Qui est Oumar Diouhé Bah ?

Né dans une Guinée encore largement rurale et confrontée à de profonds défis sanitaires, Oumar Diouhé Bah incarne aujourd’hui l’une des figures les plus emblématiques de la transformation du système de santé national. Pharmacien de formation, biologiste médical, enseignant universitaire et haut responsable de l’administration publique, il a progressivement bâti un parcours où la rigueur scientifique se conjugue avec l’engagement citoyen et la responsabilité politique. Sa trajectoire, marquée par une ascension patiente et structurée, illustre la manière dont l’expertise technique peut nourrir l’action publique lorsqu’elle s’inscrit dans une vision de long terme. Cette biographie retrace les étapes majeures de son parcours personnel, académique et professionnel, tout en éclairant les enjeux qui ont façonné son action à la tête du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique.

Origines, formation et éveil à la vocation scientifique

Oumar Diouhé Bah voit le jour le 26 octobre 1976 à Kambanya, une localité située dans la sous-préfecture de Sinta, préfecture de Télimélé. Ce territoire, à dominante rurale, se caractérise par une organisation sociale traditionnelle et par des conditions d’accès limitées aux infrastructures éducatives et sanitaires. C’est dans ce contexte que se forge très tôt chez lui une sensibilité aux questions de santé et de développement, nourrie par l’observation des réalités quotidiennes de sa communauté.

Il effectue ses premières années de scolarité à l’école primaire de Kambanya, où il obtient son certificat d’études primaires en 1990. Ce premier succès marque le début d’un parcours scolaire sans rupture, guidé par la constance et l’exigence. Il poursuit ses études au collège de Sinta, avant de rejoindre le lycée Bambam à Kindia, établissement réputé pour la qualité de son enseignement scientifique. Il termine son cycle secondaire au lycée Wossou, aujourd’hui connu sous le nom de lycée 28 Septembre, où il se spécialise dans les sciences expérimentales. Il y obtient successivement les baccalauréats première et deuxième parties en 1996 et 1997, confirmant ainsi une orientation résolument tournée vers les disciplines scientifiques.

L’accès à l’enseignement supérieur constitue une étape déterminante. Admis à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, il intègre la faculté de médecine, pharmacie et d’odontostomatologie, au département de pharmacie. Ce choix n’est pas anodin. À une époque où la Guinée fait face à des problématiques aiguës de disponibilité et de qualité des médicaments, la pharmacie apparaît comme un levier stratégique pour améliorer la santé publique. Après plusieurs années d’études exigeantes, il obtient en 2002 le doctorat d’État en pharmacie, diplôme qui consacre son entrée dans le monde professionnel de la santé.

Cependant, loin de considérer ce diplôme comme une fin en soi, Oumar Diouhé Bah poursuit son parcours académique. Entre 2005 et 2010, il se spécialise en biologie médicale, discipline au carrefour de la recherche scientifique et de la pratique clinique. Cette formation se déroule dans un cadre international, avec des enseignements et des stages effectués en Guinée, en Belgique, en France et au Burkina Faso. Il fréquente notamment des universités reconnues pour leur expertise en sciences biomédicales et effectue des stages hospitaliers qui l’exposent à des systèmes de santé plus structurés. Cette ouverture internationale joue un rôle essentiel dans la construction de sa vision professionnelle, fondée sur la qualité, la normalisation et la sécurité des pratiques médicales.

De la pratique pharmaceutique à l’entrepreneuriat médical

À l’issue de sa formation, Oumar Diouhé Bah entame une carrière professionnelle marquée par la diversité des responsabilités et des environnements. Il débute comme pharmacien responsable au sein de structures privées spécialisées dans l’importation et la distribution de médicaments. Cette expérience lui permet de se familiariser avec les circuits d’approvisionnement pharmaceutique, les enjeux de régulation du marché et les risques liés à la circulation de produits non conformes.

Parallèlement, il s’oriente vers la biologie médicale, discipline exigeante qui requiert à la fois une solide expertise scientifique et une grande rigueur méthodologique. Il occupe ainsi des fonctions de responsable de laboratoire dans plusieurs établissements de santé privés à Conakry. Ces postes l’amènent à superviser des équipes techniques, à garantir la fiabilité des analyses biologiques et à assurer le respect des normes de qualité. Dans un pays où les laboratoires médicaux sont longtemps restés peu structurés, cette expérience constitue un terrain d’apprentissage majeur.

L’un des tournants les plus significatifs de sa carrière intervient avec la création du laboratoire de biologie médicale BIOMAR-24. Fondé en décembre 2015 et officiellement inauguré en janvier 2018, cet établissement se veut une réponse aux besoins croissants en analyses médicales fiables et accessibles. Le projet repose sur une vision claire : doter la Guinée d’un laboratoire moderne, conforme aux standards internationaux, capable de soutenir à la fois la pratique clinique et la formation des futurs professionnels de santé.

BIOMAR-24 ne se limite pas à une simple structure de diagnostic. Il devient rapidement un lieu de formation et de transfert de compétences, accueillant des étudiants en pharmacie et en biologie médicale pour des stages pratiques. Cette dimension pédagogique témoigne de l’engagement de son fondateur en faveur du renforcement des capacités nationales, dans un contexte où la dépendance à l’expertise étrangère reste un défi majeur.

