Qui est Véronique Tognifodé, la femme politique béninoise ?

Dans la vie publique béninoise, certains profils illustrent un mouvement de fond : l’arrivée, au sommet de l’État, de responsables venus de métiers très concrets, parfois éloignés des trajectoires politiques classiques. Véronique Tognifodé appartient à cette génération de ministres dont l’identité publique s’est construite à la croisée de la santé, de l’université et de l’action sociale. Gynécologue-obstétricienne de formation, enseignante à l’Université d’Abomey-Calavi, elle a pris place au gouvernement en 2019 et s’est progressivement installée comme une figure associée à la protection sociale et à la microfinance.

Depuis avril 2025, son nom circule davantage encore : un réaménagement technique du gouvernement lui confie aussi le portefeuille des Enseignements secondaires, techniques et de la formation professionnelle, qu’elle cumule avec ses fonctions aux Affaires sociales et à la Microfinance. Une situation rare, mais assumée officiellement, qui renforce la visibilité d’une ministre déjà exposée par la nature transversale de ses dossiers : inclusion sociale, autonomisation économique, protection de l’enfance, égalité femmes-hommes, filets sociaux, et, désormais, enjeux éducatifs.

Ce portrait propose de comprendre qui elle est, ce que disent les sources institutionnelles de son parcours, et ce que révèle son positionnement au sein de l’exécutif béninois : non pas une trajectoire romancée, mais une lecture des éléments publics disponibles, des dates et des responsabilités attestées.

Une trajectoire de médecin et d’universitaire avant l’entrée en politique

Les biographies institutionnelles disponibles insistent sur un point : Véronique Tognifodé se présente d’abord comme médecin spécialiste. Le ministère des Enseignements secondaires, techniques et de la formation professionnelle, qui publie sa notice, la décrit comme une gynécologue-obstétricienne, engagée sur des sujets sociaux et éducatifs, et enseignante à la Faculté des Sciences de la Santé (FSS) de l’Université d’Abomey-Calavi depuis 2016. Cette notice ajoute un jalon académique précis : l’obtention du grade de maître-assistant en gynécologie-obstétrique au CAMES en juillet 2019.

Un autre support public, le Compendium des compétences féminines (rattaché à l’écosystème institutionnel du ministère des Affaires sociales), complète la chronologie. Il indique qu’elle a obtenu son doctorat en médecine en 2004, avant de se spécialiser en gynécologie-obstétrique. Le même texte évoque une première phase professionnelle dans le secteur privé à Cotonou : elle aurait dirigé une clinique privée pendant environ une dizaine d’années, puis quitté progressivement le secteur libéral pour une carrière universitaire.

Ce récit, répété par plusieurs pages officielles, raconte une bascule classique chez certains hauts responsables : l’expertise technique, souvent acquise en pratique, devient un capital de légitimité dans l’action publique. Dans son cas, la santé, et plus spécifiquement la santé maternelle, renvoient directement à des enjeux sociaux très présents au Bénin : accès aux soins, prévention, place des femmes dans la société, protection des publics vulnérables. Les documents institutionnels ne détaillent pas ses publications ni sa carrière hospitalière, mais ils fixent des repères vérifiables : diplôme médical (2004), retour vers l’enseignement supérieur (2016), reconnaissance au CAMES (2019).

2019 : une entrée au gouvernement par les Affaires sociales et la Microfinance

Le basculement dans l’exécutif se date précisément. Les sources gouvernementales béninoises indiquent qu’elle est nommée ministre des Affaires sociales et de la Microfinance à partir du 5 septembre 2019. Cette entrée au gouvernement est adossée à un texte officiel : le décret n° 2019-396 portant composition du gouvernement. Ce décret, publié sur le site du Secrétariat général du Gouvernement, sert de référence administrative à la composition ministérielle de l’époque.

Sur le site du Gouvernement (rubrique “Membres du Gouvernement”), son nom apparaît bien au titre de ministre des Affaires sociales et de la Micro-Finance. Cette même page, actualisée, la présente aussi plus bas avec une seconde ligne de fonction (Enseignements secondaires…), signe que la plateforme officielle prend acte du cumul.

