Pollution plastique à Toliara : quand l’économie circulaire devient une réponse locale à une crise mondiale

La pollution plastique est devenue, en quelques décennies, l’un des défis environnementaux majeurs du XXIᵉ siècle. Dans les villes côtières des pays en développement, elle se manifeste de manière particulièrement visible et brutale, s’accumulant dans les rues, les canaux, les plages et les lagons. À Madagascar, la commune urbaine de Toliara illustre avec force cette réalité. Située sur la côte sud-ouest de l’île, la ville est confrontée à une explosion des déchets plastiques dans un contexte marqué par une croissance démographique soutenue, des infrastructures de gestion des déchets limitées et une forte dépendance aux ressources naturelles. Face à ce constat préoccupant, de nouvelles pistes émergent. Parmi elles, l’économie circulaire apparaît comme une alternative crédible, capable de transformer un fléau environnemental en opportunité économique et sociale. Cet article s’appuie notamment sur les travaux de recherche de Niry Belor Mahely et Razafiendrintsoa Dieudonné Gabriel, consacrés à la pollution plastique et à la mise en place d’un modèle prospectif d’économie circulaire adapté à la commune urbaine de Toliara.

Une pollution plastique ancrée dans le quotidien urbain et côtier

À Toliara, la pollution plastique n’est pas un phénomène abstrait ou lointain. Elle fait partie du paysage quotidien. Dans de nombreux quartiers, les sacs plastiques, bouteilles et emballages alimentaires s’entassent le long des routes, dans les caniveaux et autour des habitations. Les marchés urbains, lieux de forte activité commerciale, génèrent chaque jour des volumes importants de déchets plastiques, souvent abandonnés faute de systèmes de collecte efficaces. Lors des épisodes pluvieux, ces déchets obstruent les canaux d’évacuation des eaux, provoquant des inondations récurrentes et dégradant les conditions de vie des habitants.

La situation est tout aussi préoccupante sur le littoral. Les plages de Toliara, qui constituent un atout naturel et touristique majeur, sont envahies par les plastiques charriés par les cours d’eau, les vents et les activités humaines. Les zones portuaires et les sites de pêche artisanale concentrent également une grande quantité de déchets, notamment des filets usagés, des cordages et des contenants plastiques. Cette accumulation altère la qualité des paysages, nuit à l’attractivité touristique et fragilise les écosystèmes marins.

Sur le plan environnemental, les conséquences sont multiples. Les animaux marins ingèrent ou s’emmêlent dans les déchets plastiques, ce qui entraîne blessures, maladies et mortalité. À plus long terme, la fragmentation des plastiques en microplastiques contamine les sédiments, l’eau et la chaîne alimentaire. Cette pollution invisible pose des questions majeures en matière de santé publique, alors que les effets à long terme de l’exposition aux microplastiques restent encore mal connus.

Les impacts sociaux et sanitaires sont également significatifs. Les déchets plastiques favorisent la stagnation des eaux et la prolifération des moustiques, augmentant les risques de maladies vectorielles comme le paludisme ou la dengue. Dans certains quartiers périphériques, ces risques sont devenus une préoccupation majeure pour les habitants, qui associent directement la dégradation de leur environnement à la détérioration de leur santé.

Les limites d’un système de gestion des déchets hérité du modèle linéaire

La gestion des déchets plastiques à Toliara repose encore largement sur un modèle linéaire, fondé sur une logique simple mais inefficace : produire, consommer, jeter. Dans ce schéma, les déchets sont collectés de manière partielle par la municipalité, puis déposés dans des décharges à ciel ouvert ou abandonnés dans l’environnement. Ce système montre aujourd’hui ses limites, tant sur le plan environnemental qu’économique et social.

La couverture de la collecte municipale reste incomplète. Si certains quartiers centraux bénéficient d’un ramassage relativement régulier, de nombreuses zones périphériques demeurent mal desservies. Les habitants, faute d’alternatives, brûlent leurs déchets ou les déversent dans la nature. Cette situation contribue à l’aggravation de la pollution et à la marginalisation de certains quartiers, souvent les plus vulnérables.

