de parlementaire engagé.
Toutefois, son parcours parlementaire n’est pas exempt de difficultés. Aux élections de 2007, Kabogo perd son siège face à son rival George Thuo dans une élection marquée par des accusations de fraude et de manipulation. Refusant d’accepter cette défaite, il saisit les tribunaux pour contester les résultats. Après une bataille judiciaire, une élection partielle est organisée en 2010, au terme de laquelle il retrouve son siège, cette fois sous l’étiquette de Narc-Kenya. Cette victoire judiciaire et électorale témoigne de sa capacité à naviguer dans les méandres du système politique kenyan et à mobiliser ses soutiens même dans des circonstances difficiles.
Durant ses mandats parlementaires, Kabogo s’implique notamment dans l’allocation et l’utilisation des fonds de développement des circonscriptions (Constituency Development Fund), où il est reconnu pour une gestion efficace, se classant parmi les meilleurs parlementaires dans ce domaine au niveau national.
Gouverneur de Kiambu : opportunités et controverses
Avec l’adoption d’une nouvelle constitution au Kenya en 2010, une réforme majeure de la gouvernance locale est mise en place, créant les gouvernorats pour doter chaque comté d’une administration autonome. Saisissant cette opportunité, Kabogo décide de ne pas se représenter au Parlement en 2013 pour briguer plutôt le poste de gouverneur du comté de Kiambu.
Lors des élections générales de mars 2013, il remporte la victoire et devient ainsi le premier gouverneur de Kiambu County. Cette nomination représente un tournant dans sa carrière politique, le positionnant à la tête d’un des comtés les plus peuplés et économiquement dynamiques du pays. Sous sa gouvernance, le comté se distingue par une gestion administrative novatrice et une performance économique notable. Kiambu est notamment reconnu comme l’un des meilleurs comtés du pays en matière de collecte de recettes pour l’exercice financier 2016-2017, un indicateur de la vitalité économique et de la gouvernance locale sous son leadership.
Son administration investit dans des projets d’infrastructures, l’amélioration des services publics et l’appui aux petites entreprises locales. Toutefois, sa période à la tête de Kiambu n’est pas sans critiques. Comme beaucoup de leaders, il doit naviguer entre attentes élevées de la population, rivalités politiques locales et controverses sur certaines décisions de gouvernance.
En 2017, Kabogo se présente pour un second mandat. Cependant, il fait face à une compétition féroce au sein du parti de la coalition dominante à l’époque, la Jubilee Party. Ne parvenant pas à obtenir l’investiture de son parti, il se présente comme candidat indépendant. Cette stratégie est risquée dans un paysage politique où les partis politiques jouent un rôle clé, et il est finalement battu par Ferdinand Waititu, un autre leader local influent.
Engagements politiques après la gouvernance locale
Après sa défaite en 2017, William Kabogo ne quitte pas la scène politique. Fidèle à son style dynamique, il reste actif, notamment en tant que leader du parti politique Tujibebe Wakenya, une formation qu’il fonde pour promouvoir ses idées et mobiliser ses partisans. À travers les médias sociaux, les radios locales et les participations publiques, il continue à peser dans les débats politiques régionaux, en particulier dans la région de la ceinture centrale du Kenya connue sous le nom de Mt Kenya.
Lors des élections générales de 2022, il tente de retrouver le fauteuil de gouverneur de Kiambu, mais il échoue face à Kimani Wamatangi, le candidat victorieux. Néanmoins, ces tentatives successives montrent sa ténacité politique et sa détermination à rester pertinent dans un contexte électoral extrêmement compétitif.
De gouverneur à ministre : une responsabilité nationale majeure
La trajectoire politique de Kabogo connaît un nouvel essor en décembre 2024, lorsque le président William Ruto le nomme en tant que ministre chargé du portefeuille de l’Information, des Communications et de l’Économie numérique. Cette nomination, annoncée à la fin de l’année, marque une étape importante dans sa carrière, le propulsant à un niveau de responsabilité nationale qui dépasse les frontières de son comté d’origine.
Après avoir été agréé par le Parlement, Kabogo est officiellement investi de ses fonctions en janvier 2025 lors d’une cérémonie à l’État House à Nairobi. À ce nouveau poste, il hérite d’un rôle stratégique dans la transformation numérique du pays — un secteur considéré comme un moteur clé de la croissance économique, de l’innovation et de l’inclusion sociale dans l’Afrique du XXIᵉ siècle.
Dès sa prise de fonction, il exprime sa vision pour le développement d’un Kenya numérique inclusif, axé sur la création d’opportunités pour tous les citoyens, l’amélioration de l’accès aux technologies et la stimulation de l’économie numérique. Son rôle consiste à favoriser la croissance des infrastructures numériques, à soutenir l’innovation locale et à promouvoir l’adoption des technologies de l’information dans les secteurs public et privé.
Vie privée et héritage personnel
En dehors de la sphère publique, William Kabogo Gitau est un homme de famille. Il est marié à Philomena Kabogo, avec qui il a deux fils, Alvina et Andrew. Malgré sa visibilité politique et médiatique, il choisit de garder sa vie familiale relativement privée, loin des projecteurs constants qui accompagnent sa carrière publique.
Son parcours, marqué par des succès électoraux, des revers politiques et une résilience constante, en fait une figure complexe et fascinante de la politique kenyane. Sa présence dans différents échelons du gouvernement — du Parlement aux fonctions de gouverneur, jusqu’à son rôle actuel de ministre — illustre sa capacité à s’adapter et à évoluer face aux défis contemporains de la gouvernance.
Conclusion : un acteur clé de la politique kenyane
William Kabogo Gitau demeure une personnalité centrale dans le paysage politique, économique et social du Kenya. Son histoire, depuis ses débuts modestes jusqu’à ses responsabilités ministérielles, illustre la trajectoire d’un homme déterminé à servir son pays à travers divers rôles. Leader parfois controversé, mais indéniablement influent, il continue à contribuer au façonnement des politiques publiques, en particulier dans les domaines de la gestion locale et de la transition numérique.
Dans un pays où les défis de développement et d’inclusion restent immenses, Kabogo représente à la fois l’aspiration à un leadership fort et la réalité des complexités politiques africaines. Son influence, à la croisée des affaires et de la politique, laisse un héritage qui continuera à être débattu et analysé par les Kenyans et les observateurs internationaux pour les années à venir.