L’expérience entrepreneuriale de Oumar Diouhé Bah révèle également son aptitude à la gestion, à la planification stratégique et à la mobilisation des ressources humaines. Elle constitue un socle précieux pour ses futures responsabilités au sein de l’administration publique, où la capacité à concilier vision et pragmatisme est essentielle.

Enseignement supérieur et contribution à la formation des cadres de santé

En parallèle de ses activités professionnelles, Oumar Diouhé Bah s’investit très tôt dans l’enseignement supérieur. Dès 2009, il devient chargé de cours au département de pharmacie de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Il y enseigne des matières liées à la biologie médicale, à l’hématologie et aux analyses de laboratoire, partageant avec les étudiants une expérience concrète du terrain.

Entre 2014 et 2016, il intervient également à l’Université Koffi Annan de Guinée, où il est chargé des cours d’hématologie. Cette activité pédagogique s’inscrit dans une démarche de transmission du savoir et de professionnalisation des étudiants. Dans un pays confronté à une pénurie de personnels de santé qualifiés, la formation de cadres compétents représente un enjeu stratégique majeur.

Son approche pédagogique se distingue par une attention particulière portée à la pratique et à l’éthique professionnelle. Il insiste sur l’importance du respect des protocoles, de la qualité des résultats et de la responsabilité du biologiste vis-à-vis des patients et des cliniciens. Cette conception rigoureuse de la profession contribue à façonner une nouvelle génération de professionnels plus conscients des enjeux de la santé publique.

L’enseignement constitue également pour lui un espace de réflexion et d’échange, nourrissant sa compréhension des besoins du système de santé et des attentes des jeunes professionnels. Cette interaction constante avec le milieu universitaire renforce sa légitimité scientifique et sa crédibilité lorsqu’il accède à des fonctions administratives de haut niveau.

L’entrée dans l’administration publique et la lutte contre les médicaments illicites

L’année 2022 marque une nouvelle étape dans le parcours de Oumar Diouhé Bah avec sa nomination au poste de directeur national de la pharmacie et du médicament. Cette fonction stratégique le place au cœur des politiques de régulation pharmaceutique, dans un contexte national marqué par la prolifération des médicaments contrefaits et des circuits de distribution informels.

À ce poste, il engage une série d’actions visant à assainir le secteur pharmaceutique. Des opérations de contrôle sont menées pour identifier et saisir les produits non conformes, tandis que des structures de vente illégales sont fermées. Ces mesures, parfois impopulaires, traduisent une volonté affirmée de protéger la santé des populations et de restaurer la confiance dans le système pharmaceutique.

Son action s’inscrit également dans une démarche de réforme institutionnelle, visant à renforcer les capacités de l’administration, à améliorer la traçabilité des médicaments et à promouvoir l’utilisation de produits certifiés. Cette période révèle son aptitude à gérer des dossiers complexes, à coordonner des acteurs multiples et à faire face à des résistances, tout en maintenant un cap clair.

En juin 2022, il est nommé membre du conseil d’administration de la Pharmacie centrale de Guinée, institution clé dans l’approvisionnement en médicaments essentiels. Cette nomination renforce son influence sur les orientations stratégiques du secteur et prépare le terrain pour des responsabilités encore plus larges.

Ministre de la Santé : vision, défis et perspectives

Le 21 novembre 2023, Oumar Diouhé Bah est nommé ministre de la Santé et de l’Hygiène publique. Cette nomination intervient dans un contexte de transition politique et de volonté affichée de refonder les institutions publiques. Reconduit dans ses fonctions en mars 2024 au sein du gouvernement dirigé par Bah Oury, il hérite d’un ministère confronté à des défis structurels majeurs.

À la tête de la santé guinéenne, il affiche une vision axée sur la modernisation des infrastructures, l’amélioration de la qualité des soins et le renforcement de la gouvernance sanitaire. Il met l’accent sur la construction et la réhabilitation des hôpitaux, le développement des ressources humaines et la lutte contre les inégalités d’accès aux soins entre les zones urbaines et rurales.

Son action se caractérise également par une présence régulière sur le terrain. En visitant les chantiers hospitaliers, en échangeant avec les professionnels de santé et en dialoguant avec les communautés locales, il cherche à inscrire les politiques publiques dans la réalité quotidienne des populations. Cette approche pragmatique vise à réduire l’écart entre les décisions administratives et leur mise en œuvre effective.

Parallèlement, Oumar Diouhé Bah poursuit son engagement social et humanitaire, notamment en faveur de sa région d’origine. Des initiatives en matière d’éducation et de santé témoignent de son attachement à ses racines et de sa conception inclusive du développement.

Face aux défis persistants, tels que le financement du système de santé, la gestion des épidémies et la formation du personnel, son mandat s’inscrit dans une dynamique de long terme. Pour de nombreux observateurs, son parcours, à la croisée de la science, de l’enseignement et de l’action publique, constitue un atout majeur pour conduire les réformes nécessaires.

À travers son itinéraire, Oumar Diouhé Bah apparaît ainsi comme l’illustration d’un leadership fondé sur la compétence et l’engagement, au service d’une ambition claire : bâtir un système de santé guinéen plus juste, plus efficace et résolument tourné vers l’avenir.

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