Le tri à la source est peu développé. Les déchets plastiques sont mélangés aux autres types de déchets, ce qui rend leur recyclage difficile, voire impossible. Une fois contaminés par des matières organiques, les plastiques perdent une grande partie de leur potentiel de valorisation. Dans ce contexte, les initiatives de recyclage restent marginales et reposent principalement sur des acteurs informels ou des microentreprises disposant de moyens limités.

Sur le plan économique, le modèle linéaire représente un coût important pour la collectivité. La municipalité consacre une part significative de son budget à la collecte et à l’élimination des déchets, sans générer de retour financier. Les plastiques, pourtant riches en potentiel économique, sont considérés comme une charge plutôt que comme une ressource. Cette logique empêche le développement de filières locales de valorisation et freine l’investissement dans des solutions durables.

Enfin, ce modèle peine à mobiliser la population. La gestion des déchets est souvent perçue comme une responsabilité exclusivement institutionnelle. En l’absence de politiques incitatives et de programmes de sensibilisation efficaces, les citoyens restent peu impliqués dans la réduction et le tri des déchets. Cette faible participation compromet la durabilité des actions mises en place et renforce le sentiment d’impuissance face à l’ampleur de la pollution.

L’économie circulaire, une alternative adaptée aux réalités locales

Face à l’impasse du modèle linéaire, l’économie circulaire apparaît comme une réponse stratégique aux défis posés par la pollution plastique à Toliara. Ce concept repose sur une remise en question profonde de la manière dont les ressources sont produites, consommées et gérées. Il s’agit de réduire la production de déchets, de prolonger la durée de vie des matériaux et de transformer les déchets en ressources, afin de créer des boucles de valeur durables.

Appliquée aux plastiques, l’économie circulaire offre plusieurs leviers d’action complémentaires. La réduction à la source constitue le premier d’entre eux. Limiter l’utilisation des plastiques à usage unique permet de diminuer significativement les volumes de déchets à gérer. Dans une ville comme Toliara, où les sacs plastiques et les emballages alimentaires représentent une part importante des déchets, ce levier est particulièrement pertinent.

Le réemploi et le recyclage constituent les autres piliers de la circularité. Les plastiques collectés peuvent être transformés en nouveaux produits, tels que des pavés, des briques, des granulés ou des objets artisanaux. Ces activités de valorisation permettent non seulement de réduire la pollution, mais aussi de créer des emplois et des revenus locaux. Elles favorisent l’émergence d’une économie de proximité, fondée sur la transformation des ressources disponibles.

L’économie circulaire présente également un fort potentiel social. En impliquant les communautés locales, les ONG, les artisans et les microentreprises, elle favorise l’inclusion et la participation citoyenne. Les activités de collecte, de tri et de transformation des plastiques peuvent devenir des sources d’opportunités pour les jeunes et les femmes, souvent confrontés au chômage ou à la précarité. Cette dimension sociale est au cœur des travaux menés par Niry Belor Mahely et Razafiendrintsoa Dieudonné Gabriel, qui soulignent l’importance de la participation communautaire pour assurer la durabilité des modèles circulaires.

Sur le plan environnemental, la circularité contribue à la protection des écosystèmes terrestres et marins. En réduisant les déchets abandonnés dans la nature, elle limite la contamination des sols et des eaux, et préserve la biodiversité. Elle participe également à la lutte contre le changement climatique, en réduisant la demande en plastiques vierges et les émissions associées à leur production.

Un modèle prospectif pour transformer les déchets plastiques en ressources

Pour répondre aux défis spécifiques de Toliara, un modèle prospectif d’économie circulaire a été envisagé, reposant sur trois axes majeurs : la réduction des plastiques à usage unique, l’amélioration de la collecte et du tri à la source, et la valorisation locale des déchets plastiques.