Pourquoi ce ministère est-il politiquement structurant ? Parce qu’il touche simultanément au social, à l’accompagnement des vulnérabilités, et à un outil souvent présenté comme un levier de développement : la microfinance. À ce titre, la ministre occupe une place au carrefour de la solidarité publique et de l’inclusion économique. Les communications officielles la montrent en activité sur des dossiers présentés comme des programmes publics, des initiatives de protection sociale ou de modernisation du secteur de la microfinance.

L’un des points marquants, dans la façon dont les institutions la décrivent, réside dans l’association entre sa compétence médicale et ses priorités politiques : les textes de présentation retiennent son engagement sur les questions d’égalité de genre, d’autonomisation des femmes, de protection et d’éducation des couches vulnérables, et indiquent que ces engagements ont pesé dans la “confiance” accordée par le président Patrice Talon lors de sa nomination.

Microfinance et protection sociale : une ministre au cœur d’outils d’inclusion économique

Sur le terrain de la microfinance, plusieurs communications institutionnelles récentes permettent d’identifier des séquences d’action, sans extrapoler au-delà de ce qui est écrit. À l’automne 2025, le ministère et le site du Gouvernement relaient le lancement de la phase 3 du “Microcrédit Alafia”, organisé à Parakou, sous la présidence de Véronique Tognifodé. La formulation officielle insiste sur l’inclusion sociale et sur la dimension d’accès au financement pour des publics ciblés.

Autre séquence, plus “sectorielle” : la relance de la Semaine nationale de la microfinance à Cotonou. Le site du Gouvernement rapporte un discours d’ouverture de la ministre et situe l’événement comme une reprise “treize années après la dernière édition”. Dans ce récit, l’accent est mis sur la microfinance comme secteur à “assainir”, “professionnaliser” et “moderniser”, dans un cadre revendiqué de réformes depuis 2016. La communication n’entre pas dans l’évaluation indépendante de ces réformes, mais elle montre la ligne politique assumée par l’exécutif et portée par la ministre.

En parallèle, l’action sociale est présentée comme une politique de dispositifs. En octobre 2025, le site du Gouvernement annonce le lancement du programme de filets de protection sociale productifs “GBESSOKÊ”, décrit comme une initiative destinée à soutenir les ménages les plus vulnérables et à leur offrir des opportunités de relèvement économique. Le ministère, là encore, communique sur des outils concrets : filets sociaux, protection, articulation entre aide et autonomie.

Enfin, un autre exemple illustre la dimension internationale ou partenariale de ces dossiers : en novembre 2024, une dépêche gouvernementale indique qu’une délégation béninoise conduite par Véronique Tognifodé s’est rendue au Canada du 12 au 15 novembre, dans la perspective de l’opérationnalisation du projet ARCEPE-AHINADJÈ “au profit des femmes béninoises”, pour des discussions stratégiques liées au partenariat.

Pris ensemble, ces éléments dessinent une ministre dont le champ d’action dépasse la seule administration d’un ministère : elle intervient à la fois dans la structuration d’un secteur financier “de proximité” (la microfinance), dans la mise en scène institutionnelle des filets sociaux, et dans la préparation de projets nécessitant des partenariats extérieurs. Ce sont des dossiers qui, politiquement, exposent : ils touchent à l’argent, à l’accès aux services, et à la capacité de l’État à atteindre des populations souvent éloignées des guichets classiques.

Genre, protection de l’enfance, et diplomatie sociale : une visibilité aussi continentale

Le portrait de Véronique Tognifodé ne se résume pas à la microfinance. Les institutions la présentent aussi comme une actrice de politiques liées au genre et à la protection, avec une dimension continentale attestée par une prise de parole à l’Union africaine.

Sur le site de l’Union africaine, une page datée du 27 novembre 2020 publie un discours attribué à “S.E Dr Mèdessè Véronique Tognifodé Mewanou”, alors ministre des Affaires sociales et de la Microfinance du Bénin, et présidente du bureau du Comité technique spécialisé sur l’égalité entre les hommes et les femmes et l’autonomisation des femmes. Le texte inscrit la réunion dans le contexte de la pandémie de Covid-19 et des “16 jours d’activisme” contre les violences à l’égard des femmes et des filles, évoquant des formes de violences (mariage d’enfants, MGF, abus) et appelant à considérer les services de prévention et de réponse comme essentiels. Au-delà du contenu, ce qui compte ici pour un portrait factuel, c’est la fonction : la ministre est présentée comme présidente de ce bureau, donc occupant une responsabilité de représentation dans une enceinte panafricaine.