La réduction constitue le premier axe stratégique. Elle passe par des campagnes de sensibilisation auprès des ménages, des commerçants et des acteurs de la pêche, afin de promouvoir des pratiques de consommation plus responsables. L’encouragement à l’utilisation de sacs réutilisables et d’emballages alternatifs peut contribuer à diminuer rapidement les volumes de déchets générés. Des mesures réglementaires progressives, accompagnées d’incitations économiques, peuvent renforcer cette dynamique sans pénaliser excessivement les acteurs locaux.

Le deuxième axe concerne la collecte et le tri à la source. L’installation de points de collecte dans les marchés, les quartiers périphériques et les zones côtières permettrait de capter une part importante des déchets plastiques avant qu’ils ne se dispersent dans l’environnement. Le tri à domicile, facilité par des dispositifs simples et une formation adaptée, améliorerait la qualité des flux collectés. Une meilleure coordination entre la municipalité, les ONG et les collecteurs informels est essentielle pour assurer une couverture territoriale cohérente et efficace.

La valorisation locale constitue le troisième axe du modèle. À Toliara, plusieurs formes de transformation des plastiques sont envisageables. La fabrication de pavés et de matériaux de construction à partir de plastiques recyclés permettrait de répondre à des besoins locaux tout en réduisant la dépendance aux matériaux importés. La production de granulés plastiques pourrait alimenter des filières artisanales ou semi-industrielles. L’artisanat, enfin, offre des perspectives intéressantes, notamment pour la création d’objets utilitaires ou décoratifs destinés au marché local et touristique.

Ce modèle prospectif vise à transformer une part significative des plastiques collectés en produits à valeur ajoutée, tout en réduisant les volumes envoyés en décharge. Il repose sur une logique de boucles locales, dans lesquelles les déchets deviennent des ressources et les acteurs locaux des moteurs du changement.

Gouvernance, participation citoyenne et perspectives d’avenir

La réussite d’un modèle d’économie circulaire à Toliara dépend largement de la qualité de la gouvernance et de l’implication des acteurs locaux. La municipalité joue un rôle central dans la planification, la réglementation et la coordination des initiatives. Elle peut intégrer la circularité dans ses politiques publiques, soutenir les projets locaux et faciliter l’accès aux infrastructures nécessaires.

Les ONG locales constituent des partenaires clés, notamment pour la sensibilisation et la mobilisation des communautés. Leur proximité avec les habitants leur permet d’adapter les messages et les actions aux réalités sociales et culturelles. Les microentreprises et les recycleurs informels, souvent déjà actifs sur le terrain, doivent être reconnus et soutenus comme des acteurs à part entière de la transition circulaire.

La participation citoyenne est un facteur déterminant. Le tri à la source, la réduction des déchets et l’adhésion aux initiatives locales ne peuvent être imposés de manière durable sans l’adhésion de la population. La valorisation des efforts des habitants, la création d’emplois locaux et la visibilité des bénéfices concrets de la circularité sont autant de leviers pour renforcer cet engagement.

À moyen et long terme, l’économie circulaire offre des perspectives prometteuses pour Toliara. Elle peut contribuer à améliorer la qualité de vie des habitants, à renforcer la résilience de la ville face aux aléas climatiques et à préserver ses ressources naturelles. Elle ouvre également la voie à une diversification de l’économie locale, fondée sur l’innovation sociale et la valorisation des ressources existantes.

Au-delà de Toliara, cette expérience pourrait inspirer d’autres communes côtières de Madagascar confrontées à des défis similaires. En adaptant les principes de l’économie circulaire aux spécificités locales, il est possible de construire des modèles de développement plus durables, conciliant protection de l’environnement, justice sociale et dynamisme économique.

Mention éditoriale finale

Cet article est une adaptation journalistique basée sur les travaux de recherche de Niry Belor Mahely et Razafiendrintsoa Dieudonné Gabriel :

Consacrés à l’économie circulaire comme réponse stratégique à la pollution plastique dans la commune urbaine de Toliara, Madagascar.

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