Sur le plan national, la rubrique dédiée à son nom sur le site du Gouvernement (tag “Véronique Tognifodé”) laisse entrevoir une activité liée à la protection des droits des femmes et des filles, aux cadres juridiques de protection, et à la lutte contre certaines pratiques et violences. Cette page de résultats ne détaille pas tout, mais elle montre que la communication gouvernementale associe son action à des thématiques comme la vulgarisation de lois protectrices, la défense des droits, et des campagnes de sensibilisation.

Un exemple précis, publié par le Gouvernement, concerne une séquence de sensibilisation et de plaidoyer à Sô-Ava : la communication rapporte qu’elle y rappelle l’importance du rôle des femmes dans le développement et invite la population à accompagner la volonté gouvernementale de créer des conditions d’épanouissement et d’autonomisation des filles et des femmes. Là encore, il s’agit d’un récit institutionnel, mais il situe clairement ses prises de position publiques.

Autre illustration, sur le site du ministère des Affaires sociales : des contenus présentent des actions de sensibilisation en milieu scolaire visant à prévenir des comportements à risque, en insistant sur la nécessité de la poursuite des études. Cette communication reflète une continuité thématique entre son profil médical (santé, prévention) et son portefeuille social (protection, accompagnement).

Ces éléments, mis bout à bout, aident à comprendre pourquoi son profil dépasse le simple cadre “technique” : elle incarne un versant du pouvoir exécutif qui parle de vulnérabilités, de normes sociales, et de protection, y compris dans des arènes internationales.

Depuis 2025, un cumul inédit : l’Enseignement secondaire en plus du social

Le tournant le plus visible de sa trajectoire récente survient au printemps 2025. Le décret n° 2025-194 du 22 avril 2025, publié par le Secrétariat général du Gouvernement, porte composition du gouvernement et formalise un réaménagement technique. Le site du Gouvernement reprend l’information et indique que ce réaménagement conduit à la nomination de Véronique Tognifodé au ministère des Enseignements secondaires, techniques et de la formation professionnelle.

La page officielle “Membres du Gouvernement” liste alors Véronique Tognifodé deux fois : une première fois comme ministre des Affaires sociales et de la Micro-Finance, et une seconde fois comme ministre des Enseignements Secondaires, Technique et de la Formation Professionnelle. Cette duplication, sur un site institutionnel, n’est pas un détail : elle matérialise le cumul et, surtout, sa reconnaissance administrative au niveau de la communication gouvernementale.

Le ministère de l’Enseignement secondaire, de son côté, publie une biographie qui explicite ce cumul : nommée ministre des Affaires sociales et de la Microfinance depuis septembre 2019, elle “a pris les rênes” du ministère des Enseignements secondaires “depuis le 22 avril 2025”, cumulativement. Cette même page rappelle son parcours universitaire et son engagement sur l’égalité de genre et la protection/éducation des couches vulnérables.

Politiquement, ce cumul peut se lire de plusieurs manières, sans sortir des faits. D’abord, il traduit une logique de continuité gouvernementale : le réaménagement est présenté comme “technique”, et la liste des autres ministres est annoncée comme inchangée dans de nombreux comptes rendus de presse béninoise, ce qui suggère un ajustement ciblé plutôt qu’un remaniement général.

Ensuite, il place une ministre déjà identifiée sur les politiques sociales au contact direct d’un secteur clé : l’enseignement secondaire et la formation professionnelle. Les thématiques se rejoignent sur un point central : la jeunesse et l’insertion. Même si les textes officiels cités ici ne détaillent pas un programme éducatif particulier porté par elle depuis sa prise de fonction, ils rendent le cumul incontestable et ancrent sa légitimité dans une double compétence revendiquée par l’exécutif : le social et l’éducation.

Enfin, il y a un enjeu de méthode : cumuler deux portefeuilles, c’est aussi cumuler deux administrations, deux agendas, deux types de crises possibles. Cette configuration, en pratique, expose davantage. Elle oblige à arbitrer entre des priorités concurrentes et à assumer, publiquement, des résultats sur des terrains où l’État est particulièrement attendu. Sur ce point, une chose est certaine : la décision d’avril 2025 fait de Véronique Tognifodé l’une des figures les plus “transversales” de l’équipe gouvernementale béninoise, au sens où ses responsabilités touchent à la fois à la protection des ménages, à l’inclusion financière et à la formation des générations futures.

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